La Californie, notions générales, productions et climat.--Son avenir.
Le climat de la Californie est beaucoup plus tempéré que dans les
contrées de l’Europe comprises sous les mêmes latitudes, et y est d’une
salubrité remarquable. Les épidémies y sont inconnues, ainsi que les
fièvres, qui règnent généralement dans les pays où l’on défriche des
terres. Il n’y pleut jamais pendant l’été, mais alors la fraîcheur des
nuits y supplée, et rend la terre assez humide pour que la végétation ne
souffre pas. La pluie commence vers la fin de janvier et dure jusqu’à la
fin de mars; quelques ondées en avril terminent la saison pluvieuse.
La Californie renferme beaucoup de vallées, quelques-unes d’une
très-grande étendue, et dont le sol est excellent pour la culture des
céréales. Au commencement de l’émigration, la population se porta
d’abord vers les mines, dont le travail offrait d’autant plus d’attraits
qu’il était accompagné de l’espoir de riches découvertes; mais
aujourd’hui, que les chances de fortune sont moins grandes pour le
mineur, beaucoup de bras se livrent à la culture du sol.
Outre le blé, la Californie produit beaucoup d’orge et d’avoine. On peut
supposer que, lorsque sa population sera plus en rapport avec les
ressources qu’elle offre et que la main-d’œuvre sera à meilleur marché,
la Californie pourra exploiter le commerce des grains avec avantage. Le
climat et le sol conviennent pour la culture de tous les légumes connus
en Europe. Ils y atteignent une grosseur considérable et poussent avec
rapidité. Cette culture est presque exclusivement exploitée par des
Français, dont quelques-uns ont gagné beaucoup d’argent dans cette
industrie. Ils se sont également adonnés à la culture des fleurs de
jardin, qui était presque inconnue dans le pays avant l’occupation
américaine.
Les plantes des régions méridionales s’accommodent très-bien du sol du
sud de la Californie, comme celles des régions plus tempérées trouvent
dans le nord une terre et une atmosphère en rapport avec leurs besoins.
Du nord au sud, tous les arbres à fruits des régions tempérées et
méridionales y sont cultivés avec le même succès, depuis le pommier et
le poirier jusqu’à l’oranger et la vigne. Il n’est donc point étonnant
qu’une terre aussi riche et aussi féconde voie augmenter chaque jour le
nombre de ses habitants.
Mais, en même temps que nous sommes témoins du mouvement incessant qui
amène sur les rives du Pacifique le trop plein du vieux monde, me disait
un homme auquel la Californie est redevable d’une partie de sa
prospérité, un autre et douloureux spectacle nous frappe en sens
contraire: c’est celui de la vieille race californienne battant en
retraite devant l’émigration. C’est par bandes plus ou moins nombreuses
qu’on voit ces primitifs possesseurs du sol abandonner successivement
leurs pénates pour se replier sur la Sonora. Là, leur nature indolente
espère retrouver cette morne quiétude qu’est venu troubler l’élément
étranger.
Il est profondément triste de voir s’éloigner ainsi de leurs foyers ces
caravanes émigrantes. Depuis la conquête américaine, elles se sentent
comme débordées, et prennent en dégoût leur propre sol, au moment où
l’activité venue du dehors est en voie de le féconder. Elles ferment les
yeux devant toutes ces prospérités incomprises, et croient fuir une
terre maudite.
Avec son beau climat, ses riches productions, ses vallées fertiles, la
Californie est une terre d’avenir, qui n’attend que des bras pour la
rendre féconde. Située presque à égale distance de l’Indo-Chine et des
archipels océaniens, elle deviendra, entre l’Europe et ses antipodes, le
vaste entrepôt des cinq mondes, le point de transit du commerce
universel. Ses rivages, aimés du soleil, se livrent mollement aux
baisers de cette mer que les navigateurs ont nommée la Mer-Vermeille,
lorsque leurs yeux éblouis contemplèrent pour la première fois l’azur de
ses flots. Avec le railway du Pacifique, la Californie ne sera plus qu’à
trente-cinq jours de l’Europe; avec l’électricité, quatre heures
seulement la sépareront du vieux monde.
Vous, les déshérités de la fortune, vous sur qui pèse la misère ou le
malheur, vous aussi qui vous étiolez sans espérance et sans but au
milieu de la vie énervante et des mesquines passions des cités, suivez
ce flot humain qui roule vers l’Amérique, rompez avec courage ce lien
qui, vous attachant au sol natal, y enchaîne tristement votre destinée.
Là-bas aussi, on peut être heureux; là-bas, une terre jeune et fertile
n’attend que votre travail et votre intelligence pour vous donner, sinon
la fortune, du moins le bien-être, la liberté et ce souverain
contentement que procure le devoir accompli. Au milieu de la grande
nature américaine, vous vous relèverez plus forts, plus courageux, plus
dignes de vous et du rôle que l’homme est appelé à remplir au sein de la
création.
Châlons, imp. T. MARTIN.