Le lendemain, c'était aujourd'hui, M. Fontan était arraché à ses amis de

prison, au concierge qui l'aimait, aux poètes ses collègues, à tant

d'organes de la presse libérale si facilement incarcérés; adieu à toute

la prison, à sa cellule repeinte, à ses habitudes domestiques, à tout ce

monde qu'il s'était fait pour cinq années! Oui, violemment arraché de

tout ce bien-être; violemment arraché à ces porte-clefs qui lui

souriaient; adieu même à ce Paris lointain du faubourg; adieu au _Pauvre

Jacques_: M. Mangin le veut, il faut aller à Poissy.

O Poissy! à sept lieues de l'Odéon et des Nouveautés, dans la poussière,

une méchante prison à porte basse et, dans l'intérieur, des voleurs

repris de justice, des escrocs de second ordre, tout le menu fretin de

la police correctionnelle! Et, entré là, il faut quitter son dernier

habit de poète, son pauvre habit tout usé, mais auquel on tient encore

comme à son habit de noces! Allons, encore un effort, tendez les bras à

la livrée du crime; un forçat a porté cet habit. N'importe, te voilà en

livrée; tu n'as pas même le droit d'être vêtu comme les autres poètes.

Voilà M. Fontan à Poissy.

Il est parti ce matin: il couchera ce soir, _dans sa_ prison nouvelle,

dans le dortoir comme à ces beaux temps du collége; il s'endormira aux

conversations d'argot de ses compagnons, et il ne comprendra pas cette

langue étrange et il regrettera plus que jamais sa prison toute composée

de poètes et d'écrivains, et, tout à côté, les joyeux dissipateurs de

leur patrimoine, insouciants amateurs de bonne chère et de plaisirs,

habiles architectes de châteaux en Espagne, même malgré les verrous!

Vraiment, c'est une indignité d'en agir ainsi vis-à-vis un homme, parce

qu'il n'est ni voleur, ni escroc, ni faussaire, ni menteur, ni

calomniateur; parce qu'il a le désavantage d'être un écrivain, rien de

plus. Tu écris, scélérat! Des menottes, des fers, des forçats pour

compagnons. Tu écris! le feu et la mort. Tu écris! qu'on te pende, qu'on

te marque au feu!... Reposez en paix, vous autres qu'attend le bagne;

vous, honnêtes assassins, qui n'écrivez pas.

Honneur donc à l'arrêt de M. Mangin; honneur à ce capricieux hasard qui

joue avec un homme et qui le brise avec dédain, quand il a assez joué.

Quoi donc? la loi qui vous enferme vous condamne-t-elle à l'exil, au

travail des mains, à l'habit infamant, à la cohabitation avec le crime?

Prisonnier veut-il dire forçat? Une prison est elle un bagne? Et ici

n'est-ce pas dire à M. Fontan: «Tu ne vivras pas!» que de l'enlever à

ses amis, à ses protecteurs, au souvenir de la ville, à sa famille, à

tout ce qui pouvait adoucir cinq ans de cette infortune qu'on appelle

la prison. Cinq années d'esclavage, mon Dieu, pour quelques lignes

hasardées! Toute une vie perdue!

BIGARRURES.

M. de Polignac a tenu le poêle à un mariage qui a été célébré à

Saint-Germain l'Auxerrois. Quand donc tiendra-t-on le poêle au convoi du

ministère?

* * * * *

Un client, que rasait le perruquier Figeac,

Lui demandait: Quelle nouvelle?

--Quoi donc! ignorez-vous celle du jour?--Laquelle?

--Le ministère Polignac,

Lassé d'une longue querelle,

Dans deux mois va déménager.

--Dans deux mois, non, c'est en septembre.

--Parbleu, j'ai le journal, je pourrais bien gagner.

Regardez..... en juillet il doit changer de Chambre.

Dimanche, 16 mai 1830.

EXTRAIT DES BORDEREAUX D'UN PRÉFET.

Pour guirlandes de fleurs appendues à la préfecture, lampions,

verres de couleur et vers de circonstance 30 fr.

