Comment Guillaume Talvas, frère de l’évêque Ives, donna à Roger de
Mont-Gommeri sa fille Mabille et ses terres.
CEPENDANT, Guillaume Talvas, après avoir été expulsé de ses terres
par son,fils, comme nous l’avons rapporté ci-dessus, pauvre et
misérable aux yeux de tous, alla long-temps errant de maison en
maison. Enfin il se rendit auprès de Roger de Mont-Gomeri, lui
offrit spontanément sa fille, nommée Mabille, et lui fit en outre
concession de tous les biens qu’il avait perdus lui-même par suite
de sa perversité et de sa lâcheté. Roger, qui était fort et brave,
et doué d’un jugement sain, pensa que ces arrangemens lui seraient
profitables, et consentit à toutes ces propositions. Il reçut dans
sa maison Guillaume le vagabond, et s’unit à sa fille en légitime
mariage. Or celle-ci était petite de corps, très-bavarde, assez
disposée au mal, avisée et enjouée, cruelle et remplie [p. 189]
d’audace. Dans la suite des temps, elle donna à Roger cinq fils et
quatre filles, dont voici les noms: Robert et Hugues, Roger le
Poitevin, Philippe et Arnoul; et les filles, Emma, Mathilde,
Mabille et Sibylle. Celles-ci valurent mieux que leurs frères:
elles furent généreuses, honorables, et pleines d’affabilité pour
les pauvres, les moines et les autres serviteurs de Dieu. Leurs
frères au contraire furent féroces, avides et impitoyables
oppresseurs des pauvres.
Ayant résolu de raconter les actions du grand duc Guillaume, il
serait hors de propos de nous arrêter ici à rapporter combien ces
hommes furent rusés ou perfides dans les exercices de la
chevalerie, comment ils s’élevèrent aux dépens de leurs voisins ou
de leurs pairs, et comment à leur tour ils succombèrent sous leurs
coups en punition de leurs forfaits. Nous allons donc quitter ce
sujet, et reprendre la suite de notre récit.