Aix-la-Chapelle, 11 novembre 1813.
Je viens de recevoir un billet officiel de M. le comte de
Furstenstein qui me prévient que le roi partira cette nuit pour
Pont-sur-Seine. J'ai l'honneur d'en transmettre la copie à Votre
Excellence, ainsi que celle de ma réponse. C'est tout à fait malgré
moi que j'ai écrit dans cette circonstance pénible et délicate, mais
le roi m'y a forcé. Si je n'eusse pas répondu au billet de M. de
Furstenstein, il aurait pris tout ce qui s'était passé verbalement
pour de vaines paroles. Il a fallu employer pour le retenir, s'il
était possible, le seul moyen qui me restait.
Voilà, Monseigneur, ma mission terminée. Peut-être les circonstances
nouvelles justifieront-elles l'impatience du roi. Mais il est
malheureux qu'il n'ait pas voulu sentir ce qu'il devait au moins aux
apparences pour montrer le prix qu'il mettait à sa couronne. C'est
là encore ce que je m'étais efforcé de lui représenter; mais,
pénétré de l'idée qu'on traitait de la cession de son royaume, il
s'est surtout irrité, non contre la proposition de résider dans un
des trois départements désignés, mais contre le motif comme étant
voisin de ses États.
Je n'ai rien à ajouter à ma lettre d'hier. Je ne prendrai pas congé
du roi, à moins que S. M. ne me fasse appeler.
_P. S._--J'apprends par le ministre de la guerre (car je ne suis
point allé aujourd'hui à la cour et je n'ai point vu M. de
Furstenstein) que le roi laisse ici sa maison avec tous les
services, sous la direction de M. le comte Marienrode (Malchus).
Le nombre des officiers venus avec le roi ou venus le joindre, et
devant toucher leur solde, est de quatre-vingt-treize. Ils seront
tous payés jusqu'au 1er novembre. M. Höne estime à soixante-dix le
nombre de ceux qui demanderont à servir en France.
On attendait aujourd'hui les ennemis à Deutz, vis-à-vis de Cologne.