Soit par cet instinct amoureux de la beauté des formes, soit par cet
autre instinct d'éterniser ce qui est beau, soit par un goût plus
physique et plus grossier pour le marbre, soit encore par cette
espèce d'attrait irréfléchi et mécanique qui porte l'homme rêveur à
s'asseoir auprès des ouvriers qui bâtissent un mur ou qui taillent la
pierre, à rester en silence des heures entières à les regarder, et à
écouter avec un ravissement indolent les coups du marteau cadencé sur
la pierre musicale, l'atelier d'un sculpteur qui s'appelle Phidias,
Michel-Ange, Canova, Pradier, David, Jouffroy, Préault, Salomon,
n'importe; l'atelier, dis-je, d'un sculpteur a toujours été pour moi
un lieu de repos, d'attrait, de pensée; Socrate, le plus spiritualiste
des hommes, avait le même goût: il aimait à causer des choses
invisibles, assis sur un bloc encore fruste de marbre pentélique, dans
l'atelier de Phidias; la poussière du marbre l'enivrait d'immortalité,
la sonorité du bloc accompagnait mélodieusement ses entretiens. Ne
rougissons pas d'un instinct que nous avons en commun avec Socrate.