OE, OI, OU.

Voici quelques exemples de la diérèse d'_oë_, _oï_, _oü_[41].

[41] J'emploie ce tréma, comme plus haut, p. 136, pour indiquer la

diérèse, et non la prononciation actuelle de l'_u_.

Ganelon menace le roi Marsile de la vengeance de Charlemagne:

Pris e liez serez par _poested_;

Al siege ad Ais en serez amenet...

(_Roland_, st. 32.)

«Vous serez pris et lié par force (poësté), et conduit à Aix, au siége

de l'empereur.»

Que mun nevold _poïs_ venger Rollant!

(_Ibid._, st. 224.)

«Que je puisse venger mon neveu Roland!»--C'est la prière de Charlemagne

à Dieu, après la défaite de Roncevaux.

Veer ala en sa gesine

Li dus Gerberge la _Roïne_.

(Benoît de Sainte-More, v. 10763.)

Roland, au milieu de la bataille, dit à Olivier:

Tanz bons vassals veez gesir par tere!

Pleindre _poüms_ France dulce la bele!...

(_Roland_, st. 126.)

«Nous pouvons plaindre douce France la belle.»

POÜR, POÜRUS, _peur_, _peureux_, dans Benoît de Sainte-More:

Sunt esbahi e merveillant,

Plus _poürus_ e plus dotant...

(_Chronique des Ducs de Norm._, v. 325.)

LOÜN, LOÜNEIS, dans le même, c'est _Laon_, _le Laonnois_:

Li dux Guillaume

Est a _Loün_ dreit repairié.

(_Ibid._, v. 10621.)

Vint a _Loün_ li dux normant.

(_Ibid._, 10742.)

Ce sont là les vestiges d'un système qui ne pouvait se conserver

longtemps pur; les diphthongues s'étaient glissées dans le langage, peu

nombreuses, il est vrai, mais elles ne tardèrent pas à se multiplier

rapidement une fois admises dans l'écriture: elles étaient trop

nécessaires. Une circonstance d'ailleurs favorisa singulièrement leur

introduction: ce fut la manière dont on imagina de peindre les diverses

inflexions des voyelles simples, ce que nous faisons aujourd'hui à

l'aide des accents. J'ai montré comment on y employait les consonnes, et

comment _e_, par exemple, prenait le son fermé devant _st_, _sp_:

_estrange_, _esprit_. Ce moyen fut jugé sans doute insuffisant, et

l'idée vint de modifier une voyelle par l'adjonction d'une autre

voyelle. Le premier résultat fut l'abréviation ou l'éclaircissement de

la voyelle longue et sombre; le second fut un son mixte auquel les deux

voyelles concouraient également, c'est-à-dire une diphthongue.

Ainsi la plupart des diphthongues actuelles furent écrites avant d'être

parlées.

Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation · 第 68 / 227 题