16. Sur les vacations requises par les gens mariez, avons renvoyé
leur requeste pour en deliberer plus amplement à nostre conseil.
Toutefois, par provision, et jusques à ce qu'autrement en ait esté
par nous ordonné, sera l'arrest des arreraiges requis par les femmes
à l'encontre de leurs maris[167] en tout et partout executé selon sa
forme et teneur.
[Note 167: Nous trouvons dans l'_Ancien Théâtre françois_, t. 1,
pag. 111-128: _Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, des
femmes qui demandent les arrerages de leurs maris, et les font
obliger par nisi_, etc.]
17. Defendons de faire le procès extraordinaire à quelque personne
que ce soit, si ce n'est chez les accouchées[168] ou autres bureaux
solennels à ce expressement dediez; ausquels lieux seront traictez
et decidez tous affaires d'estat, et signamment ceux qui concernent
les mariages inegaux, soit pour le regard de l'aage, des moeurs ou
des biens, et pareillement les bons ou mauvais traictemens des maris
à l'endroict de leurs femmes, et, au reciproque, des femmes envers
leurs maris. Les entreprinses qui se font par unes et autres dames
au pardessus de leurs puissances et dignitez, et, à peu dire, toutes
telles matières qui regardent tant la police que le criminel. En
quoy nous enjoignons et très expressement commandons à toutes dames,
damoiselles et bourgeoises, de quelque estat et condition qu'elles
soient, vuyder sommairement et de plein telles matières, sans aucun
respect ou acception des personnes.
[Note 168: M. Le Roux de Lincy, dans son Introduction à notre
édition des _Caquets de l'Accouchée_, a cité ce passage.]
18. Defendons les injures verbales; permettons toutesfois aux maris,
pour la primauté et puissance qu'ils ont dessus leurs femmes, de se
pouvoir rire et gausser d'elles en toutes compaignies, à la charge que
leurs femmes s'en pourront revencher en derrière.
19. D'autant que la multitude et pluralité d'officiers n'apporte
autre chose qu'une confusion en toutes republiques, et ny plus ny
moins que la tourbe des medecins est la ruine de nos corps, à ceste
cause, avons, par edict perpetuel et irrevocable, cassé, supprimé et
annullé, cassons, supprimons et annullons tous estats de judicature,
horsmis nostre Parlement et la basse marche des maistres des requestes
ordinaires de nostre hostel; et, au lieu des comtes, prevosts, baillifs
et seneschaux, avons retenu les vicomtes, viguiers, vidames, erigeans
en officiers nouveaux les vibaillifs et les viseneschaulx.
20. Aussi, recognoissans que la pluspart des procès s'immortalise de
jour en autre par le moyen de nos chancelleries, qui furent autrement
introduictes pour ayder aux affligez, et non pour couvrir et perpetuer
la malice des chicaneurs, avons en cas semblable supprimé et annullé
toutes nos dites chancelleries, et se pourvoiront les parties par
devant les juges ordinaires des lieux. Interdisons toutefois toutes
manières de reliefs[169] aux hommes, de quelque aage qu'ils puissent
estre, sinon qu'ils veuillent estre declarés niays[170]. Et quand
aux femmes, leur permettons d'estre relevées après bonne et meure
cognoissance de cause, c'est à sçavoir, après que leur cas aura esté
expedié et depesché par nos vidames, vicomtes, viguiers, vibaillifs et
viseneschaux, lesquels, pour le soulagement du public, nous voulons en
cest endroit faire estat des maistres des requestes et des secretaires.
[Note 169: _Reliefs d'appel_, c'est-à-dire, en terme de
chancellerie, les lettres qu'on obtenoit pour relever un appel
interjeté, et faire intimer pardevant le juge supérieur la
partie qui avoit eu gain de cause par une première sentence.]
[Note 170: _Sot_, dans le sens qu'on donnoit alors à ce mot
quand il s'agissoit des maris. «Les frères, ou pour le moins les
cousins germains de _sot_, dit Henry Estienne, sont _niais_, que
le vieil françois disoit _nice_, fat, badaud.» _Apologie pour
Hérodote_, La Haye, 1735, in-12, t. 1er, p. 28.]
