Cette correspondance étant très volumineuse, nous l'avons analysée
en partie, principalement celle de 1806 à 1808, ne donnant _in
extenso_ que les pièces importantes. Cette correspondance eut lieu
entre M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des affaires
étrangères de France, le général Dupont-Chaumont, puis le comte de
la Rochefoucauld, tous deux ministres de famille de l'empereur
auprès du roi Louis; l'amiral Werhuell, ambassadeur du roi de
Hollande à Paris; M. de Roëll, ministre des affaires étrangères de
Hollande, et en 1810 avec le maréchal duc de Reggio, commandant
l'armée du Nord.
Dans sa première lettre, datée du 15 juin 1806, Dupont-Chaumont fait
part au duc de Cadore des dispositions bienveillantes, pour le roi
Louis et la reine Hortense, du corps diplomatique. «L'esprit public,
dit-il, un peu étonné d'abord de la promptitude des événements,
commence à revenir, la population vit en bonne intelligence avec le
soldat français. Une garde d'honneur s'organise pour recevoir Leurs
Majestés.» Le 23 juin, Dupont envoie des détails sur cette
réception. Bientôt l'ambassadeur ayant obtenu un congé pour venir
en France, M. Serrurier, chargé d'affaires, prend l'intérim. Le 29
juillet, l'empereur écrit de Paris à son frère la première lettre de
reproche ci-dessous.
Saint-Cloud, 29 juillet 1806.
Au roi de Hollande.
Je lis dans les journaux que vous suspendez toute exécution à mort
dans votre royaume. Si cela est, vous avez fait une grande faute. Du
droit de faire grâce ne dérive pas la nécessité de reviser tous les
procès. C'est une manie d'humanité déplacée. Le premier devoir des
rois, c'est la justice.
Dans une lettre du 10 août, Serrurier fait connaître au ministre le
désir des Hollandais d'un accroissement de territoire, et, dans une
autre en date du 14, il raconte la tentative d'insoumission d'un
bâtiment de la flotte hollandaise, lorsque le serment de fidélité au
nouveau roi a été exigé des matelots. Le 17 septembre, le duc de
Cadore reçoit une note sur la composition de l'armée hollandaise,
forte de 12 à 15,000 combattants disponibles. Le roi semble décidé à
porter à 25,000 hommes l'effectif de ses troupes, mais par des
enrôlements volontaires. Il ne veut pas entendre parler de la
conscription comme le désirerait l'empereur. Cet usage est
antipathique à la Hollande.
Le 13 décembre, Dupont-Chaumont rend compte au duc de Cadore d'une
conversation qu'il vient d'avoir avec le roi et dont voici la
substance: Le roi, écrit-il, se plaint de l'opinion de l'empereur
qui semble l'accuser de montrer peu de zèle pour le succès de ses
armées.--La grande plaie est le mauvais état des finances.--Son
gouvernement est ruiné par les dépenses antérieures, les
anticipations d'impôts. On lui conseille de suspendre le paiement
des rentes; mais il désapprouve ce moyen, d'ailleurs inefficace. Il
voudrait que l'empereur envoyât en Hollande un financier expérimenté
qui prît connaissance des choses et en rendit compte. Il espère
porter l'armée à 25,000 hommes, c'est-à-dire 18,000 prêts à
combattre; mais c'est à peine suffisant pour défendre le pays contre
une invasion anglaise.
Le 14 décembre, Dupont transmet à Cadore une plainte portée contre
les douaniers français qui, sans ordres, ont franchi la frontière
batave, pillé une maison, chassé les habitants à coups de fusil. Le
roi est affecté de ces désordres. Dupont déclare qu'il est temps de
faire un exemple pour mettre fin à ces exactions. Le duc de Cadore,
par ordre de l'empereur, répond que les plaintes du gouvernement
hollandais _ne sont pas fondées_.
Cependant, le décret sur le blocus continental ne tarde pas à être
connu en Hollande.
L'empereur en recommande la stricte application. Le 28 décembre,
Dupont fait connaître: que les Hollandais mettent beaucoup
d'hésitation à le faire exécuter; que les villes maritimes sont
plongées dans le désespoir; que le roi est dans le plus grand
embarras; que le parti anglais se remue et intrigue; que le frère de
l'empereur est souffrant.
Ici commence réellement la mésintelligence entre l'empereur et le
roi Louis. Nul doute que sans le blocus continental, les deux
souverains eussent vécu à peu près d'accord, malgré les exigences
politiques de Napoléon.
À la fin du même mois de décembre 1806, le 29, Dupont transmet de
nouveau à Cadore des plaintes du gouvernement hollandais
relativement à des fraudes nombreuses qui ont lieu à Flessingue, au
préjudice du trésor, sous le couvert de la marine française. Il fait
connaître également les ennuis que cause au roi la question de la
_défense de Flessingue_ et le peu d'accord qui existe entre les
généraux français. L'empereur, décidé à donner tort à son frère, à
ne pas accueillir ses représentations, commence à songer au
remplacement du général Dupont-Chaumont, qui lui paraît beaucoup
trop dans les intérêts du gouvernement de Louis.