«Sire,
«M. Vekenaer m'a remis la lettre que Votre Majesté m'a fait
l'honneur de m'adresser. Il a aussi laissé entre mes mains celle qui
était destinée à S. M. l'empereur. Je la lui ai présentée.
L'empereur m'a dit qu'il ne pouvait en prendre connaissance que
lorsque les outrages dont il se plaint auraient été entièrement
réparés. Cela me donne, Sire, une tâche pénible à remplir. Je dois,
pour répondre à la lettre de Votre Majesté et à la confiance dont
elle m'honore, lui faire connaître les sujets de plaintes de
l'empereur son frère. Je ne puis mieux le faire qu'en empruntant ses
propres expressions. Votre Majesté voudra bien se souvenir que dans
ce que j'aurai l'honneur de lui dire, c'est l'empereur bien plus que
moi qui lui parle.
«L'empereur est profondément mécontent; il se regarde comme outragé
et ne veut entendre à aucun arrangement avec la Hollande et même à
aucun pourparler avant d'avoir eu satisfaction:
«1º Sur l'offense faite par la populace d'Amsterdam à la livrée de
son ambassadeur, sans qu'aucune punition ait été infligée.
L'empereur regarde même comme aggravant l'insulte cette proclamation
tardive qui annonçait à toute l'Europe l'impunité dont avait été
accompagnée cette insulte publiquement faite à un souverain. Elle ne
peut être lavée que par le sang.
«2º Sur le traitement fait à son chargé d'affaires la première fois
qu'il a paru en cette qualité à l'audience de Votre Majesté, et sur
le silence injurieux gardé envers lui, et cela en présence des
ministres de Russie, d'Autriche et de toute l'Europe que l'on
rendait témoin de l'humiliation du représentant de l'empereur;
aussi, et je dois le faire connaître à Votre Majesté, le chargé
d'affaires a reçu la défense de paraître désormais à l'audience de
Votre Majesté.
«3º Le refus fait à une patrouille française de la laisser entrer
dans la ville de _Haarlem_. Du moment où l'empereur en a été
instruit, il a ordonné au général Molitor de se rendre avec sa
division de Hambourg en Hollande.»