Middelburg, 12 mai 1810.
«L'empereur m'ordonne, Monsieur le duc, de vous faire connaître que
vous ne devez rendre aucun compte de ses troupes à S. M. le roi de
Hollande ni au ministère hollandais; que les corsaires doivent vous
faire des rapports de tout ce qui vient à leur connaissance; que les
marchandises anglaises doivent être poursuivies et saisies partout,
même _dans les rades_; enfin, que Sa Majesté ne veut souffrir aucun
commerce de la Hollande avec l'Angleterre. L'intention de Sa Majesté
est que, dans toutes les occasions, vous vous en expliquiez dans ce
sens et que vous répétiez dans la conversation que, si la Hollande
n'arme pas au plus tôt les neuf vaisseaux qu'elle doit fournir
d'après le traité, elle rendra le traité nul.
«L'empereur vous recommande, Monsieur le duc, d'écrire au ministre
de la guerre tous les jours sur tout ce qui parviendra à votre
connaissance.
«Toute prise qui serait faite par les corsaires ou les douanes de
l'empereur ne doit être relâchée que par son ordre et la décision
doit en être soumise au jugement de Sa Majesté; l'expérience donne
lieu de penser à l'empereur que les bons procédés sont insuffisants
envers le gouvernement hollandais et qu'il est indispensable d'avoir
recours aux menaces pour le faire marcher.
«Telles sont, Monsieur le maréchal, les instructions que Sa Majesté
m'a ordonné de vous adresser directement. J'en donne connaissance à
Son Excellence le ministre de la guerre.»
M. de La Rochefoucauld s'était rendu à Anvers lors du passage de
l'empereur dans cette ville. Le 12 mai, une dépêche du duc de
Bassano lui enjoignit de partir pour Amsterdam et de laisser au
gouvernement hollandais une note pour demander: 1º La remise des
vingt-un bâtiments américains avec leurs cargaisons, qui en
exécution du traité appartenaient à la France; 2º L'armement
immédiat des vaisseaux que la Hollande s'était engagée à fournir; 3º
La cessation de son commerce avec l'Angleterre; 4º Le paiement
capital et intérêts de la dette de la Zélande comme dette
hollandaise.
L'ambassadeur français avait ordre en outre de déclarer son départ
(en vertu d'un congé) huit jours après son retour, de présenter M.
Serrurier comme chargé d'affaires, et de prévenir les consuls que
toutes les prises, même celles faites dans les rades, devaient être
jugées à Paris.
La tendance du gouvernement de l'empereur ressort assez clairement
des dépêches qui précèdent. Il est impossible de ne pas voir que
Napoléon est prêt à saisir le premier prétexte, ou même à en faire
naître un, pour briser le royaume de Hollande et réunir ce pays à la
France.