CHAPITRE XI.

Comment Arnoul, attristé de la perte de ce château, adressa

frauduleusement au duc Guillaume des paroles de paix pour

l’inviter à se rendre à Pecquigny, afin d’y négocier avec lui un

traité d’amitié.

[p. 74] CEPENDANT Arnoul de Flandre, portant en son perfide cœur

un affreux venin, et s’affligeant dans son ame féroce de la perte

de ce château, commença à méditer en lui-même, et avec beaucoup de

princes des Francs, sur les moyens de donner la mort au duc. Ces

hommes donc, corrompus par les artificieux sophismes de cet homme

inhumain, de ce scélérat homicide, complotèrent la mort de cet

excellent prince, et s’engagèrent par serment à commettre cet

horrible crime. Arnoul, désirant accomplir le projet qu’il avait

conçu en son ame dépravée, envoya des députés au duc Guillaume,

lui mandant qu’il voulait se lier d’amitié avec lui, conclure une

paix inaltérable, et que pour l’amour de lui il ferait remise au

comte Herluin de ses offenses, ajoutant que si lui-même n’eût été

retenu par le mal de la goutte aux mains et aux pieds, il eût

vivement désiré de se rendre à sa cour pour cette affaire; enfin

il lui fit demander avec les plus vives instances de vouloir bien

désigner un lieu où lui-même pût se porter à sa rencontre pour

entrer en conférence. Le duc, qui desirait rétablir la paix dans

son duché, parce qu’il aspirait avec la plus vive ardeur à prendre

l’habit de [p. 75] moine, ayant assigné un rendez-vous à

Pecquigny, partit sur le fleuve de la Somme, avec une troupe

innombrable de chevaliers d’élite, dans l’espoir de terminer cette

grande affaire. L’armée d’Arnoul s’arrêta sur l’une des rives du

fleuve, et en face, sur l’autre rive, s’établit l’armée de

Guillaume.

Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le Conquérant · 第 31 / 168 题