Comment les gens de Londres se rendirent au duc; et comment, le
jour de la naissance du Seigneur, le duc fut fait roi des Anglais,
à Londres. — De l’abbaye de la Bataille.
APRÈS avoir poursuivi et massacré les ennemis, le vaillant duc
Guillaume revint sur le champ de bataille vers le milieu de la
nuit. Le matin du jour du dimanche, ayant fait enlever les
dépouilles des ennemis, et ensevelir les corps de ses amis, le duc
prit la route qui conduit à Londres; puis il se détourna pour
marcher vers la ville de Wallingford, passa le fleuve à un gué, et
ordonna à ses légions de dresser leur camp en ce lieu. Il en
partit ensuite pour se diriger vers Londres. Les chevaliers qui
couraient en avant y étant arrivés, trouvèrent sur une place de la
ville un grand nombre de rebelles, qui firent les plus grands
efforts pour leur opposer une résistance. Les premiers attaquèrent
ceux-ci tout aussitôt, et répandirent un grand deuil dans toute la
ville, par la mort de beaucoup de ses enfans et de ses citoyens.
Les gens de Londres voyant qu’ils ne pourraient résister plus
long-temps, donnèrent des otages, et se soumirent, [p. 229] eux et
tout ce qui leur appartenait, au très-noble vainqueur.
Ainsi donc, l’an 1066 de l’Incarnation du Seigneur, le duc des
Normands, Guillaume, que notre plume ne saurait assez célébrer,
remporta, comme nous venons de le dire, un noble triomphe sur les
Anglais. Ensuite, et le jour de la naissance du Seigneur, il fut
élu roi par tous les grands, tant Normands qu’Anglais, oint de
l’huile sainte par les évêques du royaume, et couronné du diadême
royal. Le lieu où l’on avait combattu, ainsi que nous l’avons
rapporté, fut appelé et s’appelle encore aujourd’hui le Champ de
Bataille. Le roi Guillaume y construisit un monastère en l’honneur
de la Sainte-Trinité, y établit des moines de l’ordre de
Marmoutier, de Saint-Martin de Tours, et lui conféra en abondance
toutes les richesses dont il pouvait avoir besoin, pour l’amour de
ceux qui des deux parts étaient tombés morts dans cette affaire.