Honoraires de dix hommes qui sont allés au-devant

de Son Excellence, et ont crié: _Vive M. de

Bourmont_! à chaque 1 fr. 10 »

Pour le dîner, le foin et l'avoine consommés par

Monseigneur, sa suite et ses chevaux 250 »

Pour la rédaction de l'éloquent discours de M. le

préfet 15 »

Honoraires de vingt hommes chargés de coudoyer,

rudoyer et injurier les mauvais citoyens qui riaient

et proféraient des plaisanteries et quolibets séditieux,

à chaque 2 fr. 40 »

Plus, indemnités pour les coups de canne reçus

par les susdits 40 »

Pour les arrhes données aux individus qui devaient

traîner la voiture de Monseigneur, ce qui n'a pas eu

lieu 20 »

Pour gratifications aux agents de police et petits

verres à la gendarmerie pour réchauffer et remonter

le dévoûment d'iceux 200 »

Pour messes, neuvaines et chandelles bénies, à

l'occasion de l'expédition d'Alger 50 »

Pour l'achat de dix exemplaires de la _Quotidienne_,

de la _Gazette_ et du _Drapeau blanc_, pour être mis

en évidence dans le salon de M. le préfet 5 »

Pour bas de soie de M. le préfet, éloge des vertus

de M. de Bourmont, et autres menus détails 20 »

------

Total: 680 fr.

M. le préfet supplie humblement Mgr le ministre de l'intérieur de lui

faire rembourser ces avances; sans quoi, quand il passera par sa

préfecture quelque grand personnage, ses moyens ne lui permettraient pas

de le recevoir dignement, le dévoûment étant pour le moment hors de

prix, et personne ne voulant en donner à crédit.

Mercredi, 19 mai 1830.

SÉANCE DU CONSEIL.

(15 mai.)

M. DE POLIGNAC.--Ah! çà, Messieurs, j'ai envie de dissoudre.

M. D'HAUSSEZ.--Par le mât de misaine, ce devrait être déjà fait.

M. DE POLIGNAC.--Si je dissolvais?

M. SYRIEYS.--Oui, si on dissolvait?

M. DE POLIGNAC.--Mais c'est que nos affaires n'en iront pas mieux pour

cela. La France va se lever tout entière contre nous. Je n'ose pas

dissoudre.

M. SYRIEYS.--Ne dissolvons pas.

M. DE POLIGNAC.--Mais on ne peut pas faire autrement; la Chambre de

l'adresse séditieuse n'est guère venue à résipiscence.

M. SYRIEYS.--Alors, dissolvons.

M. DE POLIGNAC.--Moi, je ne sais que faire. Aidez-moi de vos conseils.

M. SYRIEYS.--Mon avis est..... si je puis me permettre de l'énoncer

aussi ouvertement..... mon avis est que notre situation est

excessivement embarrassante.

M. DUDON.--Je suis parfaitement de l'avis de l'honorable préopinant.

M. COURVOISIER.--Et si les saints ne nous sont pas en aide, je ne sais

comment nous nous tirerons d'affaire. Il faut pourtant se décider à

quelque chose.

M. SYRIEYS.--Si nous tirions à la courte-paille ou à pile ou face?

M. D'HAUSSEZ.--A-t-il de l'esprit aujourd'hui, ce coquin de Syrieys!

M. COURVOISIER.--Attendez, j'ai une médaille bénie à l'occasion de la

translation des reliques de saint Vincent de Paul; elle va nous servir.

Eh!... où donc est ma médaille? j'ai perdu ma médaille, on m'a volé ma

médaille. Dudon, vous ne me l'auriez pas prise par hasard?

M. DUDON, _avec assurance_.--Moi, je ne sais pas ce que vous voulez

dire.

M. SYRIEYS.--Tenez, voilà un louis.

M. D'HAUSSEZ.--Vaisseau démâté que vous êtes, vous ne voyez pas que

c'est un napoléon.

