LE ROI LOUIS À L'EMPEREUR.

Amsterdam, 31 mai 1810.

Sire,

Je supplie Votre Majesté de vouloir ordonner qu'on s'en tienne au

traité. Ce pays, exaspéré de toutes les manières, est poussé au

désespoir chaque jour davantage. On veut aujourd'hui que je reçoive

des douaniers à Diemer, à Ruysdaal et à Menden, au centre du pays,

et j'invoque l'assurance, que Votre Majesté m'a réitérée plusieurs

fois, qu'elle ne voulait pas dépasser le traité ni entraver le

commerce intérieur à ce point. Sous le prétexte d'ordres supérieurs,

enfreindre un traité si nouvellement conclu, ce n'est point servir

Votre Majesté impériale, quels que soient ses projets; c'est perdre

gratuitement un peuple au désespoir. J'ai reçu et ordonné que l'on

facilitât toutes les mesures de surveillance des douaniers, au

Helder, au Texel, sur toute la côte de Frise, comme à Katuyk, à

Schevelingen, l'île de Voorne, la Brille, Helvact, en un mot, toute

la côte sans exception; mais les villes intérieures et les canaux ne

peuvent y être sujets en aucune manière. Je prie instamment Votre

Majesté de contremander des mesures qui sont trop contraires au

traité qu'elle a prescrit elle-même, comme à tout motif raisonnable

pour pouvoir être exécuté sans les plus fâcheuses conséquences pour

ce pays. Votre Majesté n'a pas l'intention que ses agents soient

cause des plus grands malheurs, elle ne veut pas qu'un pays qui lui

doit l'existence soit perdu à jamais pour s'être sacrifié aux

conditions prescrites par le traité. Je supplie donc Votre Majesté

impériale d'ordonner qu'on ne cherche pas à dissoudre de force un

gouvernement qui est son ouvrage, qu'on ne lui enlève pas tout moyen

d'exister au moment où l'on exige qu'il fasse des dépenses énormes

et qu'il supporte patiemment un état de guerre qui le ruine; mais,

au contraire, Sire, veuillez calmer des esprits vivement agités et

leur prouver que le traité que j'ai ratifié pour eux, en me confiant

entièrement à la parole et à la volonté de Votre Majesté impériale,

ne pouvait tromper leur espoir et leur résignation absolue. Quelle

que soit l'indisposition de Votre Majesté contre son frère, je la

prie de répondre au roi de Hollande et de considérer que c'est dans

la plus grande anxiété que le pays et moi attendons la réponse de

Votre Majesté.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 292 / 358 题