Je distingue dans notre langue trois périodes. Dans la première, la plus
courte, et celle dont il nous reste le moins de monuments, les voyelles
prédominent sur les consonnes.
Pendant la seconde, la plus longue et la plus féconde, au moins
jusqu'ici, l'équilibre tend à s'établir.
Nous assistons à la troisième, qui donne visiblement la prédominance aux
consonnes sur les voyelles.
Le caractère de la seconde période paraît celui du génie de notre
langue, qui, dans la première, cherche à se développer, fleurit dans la
seconde, et dans la troisième s'achemine à la décadence.
La langue française, dans sa jeunesse, se sentait trop de son origine
italienne; dans sa vieillesse, elle porte trop les marques des
influences étrangères; elle est sortie du midi, et va se perdre du côté
du nord.
Mais quand elle ne sera plus, il lui restera toujours cette gloire
d'avoir servi, plus qu'aucune autre, à la civilisation de l'univers.