6 décembre 1809.

Le roi de Hollande a fait appeler ce matin le ministre des

relations. Il lui a témoigné sa profonde douleur de la communication

que venait de lui faire Sa Majesté l'empereur de ses vues sur la

Hollande et de l'ordre déjà donné à 40,000 hommes de troupes

françaises d'y entrer pour en opérer la réunion avec le grand

empire. Sa Majesté le roi paraissait, en effet, dans un abattement

voisin du désespoir. Ce n'était pas son propre sort qu'elle

déplorait. Elle avait éprouvé sur le trône tous les soucis et les

inquiétudes de la royauté, et le mal non moindre de son isolement

loin de son auguste frère, de sa famille, de la France, et dans un

pays contraire à sa santé. À la voix de son frère, elle descendrait

volontiers du trône, et elle demandait même avec instance que

l'empereur y plaçât ou la reine ou toute autre personne investie de

sa confiance. Ce n'était donc que pour l'intérêt de la France, pour

l'intérêt de l'empereur, que le roi de Hollande réclamait la

conservation de l'indépendance nominale qui avait été laissée

jusqu'à ce jour à ce pays. Elle est l'objet de tous les voeux des

Hollandais; pour la conserver, ils feraient les plus grands

sacrifices, et c'est pour elle qu'ils paient, en imposition, les

trois quarts de leurs revenus. La réunion, opérée contre leur voeu,

excitera un mécontentement général. Sans doute, les Hollandais se

soumettront à la force; mais l'action de cette force sera

continuellement nécessaire pour les maintenir dans la soumission. Il

faudra, désormais, qu'une armée française réside dans le pays. La

confiance perdue éloignera les capitaux, anéantira l'esprit

d'industrie qui a donné à ce pays une existence presque miraculeuse.

Il deviendra à la charge de la France, loin de lui être utile, et

l'Angleterre profitera de toutes les pertes que fera la Hollande.

Le roi voudrait, au prix de tout son sang, détourner tant de maux.

Il accédera, si l'intention de l'empereur est qu'il règne encore, à

un arrangement propre à donner à son auguste frère l'assurance que

la Hollande marchera désormais dans le système de la France. Il

propose de céder à la France tout ce qui est sur la rive gauche de

la Meuse, espérant que l'empereur voudrait le dédommager par

quelques concessions en Allemagne, et il indique le grand duché de

Berg. Il consentirait à avoir auprès de lui un agent de l'empereur,

sans caractère ou revêtu d'un titre propre à déguiser ses véritables

fonctions, lequel agent serait chargé de l'avertir des actes de son

administration qui pourraient être contraires aux intentions de

l'empereur, et il se conformerait aux indications de cet agent.

Enfin, il offre d'annuler, dès ce moment, les modifications

apportées au tarif de ses douanes, de rapporter ses décrets sur la

noblesse; enfin, de révoquer d'autres actes de son administration

qui auraient pu blesser l'empereur. Mais il croit ne pouvoir étendre

sa condescendance jusqu'à _prononcer la banqueroute et

l'établissement de la conscription_. Il offre de faire faire par la

Hollande les recrutements qui pourront lui être demandés.

Ces propositions doivent être faites au ministre des relations par

le ministre et l'ambassadeur du roi de Hollande; elles seraient même

rédigées par écrit. Les idées énoncées dans ce rapport ne sont qu'un

premier jet; il est possible que quelques heures de méditation les

étendent ou les modifient.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 254 / 358 题