XIII

La mort de Chausserouge fut pour les Tabary, en même temps que le

couronnement de leurs voeux les plus chers, un véritable soulagement.

L'auteur principal du crime dont ils étaient coupables tous deux, Jean

et lui, avait disparu; le drame n'avait plus désormais qu'un témoin, et

un complice il est vrai, Louise, mais celui-là, sûr et sur lequel on

pouvait compter.

De plus, cette disparition mettait définitivement aux mains des Tabary

l'établissement zoologique, l'acte d'association, parfaitement en règle,

ayant été déposé depuis quelque temps déjà chez un notaire.

Il ne s'agissait plus pour Louise et son fils que de donner le change au

public, d'affecter une douleur qu'ils ne ressentaient guère. C'est à

quoi ils ne faillirent pas.

Cette mort bizarre était du reste un nouveau prétexte à réclame.

L'intervention héroïque de la petite fille, qui, si elle n'avait pu

sauver son père, avait contribué à empêcher que son corps ne fut mis en

pièces par la bête furieuse, fut exploitée largement.

Des colonnes entières furent consacrées dans les journaux à ce fait

divers peu banal.

Néron et Zézette devinrent les célébrités du jour. On vint des quatre

coins de Paris contempler l'animal et l'énergique gamine.

--Ah! disait Jean à un reporter, si la Préfecture voulait donc

m'autoriser à exhiber Zézette en public... avec son lion Néron! Quel

succès!... Quelle fortune!...

--Vous n'y pensez pas! Mais la petite fille a échappé par miracle à la

mort... Une seconde fois, elle ne serait pas si heureuse.

--Mais il y a un mois qu'elle entre tous les jours, seule, dans la cage

de Néron et qu'elle panse ses blessures!... Le lion d'Androclès! je vous

dis, monsieur!.. Et, cette fois, Androclès est une gamine de douze ans!

Ce fauve terrible qui se débarrasserait de n'importe quel dompteur aussi

facilement qu'il s'est débarrassé de ce pauvre Chausserouge, respecte

Zézette! il l'aime... il est avec elle caressant comme un chien... Je

vous dis que c'est très étonnant... Les bêtes ont de ces sympathies ou

de ces antipathies!

Tabary tint à déployer un grand luxe pour afficher sa douleur et il

dépensa sans compter pour rendre les obsèques du malheureux dompteur

dignes du bruit qui s'était fait autour de cette mort.

Non seulement tout le Voyage, mais une foule imposante de curieux,

suivit le convoi et accompagna le défunt jusqu'à sa dernière demeure.

Dès le retour, il fallut penser à prendre la détermination que

comportait la situation des Tabary vis-à-vis de la petite fille.

Un conseil de famille fut réuni, composé de plusieurs forains notables,

qui avaient été les amis de Chausserouge.

Pour tenir compte des dernières volontés du dompteur, il fut unanimement

décidé que Jean Tabary serait nommé tuteur et qu'à lui devait revenir en

même temps que la garde de l'enfant, la défense de ses intérêts

matériels, jusqu'au jour de sa majorité.

L'administration entière resta donc de fait aux mains de Jean Tabary

qui, du reste, l'exerçait en réalité depuis longtemps déjà sans

contrôle.

On décida que Giovanni, dont le succès auprès du public s'était affirmé,

resterait le dompteur en titre de la ménagerie et qu'à lui serait confié

le dressage général de tous les pensionnaires.

Quant à Zézette, et en attendant qu'elle put apporter à l'établissement

son concours effectif, elle serait, sous la surveillance de Louise,

confiée aux soins de Fatma, la «première» et la plus ancienne de

l'entresort.

Fatma--de son vrai nom Charlotte Niclausse--était Lorraine d'origine.

Très brune, très grande, elle jouait les premiers rôles sous les ordres

de la mère Tabary; successivement femme-torpille, soeur Siamoise,

femme-caméléon, elle s'était assez vite dégoûtée de ces trucs compliqués

qui tenaient constamment son imagination en éveil et à l'apparition de

ces Concerts Tunisiens, dont la vogue fut si grande avant leur

interdiction par la police, elle s'était improvisée premier sujet de

danse.

