HYMNE À LA VIERGE

Oui, pour toi, divine Merveille

Qui nous donna le Créateur,

La terre joyeuse et vermeille

S'éveille et chante en ton honneur:

Le lis superbe des vallées

Dans son éclatante blancheur,

L'eau claire des sources voilées

Cachant dans l'herbe sa fraîcheur,

La rose entrouvrant ses corolles,

Le soleil brillant dans l'air pur,

Le flot berçant nefs et gondoles

Mollement, sur son sein d'azur,

L'oiseau dans son tendre ramage

Chantant un hymne au Créateur,

La brise ondulant le feuillage.

Cueillant les parfums de la fleur;

La fraîche oasis qui se cache

Dans les déserts mystérieux;

L'éclair perçant qui se détache

Lançant ses traits capricieux,

Le Ciel, dans ses nuits les plus belles,

Roulant des milliers d'univers

Qui reflètent leurs étincelles

Aux centuples miroirs des mers;

L'hiver, au long manteau d'hermine

Pressant le sol entre ses bras,

L'ornant de la dentelle fine

De son givre et de ses frimas;

Le printemps accordant sa lyre,

Habillant la fleur, l'arbrisseau,

Partout envoyant son sourire

Pour saluer le renouveau;

Secouant sa blanche fourrure,

La terre prenant à la fois,

Et sa verdoyante ceinture,

Et sa couronne de grands bois;

L'été, la campagne féconde,

Ouvrant l'écrin de son trésor,

Semant sur sa tunique blonde,

Bluets coquets et boutons d'or;

L'automne apportant ses corbeilles

Riches de fleurs, de fruits dorés,

De pampres aux grappes vermeilles,

De feuillage aux reflets pourprés;

Les merveilles de la nature,

OEuvre de la divinité

Ne sont qu'une faible peinture

De ton adorable beauté!

O Marie, ô reine divine,

Devant l'éclat de tes grandeurs

Si la terre humblement s'incline

Pleins d'espoir s'élèvent les coeurs

Car ta bonté plus grande encore

Toujours présente à notre appel,

Sait, dans les âmes, faire éclore

Les roses des jardins du ciel;

L'humilité, la patience

La Foi, l'Espoir, la Charité:

Voilà, dans leur sublime essence,

Les fleurs de l'immortalité!

O toi qui comptes sur la terre

Les pleurs qui tombent de nos yeux;

Vierge, sois toujours notre mère,

Ouvre-nous la porte des Cieux.

Qu'à l'heure suprême, notre âme,

Entrant dans l'immortalité

Près de toi, comme un trait de flamme,

S'envole pour l'Éternité!

[1: Saint Vincent Ferrier, donnant une mission à Rennes, fit élever sur

la place principale un trône à la sainte Vierge autour duquel il

convoquait, chaque jour, tous les enfants de la cité. Après des chants

et des prières adressés par ces petits anges de la terre à la Reine du

Ciel en faveur des pauvres pécheurs, il les renvoyait comme autant

d'apôtres, à la conquête des âmes de leurs parents. L'histoire rapporte

que, de tous les habitants de la ville, pas un ne résista à la grâce,

obtenue, sans doute, en grande partie, par la prière des enfants.]

[2: Aujourd'hui les comptoirs de pâtisserie de Vannes sont aussi propres

qu'élégants et les gâteaux excellents.]

[3: Depuis que ces lignes ont été écrites, cette fontaine, composée

aujourd'hui de trois magnifiques bassins, est devenue monumentale.

Ces trois vasques, avec toutes les pierres qui forment la base du

monument, ont été détachées d'un _même bloc de granit_ trouvé isolé dans

un repli de terrain, sur la lande de Sainte-Anne. C'est un granit bleu,

veiné de blanc comme du marbre, et d'une dureté extraordinaire.

Chaque vasque a près de deux mètres de diamètre et le poids total

dépasse 7000 kilog. Elles ont été travaillées sur place, dans la

carrière qui se trouve à un quart de lieue de la basilique. Aussi

l'embarras a-t-il été grand lorsqu'il a fallu les transporter jusqu'à la

fontaine.

Un camion qu'on avait fait venir ad hoc a cédé sous le poids, et s'est

trouvé hors de service dès le premier effort. On a chargé ensuite la

première vasque sur un second camion beaucoup plus solide. Mais, quand

il s'est agi d'ébranler la masse, les sept chevaux attelés ont pu la

remuer à peine. Alors sont arrivés les élèves du Petit Séminaire. On

attache de longs câbles au lourd chariot, et 200 jeunes gens, s'alignant

le long des cordes, entraînent la masse sans effort et comme en se

jouant.

Les trois vasques sont ainsi traînées tour à tour hors de la carrière,

et les élèves ont voulu les amener eux-mêmes jusqu'à la fontaine

miraculeuse, les uns faisant cortège, les autres attelés en grappes aux

câbles immenses, tous rythmant leur marche sur le chant des cantiques.

Le journal d'une pensionnaire en vacances · 第 67 / 68 题