Comment une certaine portion de l’armée de Rollon monta sur une
certaine montagne, et comment Ebble, comte du Poitou, se cacha
dans la maison d’un foulon pour éviter les Normands.
OR une certaine portion de l’armée de Rollon fuyant devant les
Francs qui la poursuivaient, arriva aux Loges, et monta sur le
sommet d’une certaine montagne. Ebble, comte du Poitou, venant
trop tard pour le combat, apprit que les Païens avaient occupé les
hauteurs de cette montagne. Il les poursuivit aussitôt, et afin
qu’ils ne pussent lui échapper, il investit avec ses chevaliers
tout le tour de la montagne; mais au milieu de la nuit, les
Normands faisant irruption de vive force au travers du camp des
Francs, échappèrent ainsi au péril qui les menaçait. Ebble [p. 51]
apprenant que Rollon allait se précipiter sur ses compagnons, se
glissa dans la maison d’un certain foulon, et y demeura caché
toute la nuit, tremblant de frayeur. Au point du jour, les Francs
ayant reconnu que les Païens leur avaient échappé, pressèrent
leurs chevaux de leurs éperons, et se mirent à leur poursuite. Les
ayant atteints, ils n’osèrent cependant les attaquer, attendu que
les Païens s’étaient fortifiés comme dans un camp en s’entourant
de cadavres d’animaux, qu’ils avaient couverts de sang; ainsi
n’ayant pu réussir dans leur expédition, les Francs prirent
aussitôt la fuite, et les Normands, s’étant sauvés, allèrent avec
joie retrouver leur duc Rollon.