Le meeting de Monaco, qui s'annonçait sous les plus heureux auspices,
fut généralement favorisé par le soleil; mais le mistral est intervenu
au programme, contrariant les épreuves les plus importantes et faussant
certains résultats. D'autre part, malgré la réalisation de plusieurs
performances intéressantes, il semble qu'un trop grand nombre de
concurrents avaient une préparation insuffisante. Par contre, la
violence du vent a fait ressortir l'endurance et la souplesse
remarquable de quelques appareils, et, tout compte fait, ce meeting
marque, pour les hydroplanes, un progrès assez sérieux depuis l'année
précédente.
Le voyage de Monte-Carlo-San-Remo et retour, avec escale à Beaulieu,
constituait la première des deux grandes épreuves finales. Il fut
commencé au début d'une véritable tempête, et, sur les sept concurrents,
deux furent mis hors course dès le départ. Les cinq autres firent un
voyage singulièrement accidenté. Brégi, Weymann, Gaubert et Fischer
durent s'arrêter à Beaulieu, où le biplan de ce dernier fut complètement
brisé; Moineau parvint jusqu'à San-Remo où, après avoir chaviré, il fut
sauvé par un remorqueur.
Ces audacieux restaient seuls qualifiés pour la grande course de 500
kilomètres autour d'une piste de 10 kilomètres en rade de Monaco, course
dont on dut modifier le programme pour la transformer en épreuve de
consolation. Quatre pilotes seulement prirent le départ; et, cette fois
encore, le parcours ne fut point couvert. Gaubert fut classé premier,
avec 270 kilomètres en 7 h. 40; Brégi et Espanet viennent ensuite avec
230 et 190 kilomètres; Prévost avait abandonné au troisième tour.
La journée fut attristée par une chute mortelle. Pendant que se
déroulait l'épreuve, l'aviateur Gaudart essayait son nouvel hydroplane,
_le D'Artois_, endommagé dans une précédente sortie et réparé avec trop
de hâte. L'appareil s'éleva difficilement; à peine avait-il dépassé les
jetées du port qu'on le vit capoter, puis, malgré les efforts désespérés
de son pilote, piquer droit dans la mer et disparaître. L'épave fut
ramenée au port, mais le corps du malheureux aviateur n'a pas encore été
retrouvé.
Louis Gaudart, né à Pondichéry en 1885, était un des plus anciens
aviateurs; il avait débuté en 1908, sous les auspices du capitaine
Ferber. Excellent pilote en même temps qu'ingénieur distingué, il est la
première victime de l'hydroplane.