A cette époque, elle était dans tout l'éclat de sa maturité. Bien en

chair, d'une figure agréable, saltimbanque adroite, elle était devenue

une des trois cents Belles Fatmas, qui inondèrent Paris, après le succès

de la première, la vraie.

Même après qu'elle eut renoncé à ce nouvel exercice, elle avait conservé

le nom de Fatma.

Elle avait successivement passé par tous les établissements similaires,

y compris celui de Boyau-Rouge, avant de venir prendre du service à

l'entresort des Tabary.

Louise avait de suite compris quelle auxiliaire précieuse elle pouvait

trouver dans cette fille intelligente, jolie, fort au courant des

détails de sa profession, connaissant tous les petits secrets du métier

forain, et elle se l'était attachée par un contrat bien en règle qui lui

garantissait sa fidélité et son dévouement.

Si, à de certaines époques, l'entresort avait connu des jours

malheureux, on ne pouvait pas s'en prendre raisonnablement à Fatma qui

n'avait pour sa part négligé aucun effort pour rendre, à l'industrie de

sa patronne sa splendeur première.

Fatma était une fille du peuple, très bohème, mais douée d'un grand

coeur. Bien souvent, elle avait été témoin des petites canailleries dont

était coutumière la mère Tabary, mais elle ne s'y était jamais associée.

Lorsque, pour la première fois, aussitôt après la mort d'Amélie, on

avait confié Zézette à ses soins, elle avait pris tout de suite son rôle

au sérieux et elle s'était constituée la petite mère de l'enfant, autant

toutefois que pouvait s'y prêter son caractère indépendant.

Elle ne fit, par affection pour la petite fille, le sacrifice d'aucune

de ses fantaisies, ni d'aucun des caprices dont elle émaillait son

existence, mais Zézette était toujours sûre de trouver près d'elle un

appui, un bon conseil, un secours moral, quand elle se sentait

abandonnée par son père, le seul homme qui l'aimât réellement.

Aussi, bien que la conduite privée de Fatma ne fut pas d'un excellent

exemple pour la petite fille, on pouvait dire que Zézette avait

rencontré dans la jeune femme le seul être qui pût lui prodiguer les

consolations sincères, les marques d'affection dont son coeur avait

besoin.

Fatma n'était pas insensible aux galanteries des visiteurs et elle se

montrait peu farouche, tirant une sorte de vanité des succès faciles

qu'elle remportait, mais, comme elle le disait elle-même, tout cela

«c'était de la babiole et de la passade».

Elle avait beau s'offrir des béguins sans conséquence, elle restait

immuablement amoureuse de son Charlot.

Charlot! Ce nom lui venait à la bouche mille fois par jour! Charlot, le

plus beau gars du Voyage, un lutteur travaillant chez Bertrand (de

Marseille), le directeur des Grandes Arènes Athlétiques, celui qui vous

enlevait comme une plume, à bout de bras, l'haltère de trois cents ou au

choix un essieu de camion!

Elle l'avait connu trois ans auparavant, à une fête de Grenelle.

Un soir, qu'égarée au cours d'une vadrouille avec des amies suspectes

dans un bouge de la rue Frémicourt, à l'heure de la fermeture, elle se

trouvait prise à deux pas de la porte dans une bagarre, elle s'était

tout à coup sentie enlevée par un bras vigoureux et entraînée hors de la

zone dangereuse.

Une minute de plus elle écopait, et peut-être même, mêlée à une sale

histoire de filles et de souteneurs, tombait-elle entre les mains de la

police, qui avait profité du potin pour opérer une rafle générale.

Revenue à elle et son émotion un peu calmée, elle avait reconnu Charlot,

le beau lutteur. Elle le connaissait pour l'avoir maintes fois vu dans

son entresort.

Charlot l'aimait depuis longtemps, et chaque fois que son service lui

laissait un peu de répit, il ne manquait jamais de venir contempler dans

ses exercices, vêtue d'éclatants oripeaux, l'odalisque adorée.

Mais Fatma, très préoccupée à ce moment par les recherches «distinguées»

dont elle était l'objet, avait négligé l'amoureux qui en avait été pour

ses oeillades et ses yeux doux.

Charlot ne s'était pas tenu pour battu. Assuré de trouver un jour une

occasion de montrer son dévouement à l'altière Fatma, il s'était attaché

à ses pas, l'avait surveillée dans l'ombre et le hasard venait de lui

fournir l'occasion providentiellement attendue.

Fatma lui voua dès lors une reconnaissance qui ne se démentit jamais. Le

soir même, elle le forçait d'accepter des consommations dites «de

remerciement» et la «nuit des noces» terminait cette idylle.

Chaque soir, lorsque, les lumières éteintes, le Voyage tout entier

dormait, c'était pour aller le retrouver qu'elle désertait la tente de

la mère Tabary.

Quant à lui, son affection avait grandi de jour en jour pour sa bonne

amie. Il formait, avec elle, le couple le plus uni qu'on pût voir.

Cette entente provenait de la différence des caractères. Autant Fatma

était fière, roublarde, délurée, autant ce gros garçon était naïf et

bon.

Sans s'en rendre compte, il suivait l'impulsion de la jeune femme,

écoutant ce qu'elle lui disait, prenant les moindres paroles pour des

articles de foi.

Il rêvait un avenir impossible, une indépendance qu'il gagnerait au

moyen d'économies réalisées sur leur travail à tous les deux.

-Vois-tu, lui disait-il souvent, moi je ne suis pas fait pour mener une

vie de bohème... Je voudrais pouvoir ne plus rester au service des

autres; avoir pour moi tout seul une petite baraque, un tour de toile,

où je serais mon maître... et alors on gagnerait ce qu'on gagnerait,

mais au moins je n'aurais plus à obéir... Toi, de ton côté, tu pourrais

aussi monter un petit entresort, alors ce serait le luxe, la richesse...

Dis, on se marierait tous deux... légitimement... On pourrait coucher

dans une caravane à nous, au lieu d'être obligé de se cacher dans un

hôtel meublé...

Mais Fatma haussait les épaules.

-C'était stupide tout simplement!... Qu'est-ce que c'était que cette

existence de pot-au-feu!... Ah! non par exemple... D'ailleurs, il y a

pas besoin de curé pour s'aimer... C'était bien plus drôle de mener la

vie libre...

Et elle lui contait les mille petits événements de sa vie de femme

d'entresort, les recherches et les poursuites dont elle était l'objet de

la part des clients qui affluaient à chaque séance.

Elle lui lisait des déclarations écrites qu'elle recevait et discutait

avec lui la suite qu'il convenait de donner aux propositions qui étaient

faites.

Elle en était arrivée à lui faire considérer comme une des obligations

inhérentes à son état et d'où dépendait le succès, la complaisance qu'il

fallait montrer aux amateurs.

--Tu comprends, disait-elle, si je n'étais pas gentille, ils ne

reviendraient plus et il faut qu'ils reviennent. Sans cela la mère

Tabary y trouverait un cheveu... Il y a que grâce à eux que je peux

faire des économies... pour nous!

Et Charlot riait d'un gros rire bête et bon enfant.

--Les autres, ajoutait Fatma, en lui passant son bras autour du cou,

câlinement, c'est pour le pognon. C'est parce qu'il le faut, mais, toi,

c'est parce que je t'aime, tu le sais bien, gros polisson!

Et jamais un accroc n'altéra cette intimité extraordinaire de deux êtres

inconscients que la fatalité de la vie avait réunis et qui acceptaient

comme une obligation normale les nécessités de leur bizarre existence.

De son côté, Charlot tenait Fatma au courant de toutes les aventures

dont il était dans l'exercice de sa profession le témoin ordinaire,

parfois le héros.

Il lui racontait les dessous de la vie de lutteurs, les mystères des

arènes, ignorés du commun, et la jeune femme s'amusait de ces

confidences.

La baraque Bertrand (de Marseille) comptait comme pensionnaires neuf

lutteurs, tous des gars célèbres dans le monde du sport athlétique sans

compter les «chiqués» qui aidaient la parade.

Mais sur ce nombre, en dehors de quelques-uns, véritables

professionnels, n'ayant d'autres moyens d'existence que l'exercice de

leur art, il en existait au moins trois ou quatre, qui, s'ils pouvaient

décemment entrer en lice, combattre et mériter les applaudissements et

les encouragements des véritables connaisseurs, comptaient plus sur les

avantages de leur plastique que sur leurs succès de lutteurs.

Dans les baraques, aux premières places, chaque fois que ces athlètes,

tous jeunes--de vingt-cinq à trente ans au plus--paraissaitent sur

l'affiche, une foule se pressait, des gommeux en habit, des vieux

messieurs à cheveux gris, bagués et diamantés, attirant dans les coins

celui qu'ils avaient le plus remarqué, s'éternisant en des interviews

dont on devinait le sujet...

--Y en a un, raconta un jour Chariot, qui s'est trompé et qui s'est

adressé à moi... Ce que j'ai rigolé!... J'ai poussé la blague jusqu'au

bout... et je me suis laissé emmener dans un caboulot... où les

autres... ceux que ça amuse et à qui ça plaît... se réunissent tous les

soirs... Ah! ma chère, ce que c'était drôle!... Et au dernier moment...

quand je l'ai plaqué... après lui avoir fait payer pour plus de vingt

francs de consommations... j'aurais voulu que tu voies sa tête!... Non!

c'était à peindre!

Et comme Fatma s'indignait en écoutant le récit de ces aventures qui lui

semblaient invraisemblables:

--C'est tout naturel, déclarait le naïf Charlot, de la même façon que

toi, tu écoutes les vieux messieurs qui viennent t'applaudir dans ton

entresort... les lutteurs de chez Bertrand laissent dire ceux qui

s'intéressent à leurs exercices... et à eux... C'est aussi naturel ici

que là... puisque c'est le métier qui veut ça... Seulement, on en prend

que ce qu'on veut bien en prendre... Moi, on m'offrirait tout au

monde... Rien ne vaudra jamais ma petite Fatma... et rien ne la

remplacera!...

Ce couple étrange, d'une honnêteté et d'une naïveté bizarres, s'était

pris d'une affection extraordinaire pour Zézette.

Charlot, que tous les exercices de force et que la bravoure

enthousiasmait, parlait avec l'enfant amicalement, discutant comme avec

une grande personne.

N'avait-elle pas fait ses preuves, malgré sa jeunesse, et ne

pouvait-elle pas rivaliser avec lui?

S'il enlevait à bras tendu des poids de cinquante, des haltères de cent

kilos, elle entrait, elle, sans broncher dans la cage de fauves réputés

indomptables!

Elle avait révolutionné Paris, mis la presse en mouvement à la suite de

son prodigieux exploit avec Néron!

Cela suffisait pour lui faire concevoir un respect énorme pour cette

gamine étonnante.

Zézette rendait à Fatma et à Charlot l'amitié qu'ils lui montraient.

Aussi, quand il s'agit de régler sa situation, n'hésita-t-elle pas, dans

son besoin d'expansion, à se confier à eux.

--Voulez-vous que je vous dise, leur raconta-t-elle confidentiellement,

eh bien! je connais les Tabary comme personne! Ce sont des gens dont il

faut se méfier... Je les tiens à l'oeil!... Vous verrez quand je m'y

mettrai! Si j'ai jamais besoin de vous, puis-je compter sur votre aide?

--Absolument, dit Charlot. J'ai des bras et des poings à ta disposition.

--D'autant plus, dit Fatma, que je garde une dent à Louise Tabary. Avec

le succès que je remporte tous les jours, je devrais avoir une autre

situation que celle que j'ai... Mais, l'égoïste, à elle tout le profit,

elle nous estime trop heureuses de trimer à son bénéfice... Un jour on

se révoltera, et quand j'en aurai assez... quand je pourrai me passer

d'elle... je lui montrerai qu'on ne se fiche pas de Fatma impunément.

