XXXVI.

Telle était la vie de ce solitaire, se nourrissant à l'ombre du toit

de Saint-Lupicin de sa propre substance admirative, et trouvant

d'ineffables délices d'esprit dans cette contemplation savante de tout

ce que l'homme a fait de grand ou de beau sur ce globe, afin de se

donner à lui-même et de pouvoir donner un jour aux autres un _sursum

corda_ scientifique, capable d'élever l'âme de son siècle et de la

soutenir, au-dessus du plain-pied de la vie vulgaire, à la hauteur des

plus sublimes manifestations du beau dans la morale, dans la politique

et dans l'art.

Telle est la vie recueillie et cénobitique de ces heureux et rares

esprits, jouissant de tout, cultivant tout, divinisant tout, qu'on

appelle de ce doux nom: _les dilettanti_ en Italie, les _amateurs_ en

France. C'est un même nom: CEUX QUI AIMENT; ceux qui aiment sans

intérêt ce qui mérite le plus d'être aimé ici-bas, le bien, le beau,

la vertu, le génie, le rayon divin transperçant à travers toutes

choses humaines, âme ou marbre! Ces hommes sont le choeur chantant de

l'humanité; ils regardent d'en haut ou d'en bas le drame que le siècle

ou les siècles jouent sur la terre, et ils s'y associent par le regard

et par la voix seulement, tantôt pleurant sur la chute de l'homme,

tantôt le relevant de ses déchéances, tantôt le célébrant dans ses

triomphes, prêtres de l'enthousiasme portant jusqu'au ciel, sur leurs

strophes lyriques, l'apothéose du génie humain.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 126 / 256 题