Paris, 20 janvier.
Sire, Sa Majesté l'empereur et roi m'a chargé de faire connaître de
nouveau à Votre Majesté la peine que lui a causée la manière dont
les choses se sont passées en Hollande, relativement à l'entrée
demandée pour ses troupes dans les places de Bréda et de
Berg-op-Zoom. Le mauvais effet que produit en Hollande et en France
un pareil éclat ne peut échapper à Votre Majesté, et je dois croire
qu'elle en souffre autant que l'empereur. Il est malheureusement
devenu le résultat inévitable des ordres de Votre Majesté aux
commandants de place, et cette mesure ne pouvait produire, dans
aucun cas, un bon effet.--La lettre close qui a été présentée à
Berg-op-Zoom, au général Maison, contenant un ordre particulier de
Votre Majesté de ne remettre la place à qui que ce fût sans un ordre
du ministre de la guerre ou du roi lui-même, a dû nécessairement
frapper l'empereur, en annonçant que Votre Majesté s'était depuis
longtemps décidée à opposer de la résistance à l'exécution des
mesures que Sa Majesté Impériale pourrait avoir à prendre au sujet
de ces villes. J'espère, toutefois, que Votre Majesté aura pris
enfin le parti que la sagesse et la réflexion ont dû lui dicter, en
révoquant les ordres qu'elle avait donnés, pour éviter une
résistance inutile. Elle sentira que l'empereur ne peut revenir sur
des dispositions arrêtées après mûres réflexions, et fondées sur de
grandes vues politiques, dont l'accomplissement est nécessaire au
repos de l'Europe. Les maux qu'une résistance plus longtemps
prononcée causerait à la Hollande elle-même doivent être, aux yeux
de Votre Majesté, un motif déterminant pour l'engager à fléchir en
cette matière. Le seul parti, aujourd'hui, est de prendre les
mesures les plus précises pour éviter les fâcheux résultats que ses
premiers ordres ont dû produire, et terminer promptement une lutte
aussi inégale qu'elle serait nécessairement désastreuse pour les
États de Votre Majesté.