ANNÉE 1807.

Le 8 janvier 1807, le ministre de Hollande se plaint de nouveau des

douaniers français qui ne cessent de violer le territoire batave. Le

22, Dupont atteste que la situation des esprits s'améliore et

annonce que le roi va écrire à l'empereur, relativement à la

question du blocus. Le 26, Werhuell mande à Cadore qu'une députation

va être envoyée à l'empereur en Prusse. Dupont annonce le 5 février

1807 le retour de la reine à La Haye, le bon effet produit par sa

présence. Le lendemain 6, Cadore engage le gouvernement hollandais à

envoyer la députation par Varsovie ou Berlin à Clarke, qui lui

donnera les moyens d'arriver jusqu'à l'empereur à Feinkestein.

Le 14 avril, Dupont déclare à Cadore que la majorité du conseil des

ministres paraissait tenir pour le parti anglais et s'efforçait de

faire admettre au roi que la Hollande avait intérêt à se détacher de

l'alliance française. Le 26, il écrit qu'en l'absence du roi le

conseil a supprimé la _Gazette française_ pour que le résultat des

conférences eût moins de retentissement en France, et qu'on

élaborait secrètement un projet de régence. Le 7 mai, l'ambassadeur

fait connaître la mort du prince royal et le départ du roi et de la

reine. Quatre jours plus tard, il déclare qu'en l'absence de Sa

Majesté, la France ne saurait compter sur les ministres de Hollande.

Le 9 juin, il annonce que la reddition de Dantzig met fin aux

inquiétudes du roi, lequel est estimé de tous les partis. Le 23, le

ministre de France fait connaître qu'une escadre anglaise paraît

vouloir menacer Stralsund, et que le maréchal Brune en a reçu avis.

Le 12 juillet, Cadore écrit à Dupont de faire connaître au

gouvernement hollandais que tout navire de la marine française

entrant à Flessingue devra faire connaître à la douane son

chargement. Le 8 août, le cabinet français presse Dupont d'obtenir

de la Hollande de faire terminer _à ses frais_ les travaux de

Flessingue. Le 10 août, l'ambassadeur de France prévient que

plusieurs divisions anglaises sont sorties du 20 au 26, que d'autres

sont prêtes également à quitter les ports de la Grande-Bretagne, que

la totalité de ces forces est évaluée à 40,000 hommes et que les

troupes hollandaises se sont rapprochées de Brune. Le 14 août,

l'empereur fait écrire à Dupont qu'il est informé que des

communications fréquentes ont lieu entre la Hollande et

l'Angleterre, qu'il fasse connaître aux ministres du roi que si

toute relation de commerce et de correspondance ne cesse pas entre

les deux pays, des troupes françaises entreront en Hollande. Le

gouvernement du roi Louis, à cette menace, demande une note écrite;

Dupont la refuse. Les ministres déclarent que si des infractions aux

ordres du roi concernant l'Angleterre ont existé, cela ne pouvait

avoir eu lieu que par surprise; que les pouvoirs des ministres

n'allant pas au-delà de l'exécution des lois existantes, il allait

être expédié un courrier à Sa Majesté, absente, pour prendre ses

ordres. Le 19 août, Cadore écrit de nouveau à Dupont que les

plaintes contre les douaniers français ne paraissent nullement

fondées. Ainsi, d'une part, menaces de l'empereur et refus de ses

ministres d'admettre les griefs de la Hollande contre les agents

français; d'autre part, assurance que l'on fait tout ce que l'on

peut faire pour l'exécution du blocus. Les plaintes de la France

continuent. Le gouvernement du roi Louis y répond en imposant les

bâtiments français qui remontent l'Escaut à destination d'Anvers.

