Amsterdam, 12 décembre.
J'ai eu l'honneur d'expédier hier à Votre Excellence le courrier
Lourdet avec la réponse aux demandes qu'elle m'a adressées. Le peu
de temps que j'ai eu pour la rédiger ne m'a pas donné la possibilité
d'entrer dans le détail des moyens d'exécution qui n'ont pu qu'être
indiqués, ni de parler des ressources immenses que présente ce pays;
elles sont tellement considérables que, la confiance une fois
rétablie, et malgré la dette, il peut encore offrir à la France de
grands avantages, et lui fournir même du numéraire si l'empereur le
désirait; mais je crois qu'il faut le rassurer, principalement sur
son incorporation, car les fonds que l'on réalise iront en
Angleterre; le change est déjà monté de 3% et le papier anglais est
recherché.
Votre Excellence sait peut-être déjà que quelques feuilles
hollandaises ont osé retrancher du discours de l'empereur l'article
qui regarde ce pays, et que celles qui ont rendu compte fidèlement
de tout le discours sont défendues. Cet ordre a été donné par le
ministre de la justice et de la police. M. de Styrum, préfet du
département, a ordonné que la _Gazette de Harlem_ laissât l'article
en blanc.
L'inquiétude est grande; les fonds de tous les pays baissent. Tous
les yeux sont tournés vers moi, et tous les esprits se livrent à des
conjectures qui sont loin de les rassurer.
Le 15 décembre 1809, l'amiral Werhuell écrit au duc de Cadore que
c'est avec une véritable douleur que le roi a vu l'empereur et son
ministre parler au Corps législatif de changements prochains en
Hollande. Sa Majesté espère que l'empereur n'a en vue que des
changements propres à consolider un trône qui est son ouvrage.--Il
aime à croire, d'ailleurs, que l'empereur fera connaître promptement
tous les changements projetés.
Le 16 décembre, Larochefoucauld résume en quatre questions et
réponses la lettre du ministre en date du 5 décembre:
1º Quels sont les voeux des Hollandais?
Maintenir leur nationalité; éviter les banqueroutes des deux tiers,
la conscription et l'occupation française.
2º Quels avantages désirent-ils?
Le duché de Berg en échange de la Zélande et du Brabant.
3º Quels maux veulent-ils éviter?
Tout système qui serait en opposition avec celui de la France.
4º À quel arrangement souscriraient-ils?
À voir différer un tiers et plus de la dette, et à tous ceux qui
conviendraient à l'empereur s'ils obtenaient les trois points
indiqués plus haut.