XIX.

Cette faute politique, je ne me la suis jamais pardonnée, pour mériter

que le Juge suprême (qui n'est pas l'homme) me la pardonne. Les

blessures de la conscience ne se cicatrisent que par le repentir. J'en

aurai mérité le châtiment ici bas, je n'aurai pas protesté contre la

peine, et j'ai toujours considéré les angoisses et les humiliations

qui assiégent depuis dix ans le soir de mon existence comme une juste

expiation d'une de ces témérités d'esprit par lesquelles l'homme le

mieux intentionné ne doit jamais, selon l'expression des moralistes

religieux, tenter la Providence quand il s'agit du sort et du sang

d'un peuple.

Mais, en ce qui concerne l'_Histoire des Girondins_, je ne me reproche

en conscience que les cinq ou six pages que j'ai signalées ici

moi-même à la vindicte des belles âmes, et je désire que ce

commentaire expiatoire reste attaché au texte et fasse corps à cette

édition du livre, pour prémunir les lecteurs, et surtout la jeunesse

et le peuple, contre le danger de quelques sophismes qui pourraient

fausser une idée dans leur esprit, ou atténuer dans leur coeur la

sainte horreur de la vérité même, contre l'immoralité des moyens.

Les révolutions ne sont pas, comme on l'a dit, l'interrègne de la

conscience, elles en sont l'épreuve, et elles ne succombent que pour

avoir mêlé dans leur oeuvre le crime et la vertu.

Et maintenant n'en parlons plus, et revenons à la pure et innocente

littérature.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 83 / 256 题