XX.

«Quant aux juges, Dieu lit seul dans la conscience des individus.

L'histoire ne lit que dans la conscience des partis. L'intention seule

fait le crime ou l'explication de pareils actes. Les uns votèrent par

une puissante conviction de la nécessité de supprimer le signe vivant

de la royauté en abolissant la royauté elle-même; les autres par un

défi aux rois de l'Europe, qui ne les croiraient pas, selon eux, assez

républicains tant qu'ils n'auraient pas supplicié un roi; ceux-ci,

pour donner aux peuples asservis un signal et un exemple qui leur

communiquassent l'audace de secouer la superstition des rois; ceux-là

par une ferme persuasion des trahisons de Louis XVI, que la presse et

la tribune des clubs leur dépeignaient, depuis le commencement de la

Révolution, comme un conspirateur; quelques-uns par impatience des

dangers de la patrie, quelques autres, comme les Girondins, à regret

et par rivalité d'ambition, à qui donnerait le gage le plus

irrécusable à la république; d'autres par cet entraînement qui emporte

les faibles âmes dans le courant des assemblées publiques; d'autres

par cette lâcheté qui surprend tout à coup le coeur et qui fait

abandonner la vie d'autrui comme on abandonne sa propre vie; un grand

nombre enfin votèrent la mort avec réflexion, par un fanatisme qui ne

se faisait illusion ni sur l'insuffisance des crimes, ni sur

l'irrégularité des formes, ni sur la cruauté de la peine, ni même sur

le compte qu'en demanderait la postérité à leur mémoire, mais qui

crurent la liberté assez sainte pour justifier par sa fondation ce qui

manquait à la justice de leur vote, et assez implacable pour lui

immoler leur propre pitié!

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 28 / 256 题