Harlem, 6 juillet 1810.
«Monseigneur, la situation dans laquelle je me trouve est très
embarrassante. J'attends avec la plus grande impatience les ordres
de Sa Majesté l'Empereur, auquel je vous prie de vouloir faire
connaître la position du prince.
«Le palais de Harlem, dans lequel il demeure, doit être vendu, ainsi
que toutes les maisons que le Roi son père avait. Tous les mobiliers
d'Amsterdam, de Loo, d'Utrecht, etc., dans peu de jours; le prince
peut être sans asile; je ne pense pas que l'empereur souffre cela,
il est très nécessaire que Sa Majesté en soit informé le plus tôt
possible.
«On me laisse avec le prince, sans le moindre argent pour lui,
n'ayant pas de quoi envoyer un courrier si la nécessité l'exigeait.
On dit les coffres vides, le Roi ayant emporté tout ce qu'il a pu.
Personne n'est payé ici depuis trois mois, et je ne serai pas
étonnée que d'un moment à l'autre on refuse de fournir la maison du
prince.
«Dans le cas où Sa Majesté l'Empereur ordonnerait que le prince
revînt en France, il me serait de toute impossibilité de faire le
voyage. Je vous prie, Monseigneur, de vouloir m'indiquer le moyen de
me procurer les fonds qui me seront nécessaires ou de demander à Sa
Majesté l'Empereur ses ordres à ce sujet.
«Je n'ai pu entrer dans ces détails avec M. Pirée[161] que vous avez
envoyé au prince. Il était entouré de plusieurs personnes de la
cour; ne pouvant lui parler en particulier, j'ai pris le parti de
vous écrire pour vous informer de la situation du prince.
[Note 161: Le général Pirée.]
«Quant aux précautions pour sa sûreté, le général de Bruno, mon
beau-frère, a pris toutes celles qu'il jugeait convenables; mais
dans ce moment c'est une grande responsabilité dont je sens toute
l'importance.»