Amsterdam, 14 juillet 1810.
«Monseigneur, S. A. le prince architrésorier de l'empire est arrivé
ce matin en bonne santé. Elle a reçu partout les honneurs dus à son
rang. Elle n'a point tenu la route de Nimègue, ainsi que Votre
Excellence me le mandait, mais bien celle de Mardick et par Gauda.
«On a remarqué avec satisfaction la garde nationale sous les armes
mêler ses témoignages à ceux des troupes françaises et
ex-hollandaises, ce qui signifie, ainsi que je l'ai prédit, que le
pays sera bientôt à l'unisson des Français. Le bourgmestre, M. Van
der Poll, homme essentiel dans son poste, qui n'a cessé de donner
des garanties sur ses sentiments pour l'empereur, n'a réaccepté son
emploi qu'ensuite de la promesse qu'il pourrait obtenir sa démission
après quinzaine. Il demande qu'on lui tienne parole, mais je compte
insister près du prince pour que ce magistrat respectable soit de
nouveau invité à continuer ses fonctions. Il établit sa demande sur
sa mauvaise santé. Le véritable motif est qu'il n'est pas assez
courageux pour résister aux apostrophes que lui font les Orangistes
de s'être abandonné au système français, qu'enfin il voudrait en se
retirant à la campagne y jouir du repos qu'il réclame.
«Si l'empereur, dont on apprécie tous les bienfaits de son décret en
faveur de la Hollande, pouvait donner l'espoir d'une visite dans
cette nouvelle partie de son empire, cela donnerait l'élan qu'il
faut pour le napoléoniser entièrement. Au reste, la tranquillité
règne et personne, je pense, n'osera la troubler.
«M. le duc de Plaisance étant chargé de l'organisation du pays et
des finances, je crois qu'il serait désormais superflu de m'en
occuper et d'entretenir Votre Excellence d'autres choses que du
militaire.
«M. le général comte de Lauriston, aide de camp de l'empereur,
recevra, ce matin, Son Altesse le grand-duc, qui sera ensuite
conduit à Amsterdam. Ce prince trouvera ici les mêmes honneurs qu'à
Harlem.
«Je ne puis m'empêcher de réitérer à Votre Excellence une demande de
quatre généraux de brigade et deux ou trois adjudants-commandants,
de quelques officiers d'état-major et du génie, et enfin d'un
service en chef de santé, et de demander M. le général Maison pour
une de mes deux brigades vacantes et les adjudants-commandants
désignés par mes précédentes; tous sont dans leurs foyers, quand je
pourrais les employer ici utilement.
«On est occupé à faire la reconnaissance des îles désignées par la
lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 9 de
ce mois. Ci-joint un mémoire sur celle de Schouren dont je vous ai
adressé un exemplaire dans les temps; l'auteur mérite un certain
crédit.
«Demain je passe en revue la garde et le jour suivant celle de deux
régiments de ligne. Cette troupe prêtera le serment et d'avance je
garantis de l'enthousiasme.
«Maintenant, mon cher duc, que les intentions de l'empereur seront
remplies relativement à ce pays, ne pourriez-vous pas solliciter en
ma faveur un congé de vingt à vingt-cinq jours? il m'en faudrait 10
pour l'aller et le retour et le reste pour arranger mes affaires qui
sont en si mauvais état, faire lever les scellés et enfin prendre de
nouveaux termes avec mes créanciers qui me persécutent et troublent
mon repos. Voyez, je vous prie, si vous voulez me rendre ce
service.»