Le roi de Hollande a fait appeler ce matin le ministre des
relations. Il lui a témoigné sa profonde douleur de la communication
que venait de lui faire Sa Majesté l'empereur de ses vues sur la
Hollande et de l'ordre déjà donné à 40,000 hommes de troupes
françaises d'y entrer pour en opérer la réunion avec le grand
empire. Sa Majesté le roi paraissait, en effet, dans un abattement
voisin du désespoir. Ce n'était pas son propre sort qu'elle
déplorait. Elle avait éprouvé sur le trône tous les soucis et les
inquiétudes de la royauté, et le mal non moindre de son isolement
loin de son auguste frère, de sa famille, de la France, et dans un
pays contraire à sa santé. À la voix de son frère, elle descendrait
volontiers du trône, et elle demandait même avec instance que
l'empereur y plaçât ou la reine ou toute autre personne investie de
sa confiance. Ce n'était donc que pour l'intérêt de la France, pour
l'intérêt de l'empereur, que le roi de Hollande réclamait la
conservation de l'indépendance nominale qui avait été laissée
jusqu'à ce jour à ce pays. Elle est l'objet de tous les voeux des
Hollandais; pour la conserver, ils feraient les plus grands
sacrifices, et c'est pour elle qu'ils paient, en imposition, les
trois quarts de leurs revenus. La réunion, opérée contre leur voeu,
excitera un mécontentement général. Sans doute, les Hollandais se
soumettront à la force; mais l'action de cette force sera
continuellement nécessaire pour les maintenir dans la soumission. Il
faudra, désormais, qu'une armée française réside dans le pays. La
confiance perdue éloignera les capitaux, anéantira l'esprit
d'industrie qui a donné à ce pays une existence presque miraculeuse.
Il deviendra à la charge de la France, loin de lui être utile, et
l'Angleterre profitera de toutes les pertes que fera la Hollande.
Le roi voudrait, au prix de tout son sang, détourner tant de maux.
Il accédera, si l'intention de l'empereur est qu'il règne encore, à
un arrangement propre à donner à son auguste frère l'assurance que
la Hollande marchera désormais dans le système de la France. Il
propose de céder à la France tout ce qui est sur la rive gauche de
la Meuse, espérant que l'empereur voudrait le dédommager par
quelques concessions en Allemagne, et il indique le grand duché de
Berg. Il consentirait à avoir auprès de lui un agent de l'empereur,
sans caractère ou revêtu d'un titre propre à déguiser ses véritables
fonctions, lequel agent serait chargé de l'avertir des actes de son
administration qui pourraient être contraires aux intentions de
l'empereur, et il se conformerait aux indications de cet agent.
Enfin, il offre d'annuler, dès ce moment, les modifications
apportées au tarif de ses douanes, de rapporter ses décrets sur la
noblesse; enfin, de révoquer d'autres actes de son administration
qui auraient pu blesser l'empereur. Mais il croit ne pouvoir étendre
sa condescendance jusqu'à _prononcer la banqueroute et
l'établissement de la conscription_. Il offre de faire faire par la
Hollande les recrutements qui pourront lui être demandés.
Ces propositions doivent être faites au ministre des relations par
le ministre et l'ambassadeur du roi de Hollande; elles seraient même
rédigées par écrit. Les idées énoncées dans ce rapport ne sont qu'un
premier jet; il est possible que quelques heures de méditation les
étendent ou les modifient.