28 janvier.

Monsieur le maréchal. Vous trouverez ci-joint une copie du décret de

Sa Majesté l'empereur, daté des Tuileries, le 20 janvier, et que Sa

Majesté vient de me faire connaître. L'intention de l'empereur est

que vous fassiez une proclamation, pour faire connaître que vous

prenez possession militaire des pays situés entre la Meuse et

l'Escaut; que les troupes hollandaises, de même que les troupes

françaises, ne devront obéir qu'à vos ordres, et que telle est la

volonté de l'empereur.

Vous devez parler très haut aux militaires hollandais et savoir ce

qu'ils prétendent faire. La mise des places en état de siège

annulera, par le fait, la possibilité de tout acte inconsidéré de la

part des autorités civiles. L'empereur veut que vous vous empariez

des magasins à poudre et des munitions de guerre et de bouche. Votre

Excellence annoncera l'arrivée prochaine de 60,000 Français et fera

former des magasins pour leur subsistance.

Sans rien écrire à ce sujet, Votre Excellence fera entendre que la

sûreté des frontières de France obligera peut-être l'empereur à

réunir définitivement à la France la partie de la Hollande située

entre la Meuse et l'Escaut, et qu'en attendant, il est de l'intérêt

des habitants de bien se comporter.

L'empereur permet, monsieur le maréchal, que je vous confie, sous le

secret, qu'en réalité, son intention est de faire prendre d'abord

_possession militaire_ des pays en question, et d'en faire prendre

après _possession civile_, ce qui, toutefois, ne pourra avoir lieu

avant que vous receviez de nouveaux ordres. Sa Majesté a arrêté

irrévocablement dans sa pensée _la réunion à la France des pays

compris entre la Meuse et l'Escaut_; mais, en ce moment, elle veut

que vous vous borniez à en prendre la possession militaire entière

et absolue.

Vous devez avoir l'oeil sur les magasins de marchandises anglaises

et de denrées coloniales, afin que la saisie puisse s'en effectuer

au premier ordre et à la fois; il faudra marcher contre les

rassemblements de contrebandiers hollandais et leur donner des coups

de fusil, s'il en est besoin.

Le 7 février, une division française du 4e corps de l'armée

d'Allemagne doit arriver à Dusseldorf et doit continuer

immédiatement sa route pour être sous vos ordres. Vous devez laisser

peu de monde à Anvers et sur la rive gauche de l'Escaut, et, dès que

les chaloupes et bateaux canonniers français qui sont dans nos

canaux pourront servir, vous les ferez venir et vous vous en

servirez. Enfin vous ferez, monsieur le maréchal, des règlements

sévères pour tous les objets qui en sont susceptibles. Vous ne

parlerez jamais de réunion d'une manière absolue, mais seulement de

possession militaire. Vous ferez publier et afficher partout le

décret ci-joint.

Un de vos premiers soins sera de mettre garnison dans toutes les

places où il doit y en avoir. Vous notifierez aux généraux

hollandais que leurs troupes font partie de l'armée de l'empereur,

et vous donnerez la plus grande attention à les placer dans des

endroits où elles ne puissent pas nuire. Vous veillerez surtout à ce

qu'elles ne repassent pas en Hollande, et, au moindre soupçon, vous

les ferez désarmer. Vous ferez ces notifications aux maréchaux

hollandais, que vous appellerez à votre quartier général.

L'intention de l'empereur est que toutes les gardes nationales de

l'armée du Nord et les autres troupes qui en dépendent se dirigent

sur votre quartier général. L'empereur m'ordonne de vous réitérer

l'ordre de tenir toutes vos troupes réunies, en vous conformant,

d'ailleurs, à ce qui vous est prescrit par mes dépêches de ce jour.

Le général Vandamme reçoit l'ordre de se rendre sans délai à

Berg-op-Zoom, pour servir sous vos ordres dans l'armée du Brabant.

_P.-S._--M. le capitaine Markey, mon aide-de-camp, est chargé de

remettre mes dépêches à Votre Altesse.

Palais des Tuileries, 20 janvier 1810.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 264 / 358 题