GARNIER[242].

[Note 238: _Accouplé_, _doublé_. Dans ce sens, on avoit le

substantif _appariation_. V. Montaigne, liv. 2, ch. 12.]

[Note 239: «Son _Rodomont_, autre imitation (de l'Arioste) qui

n'a guère plus de sept cents vers, lui étoit payé plus de 800

écus d'or, de ces écus dits _à la couronne_: plus d'un écu par

vers.» Sainte-Beuve, _Tableau historique et critique de la poésie

française au XVIe siècle_, Paris, Charpentier, 1843, in-12, p. 423

(art. sur Desportes).]

[Note 240: Brossette mentionne, dans une de ses notes sur la

_satire 4e_ de Regnier, ce passage de _la Muse infortunée_, qu'il

dit être confirmé par Colletet. Ainsi, selon lui, il est certain

que Henri III donna à Desportes «dix mille écus d'argent comptant

pour mettre au jour un très petit nombre de sonnets.» Balzac,

dans un de ses _Entretiens_, énumère les dons que Desportes reçut

en récompense de ses poésies, sans oublier l'abbaye dont M. de

Joyeuse le gratifia pour un sonnet; et il ajoute: «Dans cette même

cour où l'on exerçoit de ces libéralités et où l'on faisoit de ces

fortunes, plusieurs poètes étoient morts de faim, sans compter les

orateurs et les historiens, dont le destin ne fut pas meilleur.

Dans la même cour, Torquato Tasso a eu besoin d'un écu, et l'a

demandé par aumône à une dame de sa connoissance. Il rapporta en

Italie l'habillement qu'il avoit apporté en France après y avoir

fait un an de séjour, et toutesfois je m'assure qu'il n'y a point

de stance de Torquato Tasso qui ne vaille autant pour le moins

que le sonnet qui valut une abbaye. Concluons que l'exemple de

M. Desportes est un dangereux exemple; qu'il a bien causé du mal

à la nation des poètes; qu'il a bien fait faire des sonnets et

des élégies à faux, bien fait perdre des rimes et des mesures. Ce

loisir de dix mille escus de rente est un écueil contre lequel les

espérances de dix mille poëtes se sont brisées. C'est un prodige

de ce temps-là, c'est un des miracles de Henri III, et vous

m'avouerez que les miracles ne doivent pas être tirez en exemple.»]

[Note 241: C'est de l'_Institution du Prince_, épître didactique

dédiée par des Yveteaux à monseigneur le duc de Vendôme, dont

il avoit d'abord été le précepteur, que le poète veut parler.

Elle fut publiée pour la première fois à Paris, 1604, in-4. M.

P. Blanchemain en a fait la première pièce de son édition de Des

Yveteaux. Elle commence par ce vers, qui rappelle le prénom du

jeune prince à qui elle est adressée et qui explique ce qu'on lit

ici:

César, fils de Henri, le miracle du monde.

Après la mort de Louis XIII, Des Yveteaux, qui espéroit sans doute

devenir précepteur du fils comme il l'avoit été du père, écrivit

à l'intention du jeune Louis XIV une _Institution du Prince_,

en prose, de laquelle il ne retira aucun des avantages qu'il

espéroit, et qu'il ne fit pas même imprimer. M. Blanchemain l'a

donnée d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale.]

[Note 242: Brossette, dans la note citée tout à l'heure, l'appelle

Claude Garnier, et il faut voir, par conséquent, en lui, le

poète famélique qui fit alors sous ce nom tant de congratulations

rimées pour toutes portes de circonstances: _Discours au Roy_;

_Ode pindarique sur la naissance du Dauphin_, en 38 strophes,

anti-strophes et épodes; _Ode pindarique à la Royne_; _Élégie

à la Royne_; _Chant de réjouissance en la neuvième année de la

réduction de Paris_;--pièces recueillies toutes sous le titre de

_les Royales couches ou les naissances de Monsieur le Dauphin

et de Madame, composées en vers françois_ par Claude Garnier,

Parisien..., Paris, Abel L'Angelier, 1606, in-8. Il faut ajouter

à ce volume, très rare, d'abord un poème en 4 chants intitulé

_l'Amour victorieux_, puis le _Livre de la Franciade, à la suite

de celle de Ronsard_, par Cl. Garnier, Parisien, 1604, in-8;

quelques vers insérés dans le volume qui a pour titre: _le Temple

d'honneur, où sont compris les plus beaux et héroïques vers de

ce temps non encore veus et imprimés sur la mort de Florimond

d'Ardres..._ Paris, 1622; et enfin une pièce qui rentre dans le

genre des premières et de celle que nous donnons ici. Elle a pour

titre: _Panégyrique sur la promotion de monseigneur le président

Séguier à la dignité de garde des sceaux, dédié au Roy_, par

Garnier, Paris, 1633, in-8. La date de cette pièce, comme déjà

celle de 1624 que porte _la Muse infortunée_, prouve qu'on s'est

trompé, dans toutes les biographies poétiques, lorsqu'on a fait

mourir notre poète en 1616. On se fondoit sur ce que, après 1615,

époque où, selon Beauchamps, il fit représenter une pastorale, on

n'avoit plus vu rien paroître de lui. Cette note bibliographique,

en même temps qu'elle complétera la liste de ses oeuvres, lui

servira donc de certificat de vie pour plus de dix-sept années.]

* * * * *

_A Monsieur de Belin, escuyer de la feu reyne Marguerite._

O Belin! quels effects! en quels temps sommes-nous!

L'ignorance a la palme, elle a toute la gloire:

La corneille à chanter se donne la victoire,

Et le cigne est en cour à l'oreille moins doux.

Quand Ronsard reviendroit, il iroit au dessous

Des escrivains du temps, et le chantre de Loire,

Et ces autres mignons des Filles de memoire,

Desportes et Garnier, dont ils se gaussent tous.

Qui n'habite au pays de la Samaritaine,

Il est nommé barbare, eust-il meilleure veine

Que le meilleur des Grecs. Quiconque y fait sejour,

Fust-il comme un Cherille, ignorant à merveille,

On en fait un miracle. En ce temps, à la cour,

Voilà comme pour cigne on volle pour corneille.

Variétés Historiques et Littéraires (02/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 26 / 53 题