SERRURIER À CADORE.

Amsterdam, 3 juin 1810.

«Le gouvernement hollandais paraît arrêté au projet de s'opposer à

l'occupation d'Amsterdam; en vain les ministres ont-ils supplié le

roi de ne pas livrer sa personne, sa ville et tout son peuple à une

perte certaine, pour satisfaire la passion de quelques furibonds,

ennemis de sa gloire, et qui seront les premiers à l'abandonner

quand ils l'auront compromis. Ces représentations sages n'ont pas

été écoutées, et les conseils violents ont prévalu. Heureusement,

cette lutte scandaleuse, s'il est impossible de l'éviter, ne peut

être longue, ni douteuse, ni sanglante. Le gouvernement hollandais

dispose au plus de 3,000 hommes de garde. Il a fait venir hier, de

La Haye, un bataillon du 5e régiment; voilà, avec deux escadrons de

cavalerie, toute son armée. Une partie couvre Harlem et l'autre

Naërdem et les points d'attaque du côté d'Utrecht. Il n'y a pas un

officier habile qui voudra prendre sur lui la responsabilité

horrible de couvrir sa patrie de sang et de la ruiner pour un but

aussi monstrueux et sans aucune espérance de succès. Le général

Travers commande la garde. C'est un homme plein d'honneur, attaché

à son prince par reconnaissance, mais Français avant tout. Il ne

peut se prononcer qu'au moment; mais sa conduite n'est pas douteuse,

si on lui montre des Français au bout de ses baïonnettes. Le général

Brunot pense de même, et je crois pouvoir répondre de ces deux

officiers. Le maréchal duc de Reggio se croit sûr du général

Dumonceau. Ainsi, point de chef capable pour cette petite troupe

d'enfants perdus que l'on prétend opposer à l'armée française.

«La seule chose à craindre est qu'on ne cherche parmi ce désordre à

remuer l'horrible populace d'Amsterdam, et qu'on ne la porte à des

excès qu'il serait sans doute aisé de punir, mais qui pourraient

entraîner de fort grands inconvénients dans une aussi grande ville.

Le moyen le plus sûr de les éviter paraîtrait être que la marche des

corps destinés à occuper Amsterdam fût tellement rapide qu'on n'eût

ni le temps de délibérer ni celui de remuer le peuple. Cette manière

aurait encore l'avantage de fixer les irrésolutions et d'aider aux

gens de cour, retenus par les austérités de la discipline,

incertains encore de ce que l'on veut d'eux et qui se prononceraient

dans un mouvement rapide et décidé.

«Mais, le premier avantage sans doute de cette rapidité serait

d'arracher l'auguste personne qui se trouve jetée si déplorablement

au milieu des rebelles, aux fureurs de ces conseils, à ses propres

emportements, et de diminuer pour elle les dangers auxquels, dans

son funeste égarement, elle croirait de sa gloire de s'exposer.

«Ce n'est pas, Monseigneur, sans un profond sentiment de douleur que

je traite une pareille matière, si éloignée de tout ce dont se

devrait composer une correspondance de famille; mais mes premiers

devoirs sont envers l'empereur, et quelque pénibles qu'ils soient,

j'ai juré de les remplir.

«Votre Excellence concevra que je ne lui écris, comme je le fais,

que sur les avis positifs qui me sont venus d'Utrecht.

«Les renseignements que je reçois à l'instant par une voie secrète

et sûre, du ministère de la guerre, s'accordent sur les ordres

donnés de défendre les lignes.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 294 / 358 题