21. En continuant les anciens priviléges qui ont esté de tout temps et
ancienneté octroyez aux clercs tonsurez et non mariez, les declarons
francs et exempts de toutes aides, subsides, et n'y aura que les gens
mariez qui seront desormais sujects, tout ainsi comme auparavant.
22. Entre gentilshommes et damoyselles, permettons la venerie, fors
que nous leurs defendons et sur toutes choses inhibons de chasser aux
grosses bestes.
23. Semblablement defendons, entre toutes les voleries, celle du
_faulcon_.
24. Ne derogeons cependant aux priviléges des gentilshommes, ausquels
permettons de fureter aux connils[171] dans les garennes, et aux gens
de condition roturière dans les clapiers; et toutesfois n'empeschons
aux nobles de chasser quelquefois aux clapiers, ny aux roturiers de
chasser aux garennes, selon que les occasions se presenteront.
[Note 171: C'est le vieux mot qui signifioit _lapin_.]
25. Jaçoit ce que cy-devant, pour les inconveniens et scandales qui
sont survenus, nous ayons defendu le port d'armes entre nos confrères,
toutesfois, voyant que la plupart d'iceux s'aneantissoient, ce qui
pourroit au long aller tomber au grand detriment et dommage de nostre
convent, advenant nouvelle guerre, sera à l'advenir permis à chacun de
porter pistolets, batons de feu[172] pour gibier; et afin qu'il n'y ait
aucun mescontentement, et que les dames et damoiselles ne se plaignent,
comme si par nous estoit octroyé plus de prerogative aux hommes qu'aux
femmes, voulons qu'elles en portent le rouet.
[Note 172: «Les mousquets, les fusils, les arquebuses, sont
appelés des _bâtons à feu_.» _Dict. de Trévoux._]
26. S'il se trouve quelque abbatie, nous l'adjugeons en forme d'espave
à celuy qui en sera le premier occupant, sans qu'il soit tenu de la
reveler ou communiquer aux gruyer et capitaine de nos forests.
27. Par ce que nous voyons les forests de nostre convent se depeupler
de jour à autre par les degradations et mauvais mesnages de plusieurs
nos predecesseurs, ce qui est venu en tel excès qu'il y a danger que
les bois ne nous defaillent par cy-après; d'ailleurs la plus grande
partie de nos terres a esté employée en vignes, qui tourne au grand
interest de tout le public; nous, pour tenir le moyen à l'un et à
l'autre point, defendons de coupper plus bois de haulte fustaye,
jusques à ce qu'autrement en ait esté par nous et nostre conseil
ordonné; et au surplus, à l'imitation de quelques anciens empereurs,
voulons que la troisiesme partie du vignoble soit arrachée et reduicte
en terre labourable[173]; et, pendant cette surseance de coupper, les
gentilshommes et damoiselles se chaufferont de serment, et les pauvres
de paille ardant.
[Note 173: Cet arrêt burlesque de Pasquier fut sérieusement
formulé et mis en vigueur au commencement du XVIIIe siècle.
«La passion du vin, dit Lemontey, étoit assez répandue; déjà
quelques parlements avoient ordonné qu'on arrachât les vignes
plantées depuis 1700.» _Histoire de la régence._]
28. Tous arbres esquels croissent noix[174] ou noisettes seront
arrachez. Aussi ne seront semez en nos jardins souciz ny pensées.
[Note 174: Pasquier joue ici sur la ressemblance des mots _noix_
et _noisettes_ avec _noises_ (disputes).]
