C’est _du même tonneau_ (Argot du peuple). _N._

=DUO D’AMOUR=: Yeux pochés (Argot des voleurs). _N._

=DUR=: Il est au _dur_: en prison.

C’est _dur_: pénible, difficile.

C’est _dur à digérer_: grosse sottise ou blague impossible à avaler.

_Dur à cuire_: vieux troupier qui ne ressent rien.

_Dur_ (être dans son): être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire

(Argot des voleurs).

=DURAILLE=: Pierre (Argot des voleurs).

=DURAILLE SUR MINCE=: Diamant sur carte (Argot des voleurs). _N._

=DURE= (La): Terre.

Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu’elle

n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).

=DURÈME=: Fromage blanc (Argot des voleurs).

=DURINER=: Ferrer.

Allusion à la _dureté_ des chaînes avec lesquelles autrefois on

_ferrait_ les forçats (Argot des voleurs).

E

=EAU D’AFF=: Eau-de-vie (Argot du peuple).

=EAU DE SAVON=: Absinthe.

Allusion à l’eau troublée par la dissolution qui ressemble à de

_l’eau de savon_ surtout l’absinthe blanche (Argot du peuple). =V.=

_Poileuse_.

=EAUX BASSES=: Les _eaux_ sont _basses_ quand arrive la fin de la

semaine.

Quand la rivière est _basse_ les bateaux ne circulent pas, quand les

_eaux_ sont _basses_ qu’il n’y a plus d’argent pas _mèche_ de naviguer

(Argot du peuple). _N._

=ÉCARTER DU FUSIL=: Lancer en parlant des jets de salive.

On dit aussi: lancer des _postillons_.

Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant

et on ajoute:

—Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).

=ÉCHAPPÉ DE CAPOTE=: Chétif, malingre (Argot du peuple). =V.=

_Avorton_.

=ÉCLAIRER=: Payer.

—C’est mon vieux qui tient le _flambeau_.

Mot à mot qui _éclaire_.

=ÉCOPPER=: Épuiser l’eau d’un bateau avec une _écoppe_.

_Écopper_: recevoir un mauvais coup dans une bagarre.

Dans les faubourgs on dit par ironie:

—Tu boiras de l’anis dans une _écoppe_.

_D’écopper_, par corruption, on dit de celui qui est blessé: il est

_escloppé_ (Argot du peuple).

=ÉCORNER LES BOUTANCHES=: Forcer les portes des boutiques.

Cela indique bien l’action de la pince-monseigneur qui fait éclater

le bois par la pesée (Argot des voleurs).

=ÉCREVISSE DANS LA TOURTE= (Avoir une): Être à moitié toqué (Argot du

peuple).

=ÉCURER LE CHAUDRON=: Aller à confesse (Argot des voleurs). =V.=

_Comberge_ et _Dépotoir_.

=ÉCUREUIL= (Faire l’): Faire une besogne inutile, marcher sans

avancer. _A. D._

On nomme _écureuil_ les ouvriers qui tournent la roue chez les petits

tourneurs en bois; c’est au contraire un métier extrêmement fatiguant.

Autrefois les _écureuils_ se réunissaient au carré Saint-Martin;

c’était un ramassis de toute la fripouille parisienne; depuis que la

machine à vapeur s’est vulgarisée ils ont presque disparu.

On les nomme aussi _chiens de cloutier_.

C’est une allusion au pauvre animal qui tourne la roue toute la

journée pour actionner les soufflets de forge, allusion également à

_l’écureuil_ qui tourne sans cesse dans sa cage (Argot du peuple). _N._

=EFFAROUCHER=: Prendre, s’évanouir sur la monnaie.

Cela arrive fréquemment dans les cercles, où l’on a remplacé

l’expression _effaroucher_ par celle _d’apprivoiser_.

—J’ai _apprivoisé_ un _sigue_.

=ÉGRUGEOIR= (l’): Une tribune quelconque.

L’orateur _égruge_ ses paroles.

_Égrugeoir_: la chaire à prêcher.

_Égrugeoir_: les petites boîtes qui ressemblent à un comptoir dans

lequel se tiennent les sœurs qui font la lecture aux prisonnières de

Saint-Lazare.

