Je me reproche d'avoir ici beaucoup trop loué les tendances
philosophiques de la Convention. Je n'avais pas assez sondé alors
moi-même le creux vide de ces axiomes; plein de Platon et de Fénelon à
cette époque, je n'avais pas assez lu Aristote et Montesquieu, ces
maîtres du vrai en politique.
Quant au devoir de la société d'assister obligatoirement tous ses
membres, la taxe des pauvres et l'impôt sur le revenu, pour égaliser
le tribut aux forces contribuables, je suis toujours dans l'opinion
qu'aucune société bien ordonnée ne peut subsister sans âme, que l'âme
sociale doit se manifester par des actes moraux, et que la moralité de
la société est dans l'assistance mutuelle de ceux qui la composent. Le
riche, étant plus fort, doit plus que le pauvre, qui est plus faible.
Seulement la Convention, dans cet esprit, exagérait jusqu'à l'absurde
sa charité sociale, car elle établissait dans ces axiomes l'impôt
_progressif_ au lieu de l'impôt _proportionnel_ aux facultés de
l'imposé. Or l'impôt proportionnel est l'équité entre le riche et le
pauvre; l'impôt progressif, au contraire, est la destruction de la
richesse et du travail. Tout le monde pauvre, voilà son résultat
logique. C'est de l'économie politique de Tarquin fauchant les plantes
qui dominent les autres plantes. La plante humaine, avertie de cette
coupe réglée, ne poussera plus pour chercher le soleil; c'est là le
résultat de l'impôt progressif. La mort pour prime au travail et à
l'économie, voilà la théorie de la Convention. Il est loisible à un
rhéteur de débiter de pareilles doctrines, il n'est pas permis à une
nation d'être sophiste. Le sophisme en chiffre ne la tue pas moins
que le sophisme en morale.
Bien que j'aie, dans le livre trente-neuvième des _Girondins_, trop
caressé peut-être quelques tendances erronées de la Convention, on
verra cependant que ces sophismes d'égalité impossible des biens et
des fonctions me révoltaient déjà, comme des démentis donnés par
l'utopie à la nature. Lisez.