29. Quant aux jeux et autres recreations d'esprit, nous permettons
toutes sortes de jeux honnestes. Entre lesquels recommandons par
especial le _trou madame_, le jeu du _billart_, tous jeux de _dame
souz le tablier_[175], ausquels gardans les severitez, il sera joué
à tous jeux, mesme à _dame touchée dame jouée_; ne sera joué à la
_renette_[176], sinon à _qui fait l'un fait l'autre_[177]; approuvons
semblablement le jeu du _fourby_ et de _cubas_[178], aux cartes,
excepté que des cartes françoises nous ostons les picques, tresfles
et careaux, retenants seulement les _coeurs_, et des cartes d'Italie
les espées, bastons et deniers, retenans seulement les _couppes_[179],
et sera doresnavant le jeu de cartes composé de coeurs, couppes, las
d'amours et fleurs. Louons aussi grandement le jeu de paulme, auquel
jouant à fleur de corde[180], sçaura donner bas et roide dedans la
_belouse_, tous lesquels jeux nous ne rejetons, et autres de mesme
marque, moyennant que le tout se face sans opinion d'avarice ou argent,
pour laquelle cause, entre tous les jeux, deffendons notamment le jeu
de la pille[181].
[Note 175: Variétés du jeu de _trictrac_.]
[Note 176: Jeu dont Nicot fait mention au mot _Trictrac_. Il
est cité par Coquillard dans ses _Droits nouveaux_ et par Des
Accords. Rabelais le place parmi ceux de Gargantua, et son
traducteur anglois nous donne à entendre ce qu'il étoit en
l'expliquant par à _dames doubles_ ou à _doubler les dames_.]
[Note 177: Ce jeu se trouve aussi parmi ceux de Gargantua, de
même que le _fourby_, qui vient après.]
[Note 178: Sorte de jeu de cartes dont le _règlement_ fut
publié à la fin du XVIe siècle, _avec approbation et privilége
du roi, chez la veuve Savoye, rue S.-Jacques, à l'enseigne
de l'Espérance_. «Ce jeu, y est-il dit à la fin, est fort
divertissant, et goûté en à part des gens d'épée, qui n'ont
vergogne des mots quand il s'agit de gentes choses.»]
[Note 179: Ces figures existent encore sur les tarots et sur les
cartes d'Italie et d'Espagne.]
[Note 180: On disoit qu'une balle avoit passé _à fleur de corde_
quand il s'en étoit fallu de peu qu'elle n'eût été dehors; de là
l'expression _demoiselles à fleur de corde_ pour désigner des
filles prêtes à sortir du droit chemin. (Voir notre édition du
_Roman bourgeois_, p. 30.)]
[Note 181: Ici, dans l'édition de Jean Sara, se trouve une
interversion de pages qui nous fait passer de la 11e à la 14e et
du 29e au 38e article.]
30. Recevons entre gentilshommes et gentilzfemmes les esbats qui leur
sont destinez d'ordinaire: jeux de luitte, courre la bague, faire des
combats plaisans, à la charge que, s'il se trouve gentilhomme qui
refuse, ou d'entrer en la lice, ou de mettre la lance en l'arrest quand
l'occasion se presentera, le declarons indigne de porter les armes, et
le degradons du tiltre et qualité de noblesse, avecques sa postérité.
31. Et pour le regard des luittes, par ce que les femmes sont
ordinairement plus foibles, et qu'il leur est de besoin destourner la
force de leurs combatans par leurs subtilitez et engins, permettons
seulement aux femmes de bailler le sault de Breton[182]. Pourront
neantmoins les hommes leur donner roidement le crocq en jambe, selon
que les necessitez leur apprendront.
[Note 182: «C'est le saut, la chute d'un homme qu'on fait tomber
par un certain tour de lutte.» _Dict. de Trévoux._]
32. Authorisons, entre les dances, tous branles, et par spécial les
branles gay, et branle double[183], branle de la touche[184]; et
combien que ce soit chose de dangereuse consequence de permettre aux
particuliers, en une republique, d'innover aucune chose, toutesfois
nous, pour aucunes bonnes causes et considerations à ce nous mouvans,
permettons à un chascun et chascune d'inventer telles diversitez
de branle qu'il luy plaira. Aussi advoüons les basses dances et
gaillardes; et sur tout enjoignons à ceux qui pendant les dits branles
ne pourront faire l'amour de la langue, le facent de la main et des
yeux.
[Note 183: Le _branle gay_ se dansoit par deux mesures
ternaires; le _branle double_ se répétoit deux fois.]
