XIII.

La question de la mort du roi ne peut laisser aucun doute sur ma

réprobation du régicide. Et de quel régicide? Du régicide d'un roi

innocent, populaire, mourant de ses bonnes intentions pour son

royaume. Je n'ai pas cherché là une honteuse popularité dans

l'absolution du crime de la France. Je dis la France, parce qu'une

nation de trente millions d'hommes qui laisse accomplir sous ses yeux,

immobile, un pareil acte, en est complice. Nous en portons tous notre

part; et je ne doute pas que les malheurs de notre terre depuis ce

jour fatal du 21 janvier, meurtre d'un juste, ne soient une expiation

de cette pusillanime complicité.

Danton lui-même pensait comme moi, quand il répondait à un club qui

lui reprochait de ne pas insister sur le procès du roi: «Je suis un

révolutionnaire, je ne suis pas une bête féroce. Je n'aime pas le sang

des rois vaincus. Adressez-vous à Marat.»

Je n'ai pas excusé un moment les Girondins d'avoir faibli, non par

peur, mais par politique, devant les Jacobins, en consentant à leur

livrer à la fin cette victime royale et pure qu'ils leur avaient

disputée si éloquemment au commencement. J'ai versé dans le récit de

la captivité de la famille royale tout ce que j'avais de pitié dans le

coeur et de larmes dans les yeux sur ce groupe émissaire de la famille

couronnée, mis hors la loi de l'humanité par une révolution faite au

nom de l'humanité. Le pathétique de ce récit dans les _Girondins_

n'est que la justice de l'histoire, qui en appelle au coeur des

férocités de l'esprit. J'ai ajouté même, non sciemment, mais

précipitamment, à ce tableau des angoisses du roi, de la reine, de

madame Élisabeth, des enfants, en attribuant au fidèle serviteur Cléry

des opinions révolutionnaires qui devaient contrister ses maîtres. Je

dois réparation à Cléry, et je l'offre à sa mémoire dans la note

ci-jointe[1].

[Note 1: M. de Lamartine avait puisé ses appréciations sur les

sentiments de Cléry et sur son entrée au Temple à une source que tout

portait à lui faire croire parfaitement authentique; mais mesdames

Cléry de Gaillard et Gram de Cléry, filles du dernier serviteur du

roi, vivement émues des allégations contenues dans ce paragraphe,

s'adressèrent aussitôt à M. de Lamartine, appuyant leur réclamation de

documents et de preuves. Ces renseignements irrécusables lui firent

insérer de suite une rectification dans le livre LVI du huitième

volume de l'_Histoire des Girondins_. Aujourd'hui, c'est la vie de

Cléry entre les mains, c'est en pouvant de nouveau s'appuyer sur des

faits positifs, que M. de Lamartine confirme l'hommage qu'il rend à la

vérité sur le dévouement si entier, si complet du fidèle Cléry, avant

et après son entrée dans la tour du Temple.

Cette réparation n'est qu'un devoir envers les intéressants héritiers

du nom et de la fidélité de Cléry.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 20 / 256 题