Allusion à l’antique _égrugeoir_ qui sert à piler le sel (Argot du

peuple). _N._

=ELLE EST ENCEINTE D’UN PET ELLE ACCOUCHERA D’UNE MERDE DEMAIN=: Se

dit d’une femme qui a un gros ventre sans pour cela être enceinte

(Argot du peuple). _N._

=EMBALLEUR=: Les agents de la sûreté.

Ils _emballent_ en effet les prisonniers dans le _panier à salade_.

=EMBARDER=: Entrer dans une affaire (Argot du peuple).

=EMBAUDER=: Voler de force, d’autorité.

Il est évident que personne ne se laisse voler de bonne volonté, mais

il est des voleurs qui reculent devant l’emploi de la force.

_Embauder_: signifie voleur que rien n’arrête, pas même la police et

qui assassine à l’occasion (Argot des voleurs).

=EMBOÎTÉ= (Il est): Suivi ou arrêté.

On _emboîte_ le pas à quelqu’un pour le suivre sans le perdre.

Être _emboîté_ dans une affaire.

_Emboîté_, embauché; mot à mot: entrer dans la _boîte_.

—Je vais _t’emboîter_ (te battre) (Argot du peuple). _N._

=EMBRASSADE= (Le vol à l’): Le voleur feint de reconnaître un ami dans

un homme qui vient de faire un encaissement; il se jette dans ses bras

et l’embrasse chaleureusement.

En un tour de main il lui vole son portefeuille ou son porte monnaie;

il s’excuse de l’erreur qu’il a commise grâce à une ressemblance

extraordinaire, puis il file lestement.

Ce tour s’exécute aux environs de la Banque de France et des grandes

maisons de crédit (Argot des voleurs).

=ÉMÊCHÉ= (Être): N’avoir pas assez bu pour être pochard mais

suffisamment pour avoir une légère _pointe_; être _allumé_.

Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).

=EMMAILLOTER UN MÔME=: Combiner un vol.

C’est une redondance de _nourrir un poupard_ (Argot des voleurs).

=EMMANCHÉ=: Individu qui se tient raide comme un pieu.

Dans le peuple, on dit qu’il à un _manche_ à balai de cassé quelque

part.

On _emmanche_ une affaire.

_Emmanché_ se dit aussi dans une autre sens.

—J’ai _emmanché_ la gosse (Argot du peuple).

=EMMERDÉ=: L’être jusqu’à la garde.

N’avoir plus rien à espérer.

C’est un démenti an dicton populaire qui prétend que marcher dans la

_merde_ cela porte bonheur (Argot du peuple).

=EMMERDEMENT=: J’en éprouve un à cinquante francs par têtes.

Se dit de tous les ennuis possibles.

Travailler, par exemple, est un _emmerdement_ perpétuel (Argot du

peuple).

=ÉMOUCHEUR=: =V.= _Bête à chagrin_.

=EMPAVES=: Drap de lit.

—Je vais m’_empaver_ dans mon pieu (Argot des voleurs). _N._

=EMPAILLÉ=: Imbécile qui ne remue pas plus que s’il était _empaillé_

dans une vitrine du Musée zoologique (Argot du peuple).

=EMPIFFRER=: Manger comme un cochon (Argot du peuple).

=EMPOUSTEUR=: Truc très commun employé par des placiers.

Ils déposent chez des commerçants des mauvaises marchandises, à

condition; des compères les achètent; les marchands alléchés prennent

de nouveaux dépôts qui, cette fois, leur restent pour compte (Argot

des voleurs).

=EMPROSEUR=: Variété de pédéraste (Argot des voleurs).

=ENCALDOSSÉ=: Superlatif d’_endossé_ (Argot des voleurs). =V.=

_Passif_.

=ENCHTIBÉ= (Il est): Être pris, arrêté (Argot des voleurs).

=ENCLOUÉ=: Allusion au canon dont on _encloue_ la lumière (Argot des

voleurs). =V.= _Passif_.

=ENDORMI=: Juge.