[Note 184: Nous n'avons pas trouvé celui-ci parmi ceux que
décrit l'_Orchésographie_ de Toinot-Arbeau (Tabourot). Peut-être
faut-il lire _branle de la torche_, qui étoit l'un des plus
célèbres, et où l'on ne se faisoit pas faute de baisers.]
33. Pour ce qu'il n'est en nostre puissance eslongner les guerres de
nous, lorsqu'il plaira à Dieu nous les envoyer, voire que le plus
du temps elles nous sont suscitées par nostre propre et particulier
instinct, n'y ayant celuy de nous lequel n'ait naturellement quelque
inclination à conquerre, voire appetons amasser ambitieusement,
affectionnez d'autre part d'estre dits vaillans combatans, voulons
que ès assaux et batteries des villes il n'y ait aucun de nos soldats
qui y ait le bras engourdi, ains face ses approches hardiment, sans
rien toutesfois alterer de la discipline militaire. Puis, quand la
brèche sera nette et raisonnable, y entrent gayment, et, comme l'on
dit, de cul et de teste, sans reboucher, comme s'exposantz à un
lict d'honneur. Et neantmoins, afin qu'ils soyent tousjours tenus en
haleine, ordonnons que pendant qu'ils pousseront leur fortune dans la
dicte brèche, l'artillerie jourra tousjours vigoureusement, vistement
et vivement, jusques à ce que la ville soit totalement rendue, auquel
cas sera seulement sonné la retraite; et sur tout inhibons à tous
coüarts de s'exposer à tels hazards, sur peine d'estre dicts niaiz.
34. Et par ce qu'il n'y a pas moindre peine et industrie à conserver
qu'à conquerir, voire que l'on ne doibt faire aucun estat d'une
conqueste, qui n'employe puis après son entendement et estude à la
conservation du conquis, voulons que, la ville estant prise, elle soit
bien deuëment et diligemment envitaillée.
35. Aussi qu'elle soit encourtinée de tous costez de fortes murailles,
ramparts, scarpes et contrescarpes; et y aura ordinairement gens
exprès, lesquels, pour éviter les eschauguettes[185] et embuches de
l'ennemy, feront sentinelle jour et nuit. Au demeurant, enjoignons
qu'il n'y ait si petite forteresse qui ne soit pour le moins flanquée
de deux bastions, que les ingénieurs appellent ordinairement
_coüillons_, qui se mireront l'un l'autre, sur lesquels sera
l'artillerie braquée, preste à jouer, si le temps et la necessité le
requièrent. Toutefois ne voulons plus qu'ès forteresses on y face des
faulses brayes; et si le soldat a besoin de confort, le pourra aller
chercher chez ses voisins.
[Note 185: Pour espionnages. L'_échauguette_ étoit proprement la
tourelle où étoit assise la _guette_, c'est-à-dire la personne
chargée de faire le guet.]
36. Deffendons à tous marchans de n'apporter du poivre en nostre
convent.
37. Exterminons d'iceluy tous saffranniers[186], ensemble tous vendeurs
de quinquaillerie[187].
[Note 186: Pasquier entend par là soit les gens capables de
faire _banqueroute_ à l'amour, et dignes d'avoir, comme les
autres banqueroutiers, leurs maisons teintes de couleur de
safran, soit les amants transis dont Du Lorens a dit (_satire_
14):
Tant d'hommes que l'on voit tendres et langoureux
De couleur de safran, sont tous ses amoureux.]
[Note 187: C'est-à-dire s'amusant aux bagatelles et ne donnant
pas marchandise qui dure. «Ce sera une denrée meslée telle que
de ces marchands quincailliers, lesquels assortissent leurs
boutiques de toutes sortes de marchandises pour en avoir le plus
prompt débit.» Pasquier, _Lettres_, liv. 1er, lettre 1re.]
