Comment la reine Gerberge demanda à son père Henri, roi d’au delà
du Rhin, du secours contre les Normands, et n’en obtint pas; c’est
pourquoi elle donna comme otages son fils et deux évêques, en
échange du roi Louis, son époux.
OR la reine Gerberge, apprenant que son époux avait été pris par
les Normands, fut glacée d’effroi, et, le cœur plein de
consternation, alla en toute hâte auprès de Henri, roi d’au delà
du Rhin, et qui était son père, le suppliant de rassembler une
nombreuse armée, d’aller assiéger Rouen, et d’enlever le roi son
époux de vive force. Le roi Henri, ayant entendu le récit de ce
malheur, lui répondit qu’il était survenu au roi bien justement,
puisqu’il avait criminellement manqué à la parole qu’il avait
jadis jurée au duc Guillaume, en s’emparant de son fils: «
Travaille, ma fille, lui dit-il encore, à délivrer ton mari avec
l’aide des tiens; car dans ce moment il faut que je m’occupe de
mes propres affaires. » La reine ayant entendu cette réponse de
son père, [p. 91] retourna aussitôt en France sans avoir pu rien
obtenir pour son entreprise. De là elle se rendit en suppliante
auprès de Hugues-le-Grand, lui demandant d’enlever son mari aux
Normands. Le duc Hugues, envoyant aussitôt Bernard de Senlis,
appela les Normands à une conférence à Saint-Clair; et lorsqu’ils
y furent tous réunis, et après qu’ils se furent long-temps
disputés sur la restitution de la personne du roi, Hugues-le-Grand
dit enfin: « Rendez-nous notre roi et recevez en échange son fils,
sous la condition que vous reviendrez ici en temps opportun, afin
que nous puissions conclure un solide traité de paix. » Ces
paroles étant agréées des Normands, ils reçurent des otages en
échange du roi, savoir son fils et deux évêques, Hildegaire,
évêque de Beauvais, et Gui, évêque de Soissons. Les arrangemens
étant ainsi conclus, le roi, joyeux de sa délivrance, retourna à
Laon, et les Normands se rendirent à Rouen.