Je n'ai pas besoin de faire voir que l'_s_ finale était effacée de la
prononciation de nos aïeux, puisque nous-mêmes ne la faisons pas sentir;
_des verses_, _des moeurses_, pour des _vers_, des _moeurs_, sont une
tradition particulière à la Comédie française, et tout à fait mauvaise:
heureusement elle commence à se perdre.
Quant à la manière affectée dont on fait aujourd'hui siffler l'_s_
finale sur la voyelle qui commence le mot suivant, il en sera traité au
chapitre des consonnes articulées à la moderne.
Je rappelle ici pour mémoire que l'_s_ suivie d'une autre consonne dans
le courant d'un mot, disparaît pour laisser prévaloir la seconde:
_esprit_, _estomach_, et quelques autres, sont des vices consacrés, mais
dans le fond aussi choquants que le seraient _esse-pée_, _esse-tonner_.
Dans ce passage de la Fontaine:
Ces deux veuves, en badinant,
En riant, en lui faisant fête,
L'alloient quelquefois _testonnant_,
C'est-à-dire ajustant sa tête.
(_L'Homme entre ses deux âges._)
On ne manque pas de faire prononcer aux enfants _tesse-tonant_, comme
aussi dans l'occasion _fesse-toyer_. Prononcez donc aussi _esse-trange_,
_tesse-te_ et _fesse-te_.
Les poëtes latins ne se faisaient aucun scrupule d'abattre l'_s_ et de
maintenir la voyelle brève devant ces formes _st_, _sp_, _sc_, autorisés
en cela de l'exemple des Grecs. Voyez plus haut (p. 38 et 39) la preuve
de ce fait.