Comment Robert, duc de Normandie, ayant engagé son duché à
Guillaume, roi des Anglais, son frère, partit pour Jérusalem.
AINSI donc, l’année suivante, échauffés par ces divines
exhortations, presque tous les chevaliers des pays occidentaux,
tant ceux qu’illustrait une grande valeur que les autres plus
obscurs, entreprirent le saint pèlerinage. Embrasé du même desir,
Robert, duc de Normandie, envoya un exprès à son frère Guillaume,
roi des Anglais, l’invitant à venir en toute hâte en Normandie,
pour recevoir de lui son duché, le tenir en ses mains pendant son
absence, et lui fournir sur les trésors des Anglais ce dont il
aurait besoin, lui et les siens, pour soulager son indigence
pendant l’expédition. Le roi Guillaume, tout réjoui de ce message,
passa aussitôt en Normandie, et prêta au duc Robert dix mille
marcs d’argent, sous la condition que, tant que le susdit duc
demeurerait en pélerinage, lui-même tiendrait le duché de
Normandie comme gage de son prêt, et qu’il le rendrait au duc
lorsqu’après son retour celui-ci lui aurait remboursé l’argent
qu’il lui avançait. Les choses ainsi convenues, le comte Henri se
rendit vers le roi Guillaume et demeura tout-à-fait avec lui, et
le roi lui concéda [p. 252] entièrement le comté de Coutances et
celui de Bayeux, et en outre la ville de Bayeux et la citadelle de
Caen. En ce même temps le roi Guillaume fit construire un certain
château, nommé Gisors, sur les confins de la Normandie et de la
France, et son frère Henri, qui lui succéda plus tard par la
volonté de Dieu, rendit ce château inexpugnable, en le faisant
entourer de murailles et en y construisant des tours élevées.