L'empereur, furieux, ordonne le remboursement des droits perçus et

défend d'en payer à l'avenir. Nouvelle note des ministres hollandais

pareille à la première (24 août). Le 31 août, le chargé d'affaires

écrit à Cadore que le roi a appris avec douleur les plaintes de son

frère, et qu'il rend un décret pour une surveillance plus sévère; le

même jour on annonce que les finances sont dans le plus mauvais

état. Le 4 septembre, Dupont fait connaître la publication du décret

royal contre le commerce avec l'Angleterre et déclare que toute la

responsabilité doit tomber sur M. Goguel, ministre des finances.

Cette correspondance acerbe continue entre les agents des deux

gouvernements.

La question du blocus paraissant terminée, le ministre de France en

soulève une nouvelle. Il écrit à l'ambassadeur de Hollande:

«L'empereur a éprouvé un vif mécontentement, en apprenant que les

malades français avaient été renvoyés des hôpitaux de la Hollande

sous prétexte d'économie; il ne peut voir dans cette mesure qu'une

manoeuvre du parti anglais, et si malgré la bonne volonté du roi les

fonctionnaires hollandais continuaient à agir de la sorte,

l'empereur, _usant du droit de conquête_, sera contraint de faire

régir la Hollande par une administration française.» M. de Cadore ne

dit pas que les finances de la Hollande sont obérées par les

exigences de la France, par l'entretien des troupes françaises; que

l'empereur ne rembourse aucune avance et ruine les États dont il a

imposé la royauté à son malheureux frère.

Aux plaintes injustes de l'empereur, le gouvernement batave répond:

qu'on a admis dans les hôpitaux autant de malades que ces

établissements en pouvaient contenir; qu'à Middelbourg on a établi

un nouvel hôpital; qu'à Flessingue, qu'à Walcheren on a fourni aux

troupes tous les objets nécessaires; que, vu l'obération des

finances, on n'avait pu créer de nouveaux établissements; que depuis

les plaintes du gouvernement impérial, le roi avait donné l'ordre de

fournir aux soldats et marins français malades tout ce dont ils

auraient besoin; que les hospices hollandais, dans cette saison, ne

pouvaient suffire aux malades nationaux. Bientôt le gouvernement

français adresse, par l'entremise de Dupont, de nouveaux reproches à

la Hollande. «Les facilités qu'on accorde au commerce anglais, écrit

M. de Cadore à l'ambassadeur, ont accru le mécontentement de

l'empereur, qui trouve cette condescendance honteuse au moment où

les Anglais brûlent les bâtiments hollandais à Batavia. Vous devez

insister pour que sans délai il soit mis un terme à cet état de

choses, et déclarer qu'au besoin l'empereur enverra 30,000 hommes en

Hollande pour en garder les côtes.» Il est permis de croire que

l'empereur en voulait venir là d'abord, puis à l'annexion. Le 24,

Dupont fit connaître la réponse des ministres à sa note. «Le conseil

déclarait que déjà il avait été répondu que les infractions aux lois

prohibitives de tout commerce avec l'Angleterre ne pouvaient être

attribuées qu'à un défaut de surveillance des employés, dont

plusieurs avaient été déjà incarcérés.» C'était donner un prétexte à

l'empereur pour faire exercer la surveillance par ses propres

agents. Cela ne devait pas tarder à avoir lieu. Le 6 octobre, Cadore

fait dire au ministre de Hollande que la frontière du côté de la

France étant un foyer de contrebande et donnant un débouché aux

marchandises anglaises, l'empereur prend des mesures sévères pour y

mettre fin. Le 16, il fait savoir à ce même ministre que l'empereur,

informé que des marchandises anglaises sont reçues par l'Elbe et le

Weser, a donné l'ordre de visiter tout bâtiment naviguant sur ces

fleuves, et veut que des mesures analogues soient prises en

Hollande. Le 26, Cadore apprend que le roi a rendu un décret

prohibant toute navigation le long des côtes depuis le Dollart

jusqu'au Weser, étant bien résolu à prendre toutes les mesures de

réciprocité avec la France.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 190 / 358 题