WERHUELL À CADORE.

Paris, 7 mai 1810.

«Votre Excellence sait à combien de plaintes amères la conduite que

tiennent les corsaires français dans les ports de la Hollande a

donné lieu depuis quelque temps.

«Le roi, mon maître, ne pouvait certainement fournir une preuve plus

convaincante de son intérêt qu'en donnant à ces corsaires asile et

protection, et en déférant, comme il l'a fait, à la seule décision

de son très illustre frère le jugement de toutes les difficultés

qui, en cas de doute, naîtraient au sujet de la validité des prises

faites par ces corsaires sur les côtes de la Hollande.

«Mais si le roi a donné dans cette occasion une nouvelle preuve de

sa déférence pour son très illustre frère, il se tient aussi

persuadé que Sa Majesté Impériale et Royale ne permettra pas que ces

corsaires outrepassent les bornes du respect qu'ils doivent au

souverain chez lequel ils reçoivent asile et protection, en

commettant des faits aussi révoltants que ceux que je suis chargé

de dénoncer à Votre Excellence.

«J'ai déjà eu l'honneur de vous observer dans une note antérieure

que ce n'est point en haute mer que ces corsaires s'emparent des

bâtiments qu'ils conduisent dans les ports de la Hollande, mais que

c'est à l'entrée des mêmes ports, dans les passes de nos rivières,

et quand, pour la plupart du temps, ils ont déjà les pilotes à leur

bord. Ils ont aujourd'hui inventé un nouveau moyen de prendre ces

navires sans aucun risque; ils établissent les canots de leurs

bâtiments le long des côtes pour mettre en mer quand un navire

marchand approche de nos ports, dont alors ils s'emparent et le font

échouer. Cette manoeuvre ne peut manquer d'attirer une plus grande

attention de l'ennemi sur nos côtes, et, si cela continue, nos

pauvres pêcheurs et les villages qui avoisinent la mer en

éprouveront les suites les plus fâcheuses.

«D'autres se placent à l'embouchure de nos rivières comme vaisseaux

de garde et se permettent de visiter tous les navires qui entrent.

Ce ne sont donc plus des gens qui remplissent le but de la course,

mais qui exercent pour ainsi dire une police des côtes et des

postes, fonctions qui ne sont dans aucun cas de leur compétence et

ne peuvent certainement l'être aujourd'hui où les employés de Sa

Majesté Impériale et Royale concourent avec ceux du roi mon maître à

surveiller les mesures de blocus et l'exécution des lois

prohibitives. Ce qui ajoute à l'inconvenance de la conduite de ces

corsaires, ce sont les violences répréhensibles qui, très souvent,

accompagnent la visite des bâtiments. C'est ainsi que tout récemment

deux de ces corsaires qui s'étaient mis en station tout près de la

Brielle, ayant visité un navire qui entrait et n'ayant rien trouvé à

son bord qui pût donner lieu à la confiscation, ont extorqué au

capitaine tout son numéraire, au point qu'étant venu au bureau de la

douane, il ne put acquitter les droits ordinaires d'entrée, quoique

très modiques.

«Le roi mon maître croirait faire tort aux principes justes,

généreux et bienveillants de son très illustre frère s'il admettait

les moindres doutes sur l'attente que S. M. Impériale mettra à

réprimer des excès qui ne peuvent jamais avoir son approbation. Je

prie Votre Excellence de mettre cet exposé sous les yeux de Sa

Majesté et de contribuer par ses bons offices à obtenir qu'il soit

prescrit à ces corsaires une manière de se conduire plus analogue à

leur mission et plus compatible avec ce qu'ils doivent à un

souverain qui leur accorde asile et protection.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 280 / 358 题