Amsterdam, 11 juillet 1810.
«Monseigneur, la surveillance sur la côte a été observée avec autant
de scrupule que Sa Majesté peut l'avoir désiré, et qui que ce soit
n'est allé en mer, à ma connaissance, depuis le départ du Roi, à
moins que ce ne soit l'ex-ministre de la guerre, Krayenhof, que je
cherche partout et que je ne puis découvrir, mais sur lequel je n'ai
d'autres indices, sinon qu'il serait depuis plusieurs semaines sur
les côtes pour y travailler à sa carte qu'on sait qu'il levait au
nom du Roi. Je n'ai tant cherché ce fonctionnaire que parce qu'il
passe pour un homme perfide et ennemi de la France, qu'enfin j'ai
toujours supposé que l'Empereur le poursuivrait un jour pour sa
conduite pendant son ministère; au reste, s'il est encore en
Hollande, je ne puis manquer de le découvrir, car j'y ai des
intelligences partout.
«Ainsi que j'ai eu l'honneur de le mander à Votre Excellence par mes
dépêches successives, le Prince Royal est en sûreté et se porte
bien; Son Altesse royale est traitée en prince de sa maison et à la
disposition exclusive de l'Empereur.
«Je n'ai pas manqué de rassurer le pays par tous les moyens qui sont
en moi et qui peuvent l'amener à voir la réunion d'un oeil
tranquille. J'ai constamment parlé dans ce sens, par conséquent dans
celui que vous m'ordonnez au nom de l'Empereur, j'ose même assurer
que ces précautions ont eu leur utilité et que _si ce n'est chez les
personnages en places, qui ont peur de les perdre, on trouvera des
applaudissements_.
«Sa Majesté sait sûrement qu'il n'a pas dépendu de moi d'empêcher
que les proclamations du Roi, qui exprimaient si singulièrement ses
dernières volontés, ne fussent rendues publiques, puisque c'est le 3
qu'il les a fait lui-même placarder dans Amsterdam et mettre dans
les journaux, tandis que je ne suis entré que le 4, mais aussitôt
entré, je me suis occupé à faire arracher ce qui ne l'était pas
encore.
«Les derniers renseignements que j'ai obtenus sur la marche du Roi,
c'est qu'il aurait traversé le 6 la ville de Hanovre, ce qui me fait
espérer qu'il se retire à Cassel où certains personnages d'ici
assurent qu'il était attendu.
«L'embargo existe en Hollande depuis que j'y commande, je pense que
celui que vous m'ordonnez ne s'étend pas aux pêcheurs qui, au reste,
sont surveillés, mais qu'on ne pourrait, ce me semble, empêcher de
faire ce métier, sans un grand préjudice, à cette classe nombreuse
qui n'existe que par ce moyen, cependant je désire à cet égard une
explication de Votre Excellence. On est occupé du désarmement et de
l'importation des pièces; le pays n'a point donné des signes de
mécontentement à cet égard, seulement le ministre de la guerre a
réclamé, et je n'ai, bien entendu, tenu aucun compte de sa
protestation, qu'il ne faisait, au reste, que parce qu'il pense, que
la mesure est de mon invention.
«Les fonds ont haussé d'une manière sensible à la bourse d'hier.»