III.

«Le costume débraillé de Marat, à cette époque, contrastait également

avec le costume décent de Robespierre. Une veste de couleur sombre

rapiécée, les manches retroussées comme celles d'un ouvrier qui

quitte son ouvrage; une culotte de velours tachée d'encre, des bas de

laine bleue, des souliers attachés sur le cou-de-pied par des

ficelles; une chemise sale et ouverte sur la poitrine, des cheveux

collés aux tempes et noués par derrière avec une lanière de cuir, un

chapeau rond à larges bords retombant sur les épaules: tel était

l'accoutrement de Marat à la Convention. Sa tête, d'une grosseur

disproportionnée à l'extrême petitesse de sa taille, son cou penché

sur l'épaule gauche, l'agitation continuelle de ses muscles, le

sourire sardonique de ses lèvres, l'insolence provoquante de son

regard, l'audace de ses apostrophes, le signalaient à l'oeil.

L'humilité de son extérieur n'était que l'affiche de ses opinions. Le

sentiment de son importance grandissait en lui avec le pressentiment

de sa puissance. Il menaçait tout le monde, même ses anciens amis. Il

raillait Danton sur son luxe et sur ses goûts voluptueux. «Danton,»

disait-il à Legendre, «va-t-il toujours disant que je suis un

brouillon qui gâte tout? J'ai demandé autrefois pour lui la dictature,

je l'en croyais capable. Il s'est amolli dans les délices. Les

dépouilles de la Belgique et l'orgueil de ses missions l'ont enivré.

Il est trop grand seigneur aujourd'hui pour s'abaisser jusqu'à moi.

Camille Desmoulins, Chabot, Fabre d'Églantine et ses flatteurs me

dédaignent. Le peuple et moi nous les surveillons.»

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 37 / 256 题