Paris, 26 août.
Au moment où je recevais la lettre que Votre Excellence m'a fait
l'honneur de m'écrire le 22 de ce mois, il m'en parvenait une de M.
de Larochefoucauld où il m'annonce qu'il a terminé, selon vos désirs
et les siens, l'affaire des deux prises conduites par des corsaires
français à Helvoët-Huyr. Le roi a passé sur la violation du
territoire hollandais reprochée aux deux corsaires, mais en
déclarant, par l'organe de son ministre des affaires étrangères,
que, si dans cette occasion il se désistait de son juste droit,
c'était uniquement pour donner une nouvelle preuve de sa constante
déférence à ce que paraissait désirer S. M. l'empereur, son auguste
frère; mais que cette condescendance ne pourrait jamais tirer à
conséquence et qu'à l'avenir tous les cas de même nature seront
décidés suivant les statuts et les lois du royaume.
Les Hollandais ont constamment soutenu et soutiennent que tout
étranger, même d'un pays leur allié, qui fait des prises dans leurs
eaux, viole leur territoire, ou, ce qui est la même chose, attente à
leur souveraineté et commet un délit dont la connaissance appartient
exclusivement au souverain offensé et dont la première conséquence
est de rendre la prise illégale et nulle. Il faut l'avouer, ce ne
sont pas les Hollandais seuls qui ont professé cette doctrine. Elle
a été celle de toutes les puissances maritimes dans les dernières
guerres. Elle me semble admise par nos propres ordonnances, et c'est
en vertu de ce principe que nous-mêmes nous avons exigé et obtenu de
diverses cours, et naguère encore du Danemarck, des indemnités pour
des bâtiments français pris dans leurs eaux.
Sa Majesté le roi de Hollande, se montrant jaloux de son droit et
annonçant la résolution de ne s'en point désister à l'avenir, il me
paraîtrait désirable, pour éviter désormais des discussions
désagréables, qu'il fût enjoint aux corsaires de ne saisir dans les
eaux de la Hollande, à une distance des rivages moindre que la
portée du canon, aucun bâtiment sous pavillon neutre (car pour les
prises sous pavillon ennemi, il ne s'élèverait, je présume, aucune
difficulté, ou elles seraient aisément aplanies), ou du moins de ne
pas conduire dans les ports hollandais les bâtiments saisis à une
moindre distance, et cela sous peine d'être privés de l'intervention
et de l'appui du gouvernement français.