Cette faute politique, je ne me la suis jamais pardonnée, pour mériter
que le Juge suprême (qui n'est pas l'homme) me la pardonne. Les
blessures de la conscience ne se cicatrisent que par le repentir. J'en
aurai mérité le châtiment ici bas, je n'aurai pas protesté contre la
peine, et j'ai toujours considéré les angoisses et les humiliations
qui assiégent depuis dix ans le soir de mon existence comme une juste
expiation d'une de ces témérités d'esprit par lesquelles l'homme le
mieux intentionné ne doit jamais, selon l'expression des moralistes
religieux, tenter la Providence quand il s'agit du sort et du sang
d'un peuple.
Mais, en ce qui concerne l'_Histoire des Girondins_, je ne me reproche
en conscience que les cinq ou six pages que j'ai signalées ici
moi-même à la vindicte des belles âmes, et je désire que ce
commentaire expiatoire reste attaché au texte et fasse corps à cette
édition du livre, pour prémunir les lecteurs, et surtout la jeunesse
et le peuple, contre le danger de quelques sophismes qui pourraient
fausser une idée dans leur esprit, ou atténuer dans leur coeur la
sainte horreur de la vérité même, contre l'immoralité des moyens.
Les révolutions ne sont pas, comme on l'a dit, l'interrègne de la
conscience, elles en sont l'épreuve, et elles ne succombent que pour
avoir mêlé dans leur oeuvre le crime et la vertu.
Et maintenant n'en parlons plus, et revenons à la pure et innocente
littérature.