A MADAME d'ANGIVILLIERS[36].
Je vous rends mille grâces du billet que vous avez eu la bonté de
m'envoyer. Je n'ai pu en profiter. J'étais sorti, croyant que vous
n'étiez point à Paris, et que l'heure de la poste de Versailles était
passée. Je sais combien on vous sollicite pour ces billets, et je
serais fâché que votre bonté pour moi vous engageât à des sacrifices
en ce genre. D'ailleurs, n'ayant aucune liaison avec les quatre ou
cinq personnes qui auront les quatre ou cinq premières places
vacantes, je ne suis plus dans le cas d'être aussi empressé aux
séances académiques; et il est juste que vous puissiez faire des
heureux pour leurs amis. Cependant, comme rien n'est sûr, et que
quelqu'un des aspirans pourrait cesser de convenir à l'Académie, je
vous prierais, madame, de permettre que je recourusse à vous, au cas
que l'élection tombât sur quelqu'un de ma connaissance. En attendant,
je me borne à vous solliciter pour madame la comtesse de Ronsée qui
n'a jamais vu la réception, et qui serait curieuse d'en voir une.
[36] Cette lettre, ainsi que la IXe, nous a été communiquée par
M. Sencier, membre de la Société des Bibliophiles, et dont
l'obligeance égale le savoir.
J'ai cru pouvoir aussi, madame, me charger de vous rappeler l'intérêt
que M. le comte de Rochefort prend à un honnête libraire dont il vous
a parlé, et pour lequel il devait, avant son départ, vous remettre un
mémoire adressé à M. le comte d'Angivilliers: je joins ce mémoire à ma
lettre, ne voulant pas retarder, par ma faute, le bien que vous êtes
toujours prête à faire aux malheureux.
J'irai quelquefois à Versailles cet été, et je tenterai d'avoir
l'honneur de vous faire ma cour. J'irais dans ce dessein seul, si
j'avais l'espérance d'y réussir. Mais en convenant, madame, que quatre
lieues sont peu de chose quand on a l'honneur de vous voir, je trouve
qu'elles sont longues quand on ne l'a pas eu.