M. COURVOISIER, _se signant_.--Bonne sainte Vierge!

M. DE POLIGNAC.--La figure de l'individu!... Tenez, voilà un vrai louis.

D'Haussez, vous êtes pour la dissolution; moi contre. Pile ou face?

M. D'HAUSSEZ.--Face.

(M. de Polignac jette la pièce; elle tombe face, et la dissolution est

arrêtée définitivement.)

M. DE PEYRONNET AU MINISTÈRE.

On lit dans la _Gazette_ d'hier: «MM. de Chabrol et de Courvoisier

ayant donné leur démission, le Roi l'a acceptée et a nommé M. de

Montbel ministre des finances, M. de Chantelauze ministre de

l'Instruction publique, et M. de Peyronnet ministre de l'intérieur.»

M. de Peyronnet!!! Ce nom dit tout, et nous savons de quoi

est capable celui qui a pris pour devise: _Non solum togâ_.

Nous voici revenus à l'expectative des coups d'État dont nous

menaçaient depuis si longtemps les journaux à gage de la camarilla.....

Bien joué, nos Seigneurs! M. de Peyronnet est pris pour

tailleur dans notre dernière partie, voyons ce qu'il retournera!

BIGARRURES.

M. de Peyronnet entre dans la nouvelle troupe avec le même engagement et

les mêmes feux; il a pour emploi les coups d'État. On est généralement

curieux de voir le beau grenadier à cheval.

* * * * *

La nouvelle de la rentrée de M. de Peyronnet au ministère a fait baisser

la rente, et les projets de M. de Polignac font hausser les épaules.

* * * * *

Les électeurs se préparent à prouver à l'auteur de la loi du droit

d'aînesse, qu'il n'est qu'un triste cadet.

* * * * *

M. de Peyronnet a de la rancune; il veut nous faire payer cher sa salle

à manger, mais nous tenons les cordons de la bourse.

* * * * *

M. Dudon a pris un habit de ministre, il continue à voler dans le chemin

de la fortune.

* * * * *

Chodruc-Duclos dit qu'il aime mieux être Chodruc que Peyronnet; Chodruc

n'est pas si fou qu'il en a l'air.

M. Capelle joue les traîtres, M. Polignac les niais, M. Guernon de

Ranville les pères dindons, M. de Peyronnet les tyrans. M. de Bourmont

est chargé spécialement de l'emploi des déserteurs. M. Dudon va

compléter la troupe; on sait d'avance quel rôle il jouera.

* * * * *

On assure que M. de Peyronnet a en portefeuille une trentaine de lois

d'amour inédites.

* * * * *

Décidément le ministère est à l'agonie; M. de Peyronnet se plaint

d'avoir été appelé trop tard.

* * * * *

Chodruc-Duclos a pris un chapeau neuf; il paraît qu'un changement

notable s'est opéré dans ses finances; il finira peut-être par être

ministre.

* * * * *

M. de Peyronnet va donner un grand assaut....... à la Charte.

* * * * *

M. de Polignac veut monter à cheval après les élections; nous

l'engageons à bien se tenir.

* * * * *

M. de Polignac voyant approcher les élections et désirant s'assurer un

poste en rapport avec ses goûts et sa capacité, a retenu la place de

bedeau de Saint-Roch.

* * * * *

On vend maintenant des _tabatières électorales_ et du _tabac à la

Charte_. Il y a de quoi faire fumer le ministère.

* * * * *

M. de Polignac trame ses coups dans l'ombre, c'est le hibou du

ministère.

* * * * *

Telle est pourtant l'influence des plus petits motifs dans les choses de

ce monde! Les oies ont sauvé le Capitole, et M. de Pol... pouvait causer

une révolution en France.

* * * * *

M. de Polignac prétend servir les intérêts du pays; il ne sait servir

que la messe.

LA CHARTE

COMME LA VEULENT LES HOMMES DU 8 AOUT ET DU 19 MAI.