38. Sur les remonstrances qui nous ont esté faictes par les damoiselles
et bourgeoises, au moyen de quelques drogueries que les marchants vont
querir ès païs loingtains, et huilles non aucunement necessaires,
espuisantz par ce moyen nos pays et contrées d'or et d'argent, combien
que nous ayons les huilles à nos portes, deffendons à tous marchans
d'aller achepter huilles ailleurs qu'en nostre bonne ville de Reins.
39. Toutes choses qui sont indifferentes, comme habits et vestemens,
ne seront subjects à correction et mesdisance sinon par la bouche des
sots, reservé que ceux ou celles qui en introduiront les premières
coustumes pourront passer par le bureau et contre-rolle des
accouchées, suyvant le privilége qui leur est de tout temps acquis.
40. Et neantmoins, sur les doleances qui nous ont esté faites par les
dites damoiselles sur les gros haulx de chausses, disans qu'ils avoient
esté expressement inventez pour empescher leur deduict et contentement,
joinct que tels habillemens ne servent que d'ypocrisie et de masque,
representans par l'exterieur chose grosse et grande, combien que le
plus du temps il n'y ait rien ou bien peu dedans; et au contraire se
pleignent les gentilshommes des vasquines[188], vertugales et grans
devans que portent aujourd'huy les femmes[189], nous pour ce sujet en
avons osté et ostons la coustume, nous rapportans à la mode d'Italie.
[Note 188: Elles commençoient à ne plus être à la mode, au grand
désespoir de plusieurs dames. En 1563, il avoit paru à Lyon,
chez Benoist Rigaud, une pièce ayant pour titre: _Blason des
basquines et vertugalles, avec la belle remonstrance qu'ont fait
quelques dames quand on leur a remonstré qu'il n'en falloit plus
porter_.]
[Note 189: On lit dans l'édit. de 1574: Remettons ceste matière
à nostre conseil estroit pour en estre plus mûrement délibéré
avec nos gens d'amour.]
41. Entre les viandes, nous deffendons, ainsi qu'en plusieurs autres
païs, le porc, et en outre voulons que l'on s'abstienne du veau, oyson,
becasse; et des herons, deffendons principalement la cuisse[190].
[Note 190: Le héron est proscrit ici comme étant le plus couard
et le moins amoureux des oiseaux. On sait, d'ailleurs, que la
_cuisse héronniére_ est le type de la maigreur.]
42. Afin que chacun apprenne de demourer en cervelle et sache rendre
raison de son faict, toutes bestes qui se trouveront en dommage seront
rigoureusement chastiées, à la charge que, si elles sont surprises sur
le fait, les dites choses seront tenües pour non advenües.
43. Et sur tout, deffendons de fascher aux champs les bestes cornües
qui se trouveront ombrageuses.
44. Tout ainsi que nous bannissons de nostre convent les medecins
reubarbatifs, ne voulans que l'on en face un estat particulier et
exprès, aussi, au contraire, nous ne rejettons pas les medecines, entre
lesquels nous approuvons grandement les simples.
45. N'empeschons que, selon les occurences des maladies, de deux
simples l'on ne puisse faire une mixtion et composition bonne et saine,
moyennant qu'en toute composition l'on y mette toujours six ou sept
doibts de casse, en corne et tuyau.
46. Nous approuvons les suppositions, ostons toutesfois toutes
seignées, sinon celles qui se feront de la veine d'entre les deux gros
orteils.
47. Seront et sont, dès à présent, tous vieux escus, ensemble les
grands vieux doubles ducats, descriez, et auront seulement cours
entre nous les desirez[191], saluts et jocondalles, nobles et
marionnettes[192].
[Note 191: Nous ne savons quelle étoit cette monnoie, dont le
nom fait du moins supposer la valeur. Le _salut_ étoit une
monnaie d'or avec une image de la vierge recevant la salutation
angélique; la _jocondale_, un dollar de la valeur de trois
schellings, selon Cotgrave; la _marionnette_, un petit ducat
d'Allemagne, d'or de bas aloi.]
