Comment les gens du Maine, voyant le duc Robert retenu en
Normandie par toutes sortes de difficultés, prirent pour comte
Hélie, fils de Jean de La Flèche.
CEPENDANT les gens du Maine, voyant le duc Robert retenu en
Normandie par toutes sortes de troubles, tinrent conseil avec
Hélie, fils de Jean de La Flèche, homme rempli de vigueur et
d’habileté et le plus puissant de la province, et résolurent que
celui-ci épouserait la fille d’un certain comte de Lombardie,
petite-fille de Herbert, ancien comte du Mans, par sa fille aînée,
espérant par ce moyen pouvoir secouer le joug des ducs de
Normandie. Ils n’eurent pas besoin de grands efforts pour
persuader au jeune homme d’entrer dans leurs vues, car déjà et
depuis long-temps celui-ci avait prévenu leur invitation par ses
vœux, en sorte qu’il ne mit aucun retard à réaliser leurs
espérances et leurs projets. Ni lui ni ses conseillers ne se
laissèrent détourner de cette tentative de rébellion, par la
pensée que dans les temps anciens le pays du Maine avait été
soumis aux ducs de Normandie, ni par ce souvenir plus récent que
de notre temps le [p. 250] très-noble duc de Normandie, Guillaume,
devenu plus tard heureux conquérant de l’Angleterre, avait délivré
les gens du Maine de la tyrannie de Geoffroi Martel l’Ancien, et
les couvrant de ses ailes protectrices, tant qu’il vécut, les
avait gouvernés comme ses propres sujets, et laissés à gouverner à
ses successeurs, au moment de sa mort; d’où il résulta qu’en
effet, peu de temps après la mort de ce roi, le duc Robert, dans
les premiers momens où il prit possession de son duché, conduisit
une armée de Normands contre les gens du Maine, qui avaient voulu
tenter audacieusement une première rébellion, et les comprima sur
leur propre territoire.