SERRURIER À CADORE.

Amsterdam, 3 juillet 1810.

«M. Van-der-Heim, ministre de la marine et des colonies, chargé du

portefeuille des affaires étrangères, sort à l'instant de chez moi.

Il était en grand costume et couvert de tous ses ordres. Ce ministre

est venu m'annoncer que le roi avait abdiqué en faveur de son fils

aîné, et que l'acte de son abdication avait été adressé par Sa

Majesté au Corps législatif; que par cet acte la reine était nommée

régente, qu'un conseil provisoire de régence était nommé, qu'il

était composé en grande partie du ministère et des grands officiers;

que deux personnes de marque avaient été dépêchées en courrier, le

premier pour porter cette communication à Sa Majesté l'empereur, et

le second à la reine.

«M. Van-der-Heim m'assura que tout ce qui approche la personne du

roi avait tout tenté pour le détourner de cette détermination et

pour l'engager à paraître demain à Amsterdam et à remettre son

projet à un moment plus convenable; mais le roi était demeuré

inébranlable.

«M. Van-der-Heim m'annonça encore que le roi était parti cette nuit

sans prendre congé de personne, qu'on croyait qu'il avait traversé

Amsterdam et qu'il était allé se jeter aux pieds de l'empereur. Ce

ministre finit en me disant qu'il était chargé par la régence

provisoire de me faire part de ce grand événement et de me déclarer

officiellement que le gouvernement et la nation se remettaient

entièrement et avec un abandon absolu à Sa Majesté l'empereur et roi

des destinées de la patrie.

«J'ai répondu au ministre que je ne pouvais admettre la

communication qu'il voulait me faire sur une détermination qui, par

sa nature, était aussi grave et aurait exigé, à mes yeux, le

concours et l'assentiment de Sa Majesté l'empereur et roi, comme

chef de la famille impériale. M. Van-der-Heim me quitta en

protestant du profond respect et du dévouement de tous les membres

du conseil pour Sa Majesté impériale et royale, comme de leur

intention de se conformer à tout ce qu'elle jugerait propre à

assurer la tranquillité et le bien-être du pays.

«J'apprends à l'instant qu'une triple proclamation vient d'avoir

lieu. La première est l'acte même d'abdication. On m'assure qu'elle

est conçue dans des termes tout à fait inconvenants; mais je ne puis

rien affirmer jusqu'à ce que j'aie la traduction. Je ne pourrai

peut-être pas me la procurer avant le départ de monsieur de Caraman

que je vais expédier à Votre Excellence en courrier; mais je viens

de l'engager à sortir une seconde fois pour la relire et en prendre

des notes qu'il portera à Votre Excellence; demain je lui en

enverrai le texte. La seconde renferme les adieux du Roi à son

peuple et l'invite à bien recevoir les Français. La troisième est du

conseil de Régence provisoire et prévient de son installation.

«Depuis cet état de choses, Monseigneur, je ne me considère plus

comme accrédité auprès du gouvernement hollandais, et j'interromps,

dès ce moment, toutes mes communications avec lui.

«J'informe par monsieur de Caraman le maréchal duc de Reggio de tout

ceci, et le préviens d'être prêt à tout événement, à arriver ici

avec sa cavalerie, si les circonstances exigeaient qu'il brusquât

son entrée. J'apprends que le peuple se précipite en foule pour lire

la triple proclamation. Je vais faire venir le bourgmestre,

l'inviter à veiller sur la ville et le rendre responsable des

désordres qui pourraient arriver cette nuit si la malveillance

pouvait chercher à tirer parti de cet état de choses.

«Demain l'autorité militaire commencera; je recevrai monsieur le

maréchal et vais attendre en particulier les ordres de l'empereur.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 321 / 358 题