Un désir indéniable à mon temps est de séparer comme en vue
d'attributions différentes le double état de la parole, brut ou
immédiat ici, là essentiel.
Narrer, enseigner, même décrire, cela va et encore qu'à chacun
suffirait peut-être, pour échanger la pensée humaine, de prendre
ou de mettre dans la main d'autrui en silence une pièce de
monnaie, l'emploi élémentaire du discours dessert l'universel
_reportage_ dont, la Littérature exceptée, participe tout entre
les genres d'écrits contemporains.
A quoi bon la merveille de transposer un fait de nature en sa
presque disparition vibratoire selon le jeu de la parole,
cependant, si ce n'est pour qu'en émane, sans la gêne d'un proche
ou concret rappel, la notion pure?
Je dis: une fleur! et, hors de l'oubli où ma voix relègue aucun
contour, en tant que quelque chose d'autre que les calices sus,
musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous
bouquets.
Au contraire d'une fonction de numéraire facile et représentatif,
comme le traite d'abord la foule, le Dire, avant tout, rêve et
chant, retrouve chez le poëte, par nécessité constitutive d'un
art consacré aux fictions, sa virtualité.
Le vers qui de plusieurs vocables refait un mot total, neuf,
étranger à la langue et comme incantatoire, achève cet isolement
de la parole: niant, d'un trait souverain, le hasard demeuré aux
termes malgré l'artifice de leur retrempe alternée en le sens et
la sonorité, et vous cause cette surprise de n'avoir ouï jamais
tel fragment ordinaire delocution, en même temps que la
réminiscence de l'objet nommé baigne dans une neuve atmosphère.