X.

Les savants ont beau disserter, il suffit à un voyageur comme moi

d'avoir vu, dans les steppes du Danube, le noble pasteur équestre

hongrois, au front élevé, à l'oeil rêveur, à la taille lapidaire, au

maintien ferme et immobile comme la statue de bronze, enveloppé de sa

pelisse noire de poil de mouton, appuyé sur sa houlette de coudrier

armée au bout d'un fer de lance, soldat, chevalier, pasteur à la fois.

Il suffit de l'avoir vu à pied dans les steppes, la bride de son

cheval passée autour du bras, promener pendant des journées entières

le regard de ses larges yeux bleus sur l'horizon des monts Crapacks

tacheté de pins noirs et de neiges roses, pour reconnaître à la

charpente haute et solide du corps, à la dimension du front, au vague

pensif du regard, à l'ovale effilé de la tête, à la gravité des

lèvres, à l'attitude à la fois virile et un peu inclinée par la

féodalité des membres, la consanguinité évidente des Huns et des

Francs-Comtois:

Deux races nobles, deux filiations du Caucase, deux peuples à héros

dans les ancêtres, deux civilisations disciplinées où la fierté et

l'obéissance s'accordent sur un visage pastoral, guerrier et poétique.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 100 / 256 题