K.

Il n'y a rien à dire du _k_ comme finale, puisqu'il ne paraît jamais à

la fin d'un mot.

Mais il est fréquent comme initiale, et beaucoup plus fréquent qu'on ne

le croirait si l'on s'en fiait au rapport des yeux. En effet, la

notation par _ch_ était pour le langage identique à celle du _k_. On

employait indistinctement l'une ou l'autre: le même manuscrit écrit

_carles_, _kalles_; _karlemaine_, _challemaine_; _charlon_, _carlun_,

_kallon_.--C'est ainsi que le nom propre _Callot_ est le même que nous

voyons écrit _Charlot_.

Nous prononçons aujourd'hui _chaud_, qui vient de _calidus_; nos pères

écrivaient _chalt_, et prononçaient _caud_.

_Chambre_, de _camera_, est aussi souvent écrit _cambre_;--_chanson_,

_canson_;--_charn_, _carn_ (_carnem_), aujourd'hui _chair_;--_chaîne_,

de _catena_; _chastier_, de _castigare_; _chien_, de _canis_; _chaïr_,

de _cadere_; _chaste_, de _castus_; _chanoine_, de _canonicus_;

_charbon_, de _carbo_; _chanut_, aujourd'hui _chenu_, de _canutus_;

_chape_ ou _cape_, de _caput_; tous ces mots, et une multitude de

semblables, se rencontrent figurés par _ch_, _c_ ou _k_, et les trois

formes, je le répète, dans le même manuscrit. En rapporter des exemples

serait chose infinie; il suffit d'ouvrir la _chanson de Roland_, ou le

_Livre des Rois_, ou le premier texte venu du moyen âge. Les plus

anciens sont toujours les meilleurs.

La valeur attachée actuellement à cette notation _ch_ est moderne, on

peut en être sûr.

Rien ne l'autorise que l'imitation des étrangers, puisque l'étymologie

prescrit partout le son rude du _k_.

La Picardie, qui a tant fourni à la langue française et à la littérature

du moyen âge, a retenu la prononciation originelle du _ch_. Elle dit un

_kien_, la _bouke_, une _mouke_, etc. C'est ce qu'on pourrait appeler

les libertés de la langue picarde, aussi compromises, hélas! que celles

de l'Église gallicane; ce qui n'empêche pas la Picardie d'avoir aussi de

son côté le droit et la raison, si l'usage est contre elle.

Car pourquoi prononcez-vous de même le _coeur_ d'un homme et le _choeur_

d'une église? Comment n'êtes-vous pas _choqués_ de prononcer un

_choriste_? d'avoir l'adjectif _charnel_ et le substantif _carnage_,

qu'on écrivait _charnage_ autrefois? On emploie aujourd'hui des

_charpentiers_; on ne connaissait jadis que des _carpentiers_, comme

vous l'atteste le nom propre, témoin irrécusable. Avouez qu'un _char_

fuyant dans la _carrière_ est une inconséquence; les Picards n'ont point

à se la reprocher, qui disent un _kar_ et une _karette_. On se croit

dans le bon chemin, parce qu'on suit la mode; ce sont les Picards qui

sont dans le bon _kemin_ (_caminus_, Du Cange), parce qu'ils suivent

l'étymologie et les coutumes de nos pères.

Les notations _cu_, _qu_, équivalaient au signe _k_. _Queux_, _cuider_,

_cuisine_ ou _quisine_, étaient prononcés _keux_, _kider_, _kisine_, et

le plus souvent même figurés ainsi. La distinction du son de l'_u_ dans

ce groupe, date du milieu du XVIe siècle seulement. Elle fut introduite

par les ecclésiastiques, non sans résistance; car on cite un bénéficier

qui fut dépouillé de ses bénéfices pour s'être obstiné à garder

l'ancienne mode, et à prononcer _kiskis_ et _kankan_, pour _quisquis_ et

_quanquam_. On sait la part que prit dans cette ridicule affaire le

malheureux Ramus: il tenait aussi pour _kiskis_. Bien que ses

adversaires aient triomphé, grâce à l'adresse qu'ils eurent de mettre le

roi et le parlement de leur côté, l'on prononce encore aujourd'hui _ki_,

_kelle_, et _un kidan_ (_quidam_). _Quem_ sonnait _kem_, ou plutôt

_kan_. Nous nous en souviendrons plus tard, quand nous rechercherons

l'étymologie de _péquin_.

Des variations du langage français depuis le XIIe siècle ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation · 第 33 / 227 题