ARTICLE PREMIER.--Les Français sont inégaux devant la loi, parce qu'il

serait absurde qu'un libéral ou un homme qui ne va pas à la messe fût

l'égal d'un émigré ou d'un congréganiste; qu'un député du côté gauche,

qu'un écrivain ou un manufacturier marchassent de front avec un homme du

centre, un évêque et un marquis; qu'un rédacteur du _Constitutionnel_ ou

du _Courrier français_, qui n'ont ni _de_ avant leur nom, ni rubans, ni

pensions, ni croix, fût autant qu'un rédacteur de la _Gazette_ qui a

deux _de_ l'un devant, l'autre derrière, qui est de plus commandeur de

l'ordre d'Isabelle la Catholique, qui dîne chez les ministres et qui

tient les cordons du dais.

ART. 2.--Il serait assez agréable de ne faire payer les impôts qu'aux

libéraux; mais, par cela, ils se trouveraient être seuls électeurs. Au

contraire, seront dégrevés, autant que possible, les citoyens atteints

ou soupçonnés de libéralisme.

ART. 3.--Ne sont admissibles aux emplois civils et militaires que les

hommes bien pensants, affiliés à la congrégation, ayant au moins une

fois trahi la France, dénoncé quelque conspiration ou sauvé trois fois

la monarchie.

ART. 4.--La liberté individuelle est garantie, à moins que le suspect ne

soit un écrivain libéral, parce que alors les traitements les plus

rigoureux sont permis et même ordonnés. En ce cas, les gendarmes doivent

se servir de leurs sabres et les guichetiers redoubler d'insolence.

ART. 5 et 6.--Chacun professe sa religion avec une égale liberté.

Néanmoins on brûlera quiconque ne sera pas de la société de Jésus, qui

est la religion de l'État.

ART. 7.--Les ministres de la religion catholique percevront la dîme de

tous les biens des laïques; les prêtres de toute autre religion mourront

de faim.

ART. 8.--Les Français ont le droit de faire imprimer et de publier leurs

opinions, pourvu qu'ils n'écrivent que la vie des saints et le

panégyrique de saint Louis, pour l'histoire; des cantiques et des noëls

pour la poésie; l'éloge du gouvernement, des ministres et des jésuites,

ou des invectives contre les libéraux.

ART. 9.--Les propriétés sont inviolables, sauf le cas où il faudrait

qu'il en fût autrement.

ART. 10 et 11.--Il est défendu de rappeler que M. de *** a déserté et

passé à l'ennemi; que tels et tels ont rampé aux pieds de l'usurpateur;

que M. *** a vendu son honneur pour telle somme, que M. M*** n'a pu

trouver à vendre le sien; que M. D*** a volé la nation; etc.

ART. 12.--Seront soumis au recrutement tous libéraux serfs et vilains;

seront excellents officiers et généraux expérimentés, tous nobles, baron

ou homme de haute lignée, de naissance et ancienne souche.

ART. 13.--Les ministres sont inviolables et, par conséquent, non

responsables; à eux seuls appartient la puissance exécutive. Les

ministres n'auront ni capacité, ni impartialité, ni conscience.

ART. 14 et 15.--La puissance législative s'exerce par les ministres; la

Chambre des pairs et la Chambre des députés ne sont que pour la forme,

jusqu'à ce qu'on les ait composées autrement.

ART. 16.--Les ordonnances des ministres ont force de loi.

ART. 17.--Quand la loi est fixée d'une manière immuable, on la porte aux

Chambres pour la forme.

ART. 18.--Toute loi doit être discutée et votée librement; seulement,

sera _empoigné_ et conduit en prison, maltraité, diffamé, vexé, destitué

et anathématisé tout député qui votera ou parlera contre le ministère.

Des gendarmes, avec leurs carabines chargées, seront dans la salle, de

distance en distance, en nombre double de celui des membres.

ART. 19.--Les Chambres ne peuvent ni se plaindre des ministres, ni prier

le Roi d'écouter le cri du peuple; les Chambres doivent estimer les

ministres, quels qu'ils soient.

ART. 20.--Si les Chambres demandent le renvoi des ministres, la demande

sera soumise à l'approbation desdits ministres.

