«Quant aux juges, Dieu lit seul dans la conscience des individus.
L'histoire ne lit que dans la conscience des partis. L'intention seule
fait le crime ou l'explication de pareils actes. Les uns votèrent par
une puissante conviction de la nécessité de supprimer le signe vivant
de la royauté en abolissant la royauté elle-même; les autres par un
défi aux rois de l'Europe, qui ne les croiraient pas, selon eux, assez
républicains tant qu'ils n'auraient pas supplicié un roi; ceux-ci,
pour donner aux peuples asservis un signal et un exemple qui leur
communiquassent l'audace de secouer la superstition des rois; ceux-là
par une ferme persuasion des trahisons de Louis XVI, que la presse et
la tribune des clubs leur dépeignaient, depuis le commencement de la
Révolution, comme un conspirateur; quelques-uns par impatience des
dangers de la patrie, quelques autres, comme les Girondins, à regret
et par rivalité d'ambition, à qui donnerait le gage le plus
irrécusable à la république; d'autres par cet entraînement qui emporte
les faibles âmes dans le courant des assemblées publiques; d'autres
par cette lâcheté qui surprend tout à coup le coeur et qui fait
abandonner la vie d'autrui comme on abandonne sa propre vie; un grand
nombre enfin votèrent la mort avec réflexion, par un fanatisme qui ne
se faisait illusion ni sur l'insuffisance des crimes, ni sur
l'irrégularité des formes, ni sur la cruauté de la peine, ni même sur
le compte qu'en demanderait la postérité à leur mémoire, mais qui
crurent la liberté assez sainte pour justifier par sa fondation ce qui
manquait à la justice de leur vote, et assez implacable pour lui
immoler leur propre pitié!