Amsterdam, 11 juillet 1810.
«Monseigneur, j'ai remis hier à dix heures du soir au maréchal duc
de Reggio les dépêches que Votre Excellence m'avait données pour
lui. Je profite du départ d'un aide de camp du maréchal pour vous
donner le peu de renseignements que j'ai pu me procurer jusqu'à
présent. Tout est tranquille en Hollande et principalement à
Amsterdam. Le Prince Royal est à Harlem avec une garde d'honneur
composée d'une compagnie d'élite du 16e de chasseurs, sous le
commandement d'un aide de camp du maréchal qui ne perd pas de vue
Son Altesse royale.
«Le lieu de la retraite du Roi est encore inconnu. Les uns disent
qu'il est parti pour l'Amérique et qu'il s'est embarqué à
Bremen-Lech, les autres assurent qu'il est en Westphalie. Le
ministre de la police dit que Sa Majesté a été vue le 6 à Hanovre.
Le bruit court aussi que le Roi doit avoir une entrevue avec Madame
Mère. Il a emporté tout l'argent qui se trouvait dans les caisses
publiques et pour une très forte somme de lettres de change. Le
ministre de Krayendorf a disparu; on dit qu'il s'est embarqué pour
l'Angleterre. M. le Maréchal s'occupe de le trouver. Il paraît que
l'opinion générale de Hollande n'est pas contraire à la réunion.
«Ce qui leur déplaît, c'est l'incertitude où ils sont sur leur sort
futur. Ils paraissent aussi craindre le système de la conscription;
ils demandent également si l'Angleterre continuera à leur payer les
intérêts des fonds qu'ils y ont placés et les intérêts se montent,
dit-on, à 40 millions de florins par an.
«Je n'ai pas encore vu M. Serrurier. L'aide de camp du maréchal
part à l'instant et je n'ai que le temps de vous renouveler
l'assurance de mon respectueux et bien sincère attachement.»