ART. 21.--Si la proposition est adoptée par les ministres, elle sera

mise sous les yeux du Roi; si elle est rejetée, elle ne pourra être

représentée pendant toute la durée du ministère.

ART. 22.--Les ministres promulguent les lois selon leur bon plaisir.

ART. 23.--Les traitements des ministres seront fixés et ne pourront

subir de variations qu'en augmentant.

ART. 24.--Tout ministre chassé par le voeu de la nation est nommé de

droit à la pairie.

ART. 25.--Toutes les délibérations de la Chambre des pairs sont

secrètes, quand il s'y prononce des discours comme le dernier de M. de

Chateaubriand.

DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS DES DÉPARTEMENTS.

ART. 26.--La Chambre des députés sera composée des députés élus par les

conseils électoraux. Les ministres, dans leur impartialité, ne se

réservent d'autre influence que de choisir les électeurs.

ART. 27.--Chaque département n'aura qu'un seul député, vu la rareté

toujours croissante des hommes bien pensants.

ART. 28.--Tout député sera destitué à la volonté du ministre.

ART. 29.--Aucun député ne peut être admis dans la Chambre, s'il ne porte

habituellement de la poudre et des bas chinés.

ART. 30.--Si néanmoins il ne se trouvait pas dans le département assez

d'hommes réunissant les conditions requises, on choisirait dans les

simples marguilliers, pourvu qu'ils soient abonnés à la _Gazette_, à la

_Quotidienne_, ou à l'_Apostolique_.

ART. 31.--Si quelque homme bien pensant ne payait pas le cens exigible,

on y pourvoirait par un ou plusieurs faux.

ART. 32.--Les présidents des colléges électoraux sont autorisés et même

invités à faire triompher la bonne cause par tous les moyens légaux ou

illégaux: fraude dans les dépouillements, influence par promesses ou

menaces, etc.

ART. 33.--La moitié au moins des députés sera choisie parmi les

Trois-Cents de M. de Villèle, le centre et les ventrus bien connus.

ART. 34.--Le président de la Chambre est tenu de clore les discussions

avant qu'elles soient ouvertes, toutes les fois qu'elles prennent une

tournure peu favorable au ministère.

ART. 35.--Les séances de la Chambre sont publiques, mais les tribunes

réservées au public ne contiendront pas plus de quatre personnes.

ART. 36.--Au moindre signe de joie ou de tristesse qui paraîtra sur la

figure du public, les tribunes seront évacuées.

ART. 37.--Aucun discours ne peut se terminer sans un court éloge des

ministres.

ART. 38.--La Chambre des députés n'a pas le droit de refuser des impôts.

ART. 39.--En conséquence, aucun impôt ne peut être perçu s'il n'est

consenti par la Chambre.

ART. 40.--Aucune diminution ne peut être proposée dans les impôts.

ART. 41.--Les ministres peuvent proroger la Chambre et, si elle les

ennuie, la dissoudre, sans en convoquer une nouvelle.

ART. 42.--Les ministres ont le droit de faire emprisonner, déporter, ou

d'exclure de la Chambre tout député qui ne se renfermerait pas dans le

respect qui leur est dû.

ART. 43.--Les ministres peuvent faire par leurs journaux stipendiés

injurier, insulter et calomnier les députés.

ART. 44.--Les pétitions envoyées aux Chambres resteront sans être

dépliées.

DES MINISTRES.

ART. 45.--La voix d'un ministre comptera pour dix dans les délibérations

des Chambres; on doit les écouter avec admiration quand ils daignent

parler à la Chambre, et ne pas leur adresser d'arguments trop forts qui

pourraient les embarrasser.

ART. 46.--La Chambre des députés a le droit d'accuser les ministres et

de les traduire devant le conseil des ministres, qui seul a le droit de

les juger.

ART. 47.--Dans le cas où les ministres accusés ne se condamneraient pas,

leurs accusateurs seront punis comme calomniateurs.

DE L'ORDRE JUDICIAIRE.