Allusion à ce que les juges _dorment_ dans leur fauteuil pendant que

les avocats plaident (Argot des voleurs). _N._

=ENDORMEUR=: Individu qui sans cesse promet une chose et ne la tient

jamais.

_Endormir_ est aussi synonyme de voler.

—Il s’est _endormi_ sur des bijoux (Argot des voleurs).

=ENDORMEUR=: Voleur qui opère au moyen d’un narcotique.

Les _romanichels_ se servent pour ce genre de vol d’une décoction de

_datura stramonium_.

Ce vol se pratique en wagon. Le voleur profite du sommeil d’un

voyageur pour lui couvrir le visage d’un mouchoir imbibé de

chloroforme.

Les voleurs qui ont cette spécialité forment une secte à part (Argot

des voleurs).

=ENDROGUER=: Chercher un coup à faire.

Le voleur _drogue_ (attend) sur le trottoir l’occasion favorable

(Argot des voleurs). =V.= _Arracheur de chiendent_.

=ENFIGNEUR=: Vient de _fignoton_.

Ce dernier mot en dit assez. C’est l’_actif_ du _passif_ (Argot du

peuple).

=ENFLAQUÉ= (Être): Enfermé, emprisonné (Argot des voleurs).

=ENFLÉE=: Femme enceinte.

On dit aussi: avoir une fluxion de neuf mois (Argot du peuple).

=ENFONCEUR=: Banquier qui promet 50% par mois aux imbéciles et qui

termine ses opérations en emportant la _grenouille_ à l’étranger

(Argot du peuple).

=ENFONCEUR DE PORTE OUVERTE=: Homme qui se vante d’avoir pris la

virginité d’une fille alors qu’elle était enceinte de six mois (Argot

du peuple). _N._

=ENFRIMER= ou =ENFRIMOUSSER=: Dévisager quelqu’un.

Les agents de la Sûreté _enfriment_ les voleurs pour reconnaître les

récidivistes (Argot des voleurs).

=ENGAYEUR=: Complice qui attire le _trèpe_ (la foule) pendant que son

complice explore les poches des badauds.

L’_engayeur_ est indispensable à tous les camelots; c’est lui qui le

premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs.

L’_engayeur_ est le complice du _bonneteur_; il mise pour engager les

pontes à jouer (Argot des camelots).

=ENQUILLER=: Entrer.

—Il y a longtemps que je cherche à m’_enquiller_ dans cette boîte

(Argot du peuple).

=ENQUILLEUSE=: Voleuse qui opère dans les grands magasins de

nouveautés.

Elle _enquille_ la marchandise volée entre ses cuisses.

Il faut vraiment être organisée particulièrement pour cacher un coupon

de soie à cet endroit-là (Argot des voleurs).

=ENRHUMÉ DU CERVEAU=: Allusion au nez qui coule sans cesse.

Mais ce n’est pas du nez qu’il s’agit (Argot du peuple). =V.=

_Lazzi-loff_.

=ENTAILLER=: Tuer quelqu’un.

C’est en effet une fameuse _entaille_.

Avinain et Billoir étaient deux rudes _entailleurs_ (Argot des

prisons).

=ENTAULER=: Entrer dans une _taule_ (maison) (Argot des voleurs).

=ENTAULER À LA PLANQUE=: Entrer dans une cachette pour se soustraire

aux recherches de la police.

On _entaule_ aussi _à la planque_ des objets volés pour les reprendre

au sortir de prison (Argot des voleurs).

=ENTERREMENT=: Morceau de gras-double, de lard et de pain que les

femmes vendent aux environs des halles.

On les appelle _Mesdames la poële_, parce qu’elles font frire leur

marchandise dans cet instrument de cuisine.

Un _enterrement_ de première classe coûte trois sous, de deuxième deux

sous, de troisième un sou.

Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple).

_N._

=ENTOILÉ=: Emprisonné.

Synonyme d’_enflaqué_.

Cette expression vient de ce que dans les camps, la salle de police

est sous une tente-abri: de là _entoilé_.

Mot à mot: emprisonné sous la _toile_.

S’_entoiler_: se coucher, se fourrer dans ses draps (Argot du peuple).

