SE COMBATTRE.--«Si _se cumbatirent_ (les Syriens) cuntre lui (David).»

(_Rois_, p. 153.)

«Kar une gent _se cumbaterad_ encuntre altre.»

(_Rois_, p. 301.)

Ja _se combat_ vostre compains Ogiers.

(_Ogier l'Ardenois_, v. 2650.)

* * * * *

SE REPENTIR.--«Li fols reis l'en creid, e de sun mesfait _s'en

repentid_.»

(_Rois_, p. 290.)

--«Saint Pols _ne se repentivet_ mie.»

(SAINT BERNARD, p. 559.)

* * * * *

SE PASMER.--Corneille et Molière ont employé _pâmer_ sans le pronom

réfléchi:

Sire, _on pâme_ de joie ainsi que de tristesse.

(_Le Cid._)

... Ah! bons dieux, _elle pâme_.

(_Sganarelle._)

Ils ne sont point parvenus à faire accepter cette forme neutre, et

l'ancienne forme réfléchie a continué de prévaloir. Elle date de

l'origine de la langue: Roland, monté sur Veillantif, trouve le cadavre

de son cher Olivier, gisant à Roncevaux. Il lui adresse quelques mots

touchants, et, succombant à la douleur, il s'évanouit:

Quant tu es mort, dulur est que je vis.

A icest mot _se pasmet_ le marchis,

Sur son ceval que cleimet Veillantif.

(_Roland_, st. 149.)

«Quand tu es mort, douleur est que je vis. A ce mot se pâme le marquis,

sur son cheval qu'il appelle Veillantif.»

Sur l'erbe verte li quens Rollans _se pasmet_.

(_Ibid._, st. 166.)

Charlemagne s'évanouit à son tour, en trouvant le corps de son neveu

Roland:

Guardet a la terre veist son nevold gesir,

Tant dulcement a regreter le prist:

Amis Rollans, de tei ait Deus mercit!

Unques nuls hom tel chevaler ne vit

Por grans batailles juster e defenir.

La meie honor est turnet en declin!

Carles _se pasmet_, ne s'en pout astenir.

(_Ibid._, v. 203.)

«Il regarde à terre, et voit son neveu étendu. Il se prit à le regretter

tant doucement: Ami Roland, que Dieu aie pitié de toi! Jamais on ne vit

pareil chevalier pour assembler et mener à fin les grandes batailles.

C'en est fait de ma gloire! Charles se pâme, il ne peut s'en empêcher.»

* * * * *

SE FORFAIRE.--«Pur ço que cil de Jerusalem _forfaiz se furent_ envers

nostre Seigneur.»

(_Rois_, p. 295.)

* * * * *

SE FAINDRE.--_S'épargner à quelque chose_, _être faignant_:

Ne _se_ doit pas _faindre_ de lui aider...

(_Ogier_, v. 9638.)

De lui aider ne _se_ va pas _faignant_.

(_Ibid._, v. 9632.)

* * * * *

SE MOURIR.--_Mourir_ était actif, comme aujourd'hui _tuer_. On disait

_mourir quelqu'un_; au participe passé, _mort_:

Dist l'amirail: Carles, kar te purpenses,

Si pren cunseill que vers mei te repentes:

_Mort as mun fils_.

(_Roland_, st. 262.)

«Charles, dit l'amiral, réfléchis, et prends conseil de te repentir

envers moi: tu as tué mon fils.

Trois freres m'a _mort_ et mon pere.

(_La Violette_, p. 83.)

Le fils de Charlemagne, jouant aux échecs avec Bauduinet, le fils

d'Ogier, s'irrite de perdre, lance l'échiquier d'or à la tête de son

adversaire, et le tue:

Callos _l'a mort_ d'un escekier d'or mier.

(_Ogier_, v. 3186.)

Les II _ont mors_ et les II autres prins.

(_Garin_, I, p. 109.)

De là la forme passive _se mourir_, que nous gardons encore. _Se périr_,

tant reproché aux gens du peuple, n'est pas plus ridicule que _se

mourir_.

* * * * *

S'OUBLIER.--Coucy reçoit une lettre de la dame de Fayel:

On li mandoit qu'a l'anuitier

Ne _se_ voelle mie _oublier_,

Ains vienne a Faïel tout droit,

Par l'huisset, si come il souloit.

(_Coucy_, v. 4010.)

«On lui mandait qu'à la tombée de la nuit il veuille ne pas s'oublier,

mais vienne tout droit au château de Fayel, par la petite porte, selon

sa coutume.»

Si ne _se_ mist pas en oubli.

(_Ibid._, v. 4035.)

Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation · 第 175 / 227 题