ART. 48.--Les ministres se réservent de rendre justice sous les tilleuls

du Palais-Royal.

DROITS PARTICULIERS MAINTENUS PAR L'ÉTAT.

ART. 49.--La dette publique est garantie, sauf quelques restrictions,

telles que le trois pour cent.

ART. 50.--On rétablira le droit d'aînesse, les droits de haute justice,

de vasselage. On fait des nobles et des pairs à discrétion.

ART. 51.--Les colons seront traités comme des nègres.

ARTICLE TRANSITOIRE.

ART. 52.--Il est défendu à tout citoyen de lire ou d'avoir chez lui

cette Charte constitutionnelle.

Numéro du 25 juillet 1830.

LE 4 AOUT 1830.

DOUVRES.

(_Deux inconnus, l'un arrivant de Calais, l'autre s'embarquant pour la

même destination._)

PREMIER INCONNU: _God save my_!... C'est vous?

DEUXIÈME INCONNU: Le prince de Pol...

--Chut! ne me nommez pas.

--Pourquoi?

--Parce que... j'allais chez vous.

--Tiens, c'est drôle, j'allais chez vous.

--J'allais m'asseoir à votre foyer.

--Je n'en ai plus, j'allais vous demander à partager la fortune du pot.

--Le pot!... on me l'a renversé sur la tête.

--Diable! Voilà qui est malheureux!.... Qu'allons-nous faire?

--Avez-vous de l'argent?

--Oui, un peu; j'ai écorché de mon mieux le pauvre John Bull.

--Moi, je n'ai pas un sou; ils crient avant qu'on les écorche.

--Il fallait les laisser crier.

--Oui, mais ils montraient les dents.

--C'est différent. Guillaume n'a plus besoin de mes services.

--La France a jugé à propos de se passer des miens.

--Mon cher, comme Denys de Syracuse, il faudra nous faire maîtres

d'école.

--Tiens, est-ce que vous savez lire, vous?

--Non, et vous?

--Ni moi non plus.

--Alors il faut faire comme Dioclétien, il faut nous mettre jardiniers.

--Non, j'ai un projet, je vais me faire jockey à New-Market.

--L'idée n'est pas déjà si mauvaise; moi, si j'y avais pensé, je me

serais fait roi des Grecs, quoique la place ne fût pas très-bonne. Un

conquérant!... je vais me faire _restaurateur_.

--Et moi! le descendant d'une si noble maison!

--N'importe, je vais à Paris.

--Tenez, mon cher, voilà une recommandation pour Piet. Il vous aidera,

quoique sa cuisine soit bien maigre à présent, ce pauvre Piet! il _a bu

un bouillon avec nous_.

--Adieu donc, que la paix soit avec vous!

--Que la miséricorde du ciel vous accompagne!

* * * * *

Les prophétiques menaces de cet article ne devaient pas tarder à se

réaliser.

Le 26 juillet, les ordonnances parurent. D'un trait de plume, Charles X

venait de décider la déchéance de sa dynastie.

Avec la monarchie de Juillet, après les _trois glorieuses_, _Figaro_

reparaît triomphant. Une fois encore sa vignette a subi une

transformation, elle est devenue comme l'enseigne de sa victoire.

Basile fuit, Figaro ne menace plus, il frappe: «Ah! Basile, mon mignon,

faiseur de coups d'État, en voici du bois vert.»

Mais le but est atteint, la rédaction se disperse: c'est un autre

_Figaro_. Nous n'entreprendrons pas de le suivre dans sa fortune

nouvelle.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES

Deux mots. 1

Introduction. 5

Victor Bohain. 23

1826. 33

1827. 86

1828. 190

1829. 235

1830. 336

FIN DE LA TABLE.

Imprimé par Charles Noblet, rue Soufflot, 18.

NOTES:

[1] J'ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, le très-remarquable

travail de M. Hatin, l'_Histoire du journal en France_, dont le

volume consacré à la Restauration vient de paraître à la librairie

Poulet-Malassis et de Broise. Malheureusement, effrayé sans doute des

proportions que prenait son ouvrage, M. Hatin n'a pu qu'indiquer en

passant le rôle du petit journal et en particulier du _Figaro_, «de

toute cette artillerie légère, si terrible dans les grandes luttes de

l'opinion.»

