FEINDRE, FEIGNANT[97].

[97] On écrivait _faindre_ comme _craindre_. L'orthographe normande a

prévalu pour le premier.

_Feindre_ s'employait jadis absolument, dans un sens analogue à celui de

_craindre_, _hésiter_.

L'auteur du _Chastelain de Coucy_ dit, au début de son poëme, que

l'amour favorise les amants hardis, mais qu'à peine a-t-il aucune

récompense pour les timides:

Mais pour les _faingnans_ desloiaus

Dist on qu'a paine est nulz loiaus.

(_Coucy_, v. 21.)

Une chanson de Coucy lui-même, antérieure au poëme d'environ cinquante

ans, commence par ce couplet:

Pour verdure ne pour pree,

Ne pour fueille ne pour flour,

Nulle chanson ne m'agree,

Se ne muet de fine amour.

Mais li _faingnant prieour_,

Dont ja dame n'iert amee,

Ne chantent fors en pascours:

Dont se plaingnent sans doulours.

(_Coucy_, p. 13.)

«On a beau célébrer la verdure, les prés, les feuillages, les fleurs;

nulle chanson ne m'agrée, si elle n'est inspirée par une vraie passion.

Mais ces _lâches suppliants_, qui n'aiment de fait aucune femme, ne

chantent que vers le temps de Pâques. Ils se plaignent sans douleurs.»

M. Crapelet a mal traduit: «Mais celui _qui feint d'attendrir_ une

dame.» On ne feint pas d'attendrir: on attendrit ou l'on n'attendrit

pas.

Observez que nul mot ne peut remplacer _faignant_. _Lâche_ est trop

fort; _timide_, trop faible; et puis, la timidité s'allie avec le

véritable amour; c'est _faignant_, ou, comme on dit en picard, _coeur

failli_.

Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation · 第 131 / 227 题