Monsieur le maréchal. Vous trouverez ci-joint une copie du décret de
Sa Majesté l'empereur, daté des Tuileries, le 20 janvier, et que Sa
Majesté vient de me faire connaître. L'intention de l'empereur est
que vous fassiez une proclamation, pour faire connaître que vous
prenez possession militaire des pays situés entre la Meuse et
l'Escaut; que les troupes hollandaises, de même que les troupes
françaises, ne devront obéir qu'à vos ordres, et que telle est la
volonté de l'empereur.
Vous devez parler très haut aux militaires hollandais et savoir ce
qu'ils prétendent faire. La mise des places en état de siège
annulera, par le fait, la possibilité de tout acte inconsidéré de la
part des autorités civiles. L'empereur veut que vous vous empariez
des magasins à poudre et des munitions de guerre et de bouche. Votre
Excellence annoncera l'arrivée prochaine de 60,000 Français et fera
former des magasins pour leur subsistance.
Sans rien écrire à ce sujet, Votre Excellence fera entendre que la
sûreté des frontières de France obligera peut-être l'empereur à
réunir définitivement à la France la partie de la Hollande située
entre la Meuse et l'Escaut, et qu'en attendant, il est de l'intérêt
des habitants de bien se comporter.
L'empereur permet, monsieur le maréchal, que je vous confie, sous le
secret, qu'en réalité, son intention est de faire prendre d'abord
_possession militaire_ des pays en question, et d'en faire prendre
après _possession civile_, ce qui, toutefois, ne pourra avoir lieu
avant que vous receviez de nouveaux ordres. Sa Majesté a arrêté
irrévocablement dans sa pensée _la réunion à la France des pays
compris entre la Meuse et l'Escaut_; mais, en ce moment, elle veut
que vous vous borniez à en prendre la possession militaire entière
et absolue.
Vous devez avoir l'oeil sur les magasins de marchandises anglaises
et de denrées coloniales, afin que la saisie puisse s'en effectuer
au premier ordre et à la fois; il faudra marcher contre les
rassemblements de contrebandiers hollandais et leur donner des coups
de fusil, s'il en est besoin.
Le 7 février, une division française du 4e corps de l'armée
d'Allemagne doit arriver à Dusseldorf et doit continuer
immédiatement sa route pour être sous vos ordres. Vous devez laisser
peu de monde à Anvers et sur la rive gauche de l'Escaut, et, dès que
les chaloupes et bateaux canonniers français qui sont dans nos
canaux pourront servir, vous les ferez venir et vous vous en
servirez. Enfin vous ferez, monsieur le maréchal, des règlements
sévères pour tous les objets qui en sont susceptibles. Vous ne
parlerez jamais de réunion d'une manière absolue, mais seulement de
possession militaire. Vous ferez publier et afficher partout le
décret ci-joint.
Un de vos premiers soins sera de mettre garnison dans toutes les
places où il doit y en avoir. Vous notifierez aux généraux
hollandais que leurs troupes font partie de l'armée de l'empereur,
et vous donnerez la plus grande attention à les placer dans des
endroits où elles ne puissent pas nuire. Vous veillerez surtout à ce
qu'elles ne repassent pas en Hollande, et, au moindre soupçon, vous
les ferez désarmer. Vous ferez ces notifications aux maréchaux
hollandais, que vous appellerez à votre quartier général.
L'intention de l'empereur est que toutes les gardes nationales de
l'armée du Nord et les autres troupes qui en dépendent se dirigent
sur votre quartier général. L'empereur m'ordonne de vous réitérer
l'ordre de tenir toutes vos troupes réunies, en vous conformant,
d'ailleurs, à ce qui vous est prescrit par mes dépêches de ce jour.
Le général Vandamme reçoit l'ordre de se rendre sans délai à
Berg-op-Zoom, pour servir sous vos ordres dans l'armée du Brabant.
_P.-S._--M. le capitaine Markey, mon aide-de-camp, est chargé de
remettre mes dépêches à Votre Altesse.
Palais des Tuileries, 20 janvier 1810.