_N._

=ENTRAVES=: Les cordes et les courroies qui ligottent les condamnés à

mort pour _entraver_ leurs mouvements quand ils marchent à l’échafaud

(Argot des voleurs).

=ENTRAVER=: Empêcher une affaire.

Mettre des bâtons dans les roues.

_Entraver_: comprendre.

—_J’entrave bigorne._

Mot à mot: Je _comprends_ l’argot et non pas je le _parle_.

_Entraver_ a un double sens:

—_J’entrave nibergue ou niente._

Je n’entends rien, je ne comprends pas (Argot des voleurs).

=ENTRECÔTE DE BRODEUSE=: Une saucisse de deux sous ou une côtelette

panée que les charcutiers tiennent au chaud dans des boîtes de fer

blanc, et que les ouvrières mangent pour leur déjeuner—pas la boîte,

mais la côtelette (Argot du peuple).

=ENTROLER=: Emporter des objets volés.

_Troller_ serait plus exact, car ce mot signifie _porter_ (Argot des

voleurs).

=ENVOYER UNE LETTRE CHARGÉE AU PAPE=: Allusion au papier employé qui

est en effet _chargé_ d’un singulier cachet (Argot du peuple). =V.=

_Déballer_.

=ENVOYER AUX PELOTTES=:

Envoyer promener quelqu’un.

On dit aussi envoyer à la _balançoire_, ou va le _baigner_ (Argot du

peuple). =V.= _Dinguer_.

=ENVOYER À LA GOUILLE=: Jeter quelque chose en l’air, au hasard.

Jeter une poignée de sous à des enfants (Argot du peuple).

=ÉPARGNER LE POITOU=: Cette expression se comprend peu; en effet,

_Poitou_ veut dire _public_; or, il n’est pas d’usage que les voleurs

l’_épargnent_, puisque c’est lui justement qui forme toute sa

clientèle.

_Poitou_ veut aussi dire _non point_.

=ÉPASTROUILLANT=: Extraordinaire (Argot du peuple). _N._

=ÉPATANT=: M. Jean Rigaud, dans son _Dictionnaire d’argot moderne_

(1881) dit à ce propos du mot _épater_:

—_Épater_, _épate_ et leurs dérivés viennent du mot _épenter_, qui

signifiait au XVIII‧ siècle _intimider_.

Il y a quelques années, M. Francisque Sarcey écrivait que le vocable

appartenait à Edmond About, qu’il avait été dit par Pradeau dans le

_Savetier et le Financier_, pièce représentée en 1877 aux Bouffes

Parisiens; le savant écrivain ajoutait que huit jours après, le

«Tout-Paris» répétait ce mot.

Cette expression, n’en déplaise au maître critique et à M. Jean

Rigaud, n’appartient ni au XVIII^e siècle ni à Edmond About, elle a

_cinquante quatre ans_ seulement d’existence.

Elle a pris naissance au =Café Saint-Louis=, rue Saint-Louis, au

Marais (aujourd’hui rue de Turenne).

Des ouvriers ciseleurs sur bronze jouaient au billard une partie de

_doublé_. À la suite d’un _bloc fumant_, Catelin, une contrebasse

du Petit Lazzari, qui avait parié pour un des joueurs et qui perdait

par ce coup, se leva furieux, et d’un brusque mouvement fit tomber son

verre sur la table de marbre.

Le verre se _décolla_ net.

—Tiens, dit Catelin, mon verre est _épaté_—le verre n’avait plus de

_pied_.

À chaque coup, les joueurs répétaient à l’adversaire: tu es _épaté_

et, quand la partie se termina par un coup merveilleux, un des joueurs

dit au vainqueur:—Si nous sommes _épatés_, tu es _épatant_.

Catelin, sans le savoir, se servait du mot _épaté_ qui est en usage

depuis des siècles dans les verreries, parmi les ouvriers verriers.

Ils disent d’un _verre sans pied_, mis à la refonte pour ce motif, il

est _épaté_.

_Épaté_ signifie étonnement (Argot de tout le monde). _N._

=ÉPINGLE AU COL= (En mettre une): Avaler un demi setier d’un seul

trait.

Dictionnaire d'argot fin-de-siècle · 第 65 / 165 题