[Note 192: L'édition de J. Sara, 1618, s'arrête ici. Après ce
dernier mot on y lit: _Car tel est nostre plaisir. Fin._]
48. Pour oster toute occasion de rongner les pièces, ne vaudront
chascunes pièces que leur poix. Toutes fois si aucun, par une
negligence supine[193] et prepostère[194], est si temeraire d'en
prendre sans les pezer, ils ne s'en pourront prendre à justice.
[Note 193: De _supinus_, qui veut dire couché sur le dos.]
[Note 194: Contre nature. Montaigne parle des prépostères
amours.]
49. Voyant la plupart de nos confrères, par une malediction specialle,
tenir conte par dessus tous autres peuples de diamants, rubis,
emeraudes et autres sortes de baguenaudes, que la populasse appelle par
un abus de langage pierres precieuses, comme si ce fussent reliques,
en quoy mesmement nos dits confrères se desbordent de telle façon
qu'ils estiment ès dictes pierres resider des effets miraculeux et
qu'elles ayent puissance de faire tumber, tant sur le devant qu'en
arrière, les personnes qui s'estiment les plus fortes et advisées,
nous, pour deraciner tels abus, qui équipollent à une vraye idolatrie,
et cognoissans que telles pierres ne vallent que ce que l'oeil les
estime, afin que d'icy en avant on ne se hazarde si hardiement à en
achepter, permettons à un chacun de vendre indifferemment doublet[195]
et happelourdes[196] si avec le dit rubis et diamant, et ordonnons que,
si aucun par fortune se charge d'une happelourde, il ne s'en pourra
prendre qu'à soy-mesme.
[Note 195: Fausse pierrerie faite de deux morceaux de cristal
taillés et joints ensemble à l'aide d'un mastic coloré.]
[Note 196: Faux diamant. La Fontaine a dit:
Tout est fin diamant aux mains d'un homme habile;
Tout devient _happelourde_ entre les mains d'un sot.]
50. Sur aultres plaintes et remonstrances qui sont venues par devers
nous de la part des dames et damoyselles, exposans qu'il y avoit
aujourd'huy une infinité de changeurs qui debitoyent pièces legères et
de bas aloy, lesquels toutesfois, par une insolence très grande, ne
vouloyent permettre aux vefves et femmes mariées, pendant l'absence de
leurs maris, en recevoir de bonnes et de bon aloy, chose contrevenant
à tout droict, parce que tant les femmes mariées que vefves doyvent
jouyr du privilége de maris: Nous, en attendant autre disposition plus
expresse de nous et de nostre conseil, et jusques à ce que autrement
y ayons pourveu, cognoissans l'utilité qui provient du change, qui
est nommement introduite pour l'entretenement du commun trafique et
commerce, sans lequel prendroit bientost fin ceste humaine société,
permettons à un chacun de exercer l'estat de changeur, oultre celuy
auquel il est particulièrement appelé; voulons neantmoins, pour oster
la confusion des estats, que chacun vaque à son mestier particulier
ès lieux et boutiques publiques; et, quant à celuy de changeur, en
interdisons l'exercice fors ès cabinets, garde-robbes, chambres et
salles domestiques et privées; et aussi à la charge que ceux ou
celles qui se voudront mesler de ce mestier seront si dextres et bien
apprins, que les autres ausquels ils debiteront leurs pièces les
estiment non legières, ains bonnes et loyalles; autrement leur en
deffendons le mestier comme à personnes inhabiles et insuffisantes à
exercer iceluy. Si donnons en mandement aux gens tenans nostre cour
de Parlement de la Basse-Marche, maistres des requestes ordinaires de
nostre hostel, vicomtes, vidames, viguiers, vibaillifs, visenechaux,
et à chascun deux en droict soy, et si comme à eux appartiendra, que
nos presentes ordonnances ils entretiennent, gardent et observent, et
facent inviolablement observer, lire, publier et enregistrer sans venir
directement ou indirectement au contraire, sur peine de grandes amandes
et punitions corporelles encontre les infracteurs d'icelles, car tel
est nostre plaisir. Donné à nostre chasteau de Plaisance, près Beauté,
au moys de may mil cinq cens soixante-quatre, et de nostre gouvernement
le trentième. Ainsi signé: