=NE RIEN AVOIR DANS LE FUSIL=: Avoir le ventre vide.
L’allusion est facile à saisir:
J’sens l’paquet d’tripes qui s’cavale.
(Argot du peuple).
=NEG AU PETIT CROCH=: Chiffonnier.
_Neg_ est une abréviation de _négociant_, et _croch_ de _crochet_,
outil indispensable aux chiffonniers (Argot du peuple).
=NÈGRE=: Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde
(Argot des voleurs).
=NÉGRESSE=: Puce.
Allusion de couleur (Argot du peuple).
=NÉGRESSE=: Bouteille.
—Allons-nous _étouffer_ une _négresse_ de _ginglard_ à Argenteuil?
(Argot du peuple).
=NEP=: Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques
(Argot des voleurs).
=NETTOYÉ=: N’avoir plus rien, être absolument à sec.
_Nettoyé_, être à l’agonie, se sentir mourir.
—Le médecin m’a dit que j’étais _nettoyé_ (Argot du peuple).
=NEZ CULOTTÉ=: Nez d’ivrogne.
Dans le peuple on dit:
—Si on lui pressait le piton il en sortirait du vin.
Le _nez culotté_ a été célébré par Ch. Colmance:
Un _nez culotté_,
Piquante parure,
Gracieuseté
De dame nature.
Heureux l’effronté doté
D’un _nez culotté_.
Il y a des _nez culottés_ qui coulent plus cher que s’ils étaient en or
(Argot du peuple).
=NEZ RETROUSSÉ=: Nez à narines larges et ouvertes.
—Il va te pleuvoir dans le _nez_.
—Elle se pleure dans le _nez_ quand elle a du chagrin (Argot du
peuple).
=NIB=: Signifie rien.
Cette expression n’est pourtant pas toujours prise dans ce sens.
Quand on dit: _nib de blaire_, par exemple, pour qualifier un nez
énorme, _nib_ devient synonyme de _mince_ qui veut dire beaucoup
(Argot du peuple). _N._
=NIB DE BRAISE=: Pas d’argent.
—Par un _bourguignon_ pareil tu restes à la _piaule_, allons
_décanille_.
—_Nib de braise_, les _valades_ sont _dégraissées_ (Argot des voleurs).
=NICHE À SEINS=: Corset.
Allusion à ce qu’il soutient les forts, augmente le volume des
faibles, discipline les vagabonds et protège les égarés (Argot du
peuple). _N._
=NICHONS=: Les seins.
—Laissez-moi tâter vos jolis _nichons_.
—Combien qu’tu payes? (Argot du peuple).
=NIÈRE=: Homme quelconque, lui.
—Le _gonce_ a rudement le _trac_ pour son _nière_.
On dit aussi: _mon nière bobéchon_ pour _moi_.
_Bobéchon_, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).
=NIF=: Non (Argot des voleurs).
=NIPPÉ=: Bien habillé.
—J’avais plus rien, les _requins_ m’avaient _bazardée_ pour payer mon
_probloque_, j’ai _dégotté_ un _miché_ qui m’a _renippée_, à présent
je suis _rupine_ je peux _trimarder_ (Argot du peuple)
=NIQUE DE MÈCHE=: N’avoir pas de complice.
—J’ai fait mon _coup de vogue_ sans _nique de mèche_ (Argot des
voleurs).
=NIQUE DE MÈCHE=: Refus d’un complice de partager le produit d’un vol.
—_Nique de mèche, je ne fade pas le pognon_ (Argot des voleurs).
=NIORTE=: Viande (Argot des voleurs). =V.= _Crigne_.
=NOCE DE TAILLEUR=: (Faire une): Se promener le long des berges et
faire des ronds dans l’eau avec des cailloux (Argot du peuple). _N._
=NOIX= (En avoir): Avoir beaucoup de bijoux (Argot des voleurs).
=NONNE= (Faire): Faire la foule.
Rien de plus simple: les _nonneurs_ (complices) se groupent autour
de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue
barrée; les badauds s’amassent, le _tireur_ peut à l’aise explorer les
poches, et souvent la moisson est féconde.
Quand l’un d’eux est pris et qu’il se _met à table_, on dit qu’il
_mange sur ses nonneurs_ (complices) (Argot des voleurs).
=NONNEURS=: Complices de voleurs, plus particulièrement des
pick-pockets (Argot des voleurs).
=NORD=: Tête.
Dans le peuple, on dit souvent de quelqu’un qui devient fou:
—Il perd le _nord_ (Argot du peuple).
=NOZIÈRES=: Qui? (Argot des voleurs). _N._
=NOURISSEUR DE POUPARDS=: Complice qui prépare les vols à accomplir.
Un bon _nourrisseur de poupards_ est très recherché par les voleurs
(Argot des voleurs).
=NOUSAILLES=: Nous.
_Nosigues_ est beaucoup plus usité (Argot des voleurs).
=NOUVELLE= (La): Le bagne.
Abréviation de _Nouvelle Calédonie_.
Autrefois, quand les bagnes étaient à Brest et à Toulon, on disait le
_grand pré_.
—Il est _sapé à faucher le grand pré à perpète_ (Argot des voleurs).
=NOYEUSE D’ÉTRONS=: Mère de famille qui va au lavoir public laver le
linge de ses enfants.
Allusion aux déjections des bébés qui souillent les couches (Argot du
peuple).
=NUAGE=: La tournure, que portent les femmes; ainsi nommé parce qu’il
cache la _lune_ (Argot du peuple). _N._
O
=ŒIL À LA COQUE=: Recevoir sur l’œil un formidable coup de poing qui
le poche et en fait un _œil au beurre noir_.
La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est
couvert par une large tache noire.
On appelle alors le blessé: _tape à l’œil_ (Argot du peuple).
=ŒIL EN COULISSE=: Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir
l’air de lui dire:
—Veux-tu?
_Faire le genou_ à sa voisine sous la table, est aussi significatif et
beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).
=ŒIL QUI DIT MERDE À L’AUTRE=: Deux yeux qui ne vivent pas en bonne
intelligence, qui se regardent en _chiens de faïence_ (Argot du
peuple). =V.= _Guigne à gauche_.
=ŒIL= (Faire de l’): Les filles font de l’_œil_ aux passants qu’elles
veulent raccrocher:
Ses deux beaux chasses vous _rembroquaient_
Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient,
dit la _chanson du marlou_ (Argot des filles).
=ŒIL= (Faire l’): Avoir à crédit chez les fournisseurs.
Dans le peuple, quand on _oublie_ de payer, le fournisseur refuse
crédit; alors on dit que l’_œil_ est crevé (Argot du peuple).
=OGRESSE=: La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à
la toilette; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt
francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs.
Mot à mot: l’_ogresse_ les mange toutes crues (Argot des filles).
=OGRESSE=: Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe
(Argot des filles). =V.= _Accouplées_.
=OIGNON (L’)=: Il s’appelle aussi _trou de balle_ (Argot des
souteneurs). =V.= _Figne_. _N._
=OIGNON=: Montre énorme. Argot du peuple qui dit: _ognon_.
—Ton _ognon_ marque-t-il l’heure et le linge? (Argot du peuple).
=OISEAU=: Hélas! quand il est envolé c’est pour longtemps et les
regrets si amers qu’ils soient sont superflus.
Heureux encore s’il ne laisse pas un petit dans la cage.
—Elle a perdu son _oiseau_ (Argot du peuple). _N._
=OLIVIER DE SAVETIER=: Navet.
Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de
_navette_ qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade.
C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre; on dit
des _oranges de limousins_ (Argot du peuple).
=OMNIBUS=: Femme à tous.
On dit aussi: _wagons_ et _omnibusardes_.
Fréquemment, ces _omnibus_ là donnent une correspondance pour
l’hôpital du Midi (Argot du peuple).
=OMNIBUS À CONI=: Voiture qui emporte le guillotiné du lieu
d’exécution au cimetière (Argot des voleurs).
=ONCLE=: Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une
prison.
Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon _oncle_ car il n’a guère
de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près.
Quand on va au _clou_, mon _oncle_ prend soin des objets déposés
(Argot des prisons).
=ONGLES CROCHES= (Les avoir): Ce sont généralement les Normands qui
ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un _grippe-sous_ que
l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne retomberait pas.
Avoir les _ongles croches_ est synonyme de _poser zéro_ et de _retenir
tout_ (Argot du peuple).
=ORANGER DE SAVETIER=: Pied de _sarriette_, que les savetiers placent
dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).
=ORDINAIRE=: La soupe et le bœuf que les ouvriers mangent le matin.
Comme presque toute l’année c’est la nourriture _ordinaire_, de là, le
nom (Argot du peuple).
=ORDINAIRE=: Homme habitué à venir à heure et à jour fixe chez une
fille.
C’est un protecteur intermittent (Argot des filles).
=ORGUE=: Homme.
_Mon orgue_, moi.
_Ton orgue_, toi.
_Son orgue_, lui.
_Leur orgue_, eux.
(Argot des voleurs).
=ORGUE= (Jouer de l’): Ronfler.
Il ronfle comme un tuyau d’_orgue_.
Il ronfle comme une _toupie d’Allemagne_.
Allusion au ronflement sonore que fait la toupie en tournant sur
elle-même (Argot du peuple).
=ORNICHON=: Oie, volaille.
Les voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les poulaillers dans
les campagnes se nomment des _nettoyeurs d’ornichons_ (Argot des
voleurs). =V.= _Angluce_.
=ORNIE DE BALLE=: Dindon (Argot des voleurs).
=ORPHELIN DE MURAILLE=: Les étrons qui s’alignent le long des murs
isolés.
Pourquoi _orphelins_?
Ils sont parfois en nombreuse société et beaucoup ne peuvent être pris
pour des vagabonds étant munis de papiers (Argot du peuple).
=ORPHELIN=: Bout de cigare ou de cigare que le fumeur abandonne
dédaigneusement.
Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de _mégots_ qui leur
_fait un sort_ (Argot du peuple).
=ORPHELIN=: Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le
comptoir du mastroquet.
Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il _étouffe un
orphelin_.
Dans les _bars_, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les
recueillir (Argot du peuple).
=OSEILLE=: _La faire à l’oseille_.