--Laissez-moi avoir l'âge, disait alors Zézette. La ménagerie est à moi,

en somme, puisque je suis l'héritière de mon père... Un jour viendra, où

fatiguée de souffrir, je ferai valoir mes droits... Alors, nous nous

nuirons, et gare au grabuge... Je les forcerai à me céder la place... à

résilier... Alors, comme je vous connais, je vous prendrai avec moi...

Est-ce convenu?

--Oui, disait Fatma, mais ce sont là des imaginations de gamine. Tu n'as

pas treize ans!

--Quand j'en aurai dix-huit, je pourrai me faire émanciper. Nous rirons

alors... Je ne puis rien dire aujourd'hui, car je sais des choses... de

telles choses!.,. Vous verrez, je vous dis!... Vous serez étonnée...

Zézette se ménageait des complices pour le jour où il lui serait

possible de se révolter contre la sujétion dans laquelle on la

maintenait.

Elle trouva un autre aide dans le dompteur Giovanni.

Giovanni, si amoureux de son art qu'il fut, ne s'était pas encore senti,

malgré son audace, le courage d'affronter Néron, le terrible animal qui

avait tué Chausserouge.

Il devinait en Zézette une dompteuse qui, dans l'avenir,

révolutionnerait le Voyage et le public par l'audace qu'elle

déploierait, dans des exercices dont aucune femme n'aurait jamais donné

l'exemple, et il témoignait pour elle une admiration qui n'avait d'égale

que le mépris qu'il professait _in petto_ pour Tabary.

De Jean il avait su deviner les instincts mauvais et les basses

cupidités.

Il avait compris l'hypocrisie des pleurs de Louise, accompagnant le

dompteur au cimetière. Dans le coeur de cette femme un autre sentiment

que celui de la pitié et de l'amour devait avoir été la règle de

conduite, depuis le jour où l'accident qui avait conduit Chausserouge au

tombeau l'avait forcée de venir faire appel à son concours pour ne pas

laisser la ménagerie sans dompteur, à l'heure même où le public

émotionné par le récit publié dans les journaux avait rendu la vogue à

l'établissement si longtemps déserté.

Il sentit rien qu'en parlant à Zézette, la haine que la petite fille

portait à ceux que le malheur lui avait donnés pour tuteurs, et il se

promit, à l'occasion, de soutenir la gamine, dont il avait du reste

tout à attendre, puisqu'aussi bien elle était appelée à devenir la

réelle propriétaire de la ménagerie, les Tabary ne possédant qu'une part

peu importante.

Après tout, il n'avait, lui, que vingt-trois ans; Zézette en avait

treize bientôt.

Dix ans! C'était une différence fréquente entre époux.

Il pouvait attendre l'émancipation dont parlait si souvent l'enfant et

devenir, en même temps que le mari le maître de cet établissement, un

des plus beaux du Voyage.

Son intérêt se rencontrait avec les sympathies secrètes qui l'attiraient

vers cette petite fille, désormais seule dans la vie, mais dont

l'énergie l'avait émerveillé...

Il ne devait rien à personne... il était désormais indispensable dans la

ménagerie... Eh bien! si son aide était nécessaire à Zézette, il la lui

accorderait; il lui servirait de second dans la lutte qu'elle

entreprendrait certainement contre les Tabary, s'il en croyait les

dispositions qu'elle montrait...

Et advienne que pourra! Qui ne risque rien n'a rien... Quand on n'a rien

à perdre et tout à gagner... pourquoi hésiter à marcher, à aller de

l'avant?...

C'est ainsi que, dès le lendemain de la mort de son père, Zézette était

déjà assurée de l'aide de trois personnes, dont l'importance et le

dévouement pouvaient peut-être contrebalancer l'influence, et la

toute-puissance provisoire des Tabary...

Aussi la jeune fille profita-t-elle de la première occasion qui s'offrit

à elle pour entrer ouvertement en lutte avec ces gens qu'elle

considérait, à juste titre, comme les mauvais génies de sa famille...

Zézette : moeurs foraines · 第 14 / 18 题