[2] Adolphe Blanqui, on peut le dire aujourd'hui, était l'auteur des

_Esquisses de la Chambre des députés_.

[3] Allusion à M. de Quatrebarbes.

[4] Les ciseaux de la censure qui venait d'être supprimée.

[5] M. Franchet-Despérey était directeur général de la police.

[6] Est-il besoin de dire que la comédie dont veut parler _Figaro_ est

la session législative?

[7] Voici à peu près le trait d'un de ces couplets:

Un ministre qu'on destitue,

Dit qu'il n'a voulu que le bien;

Comédien! comédien!

[8] Allusion à une proposition faite à la Chambre pour la mise en

accusation du ministère Villèle, «pour crimes de concussion et de

trahison.» Cette proposition, prise en considération, donna lieu à

un débat orageux. Les anciens ministres l'échappèrent belle. Ils

durent leur salut à M. de Martignac, qui tint la promesse faite au

roi d'empêcher toute poursuite contre le cabinet qu'il remplaçait. En

échange on lui avait permis d'arrêter l'envahissement de l'intérêt

religieux sur les choses de la politique. On lui retira vite cette

permission.

[9] _Histoire des deux Restaurations_, t. 7.

[10] M. de Polignac était alors ambassadeur en Angleterre; connaissant

les projets du roi, il guettait anxieusement l'heure de s'emparer du

pouvoir. A chaque crise il accourait. Lorsqu'il ne venait pas, Charles

X l'appelait près de lui, parfois même à l'insu de ses ministres,

qui voyaient d'un mauvais oeil l'homme qui convoitait leurs

portefeuilles.

[11] Un beau jour, au moment où on s'y attendait le moins, M. de

Polignac, à la tribune de la Chambre des pairs, fit un long discours

pour prouver que la charte était la plus chère de ses affections. Ces

protestations ne surprirent personne. M. de Polignac voulait être

ministre, il pensa que le portefeuille valait bien une protestation.

Henri IV avait bien accepté une messe. Les ultra furent remplis de

joie. M. de Polignac, mystique ridicule, entêté, ignorant, s'était

vanté d'anéantir la Charte en _deux ans_, SANS COMMOTION.

[12] Allusion à la loi sur le monopole des tabacs, qui avait fort

indigné.--Tous les titres et articles sont la parodie presque

textuelle des dispositions du projet.

[13] Charles X lui-même se moquait de l'éloquence de son ministre, il

le considérait comme un artiste en phrases.--«Avez-vous entendu la

Pasta?» demandait-il à un de ses familiers qui revenait de la Chambre,

où M. de Martignac avait prononcé un fort beau discours.

[14] Le ministère avait été contraint de retirer les deux projets de

loi présentés sur l'organisation communale et départementale. De ce

jour l'alliance de la gauche et du cabinet Martignac était brisée. Le

ministère n'avait plus la majorité, il était bien malade, en effet.

[15] Ce n'est point ici une scène de fantaisie, il n'y a rien que de

très-exact dans cette curieuse étude des moeurs administratives du

temps. Plusieurs procès même furent intentés à des maires qui avaient

refusé complétement d'inscrire des enfants sur les registres de l'état

civil, sous prétexte que les noms choisis par les parents étaient des

noms révolutionnaires.

[16] Cette affaire du _Mouton enragé_ est un des épisodes les plus

tristes de l'histoire de la presse sous la Restauration. Il eut, à

l'époque, un immense retentissement. L'auteur de l'article, Fontan, et

le directeur de l'_Album_, M. Magallon, furent condamnés à cinq ans

de prison et conduits à Poissy avec les menottes et accouplés à des

voleurs. Les cheveux de Fontan blanchirent dans une nuit. Il n'avait

pas vingt-cinq ans.

L'ancien Figaro